Blog Notes d'Alain Juppé

Militants de la Terre

Publié le 05/11/2006 par Alain Juppé

Journal télévisé de TF1, 20h, vendredi dernier. Claire Chazal m’a invité pour parler du livre que je publie cette semaine : « France, mon pays », sous-titré: « Lettres d’un voyageur ».

Le dernier sujet du JT, juste avant l’interview, présente une étude scientifique récente qui annonce la disparition, d’ici 2040/50, de toutes les espèces de poisson que nous consommons aujourd’hui.

La transition est toute trouvée avec mon livre, tout particulièrement avec la lettre que j’écris à mes petits-enfants pour les inviter à devenir des « militants de la Terre ». Je mets ci-dessous cette lettre en ligne, dans son intégralité, et j’aimerais connaître vos réactions.

Un mot encore: comme le souligne Al Gore dans son film, « Une vérité qui dérange », il ne faut pas tomber du refus de voir la réalité en face (« denial »), dans le désespoir (« despair »). On peut agir, et réussir.
A preuve: ce qu’a fait la communauté internationale pour sauvegarder ou reconstituer la couche d’ozone.
Les poissons ne disparaîtront que si nous restons inactifs! Le moment de l’engagement est donc venu.

Lettre à mes petits-enfants

Te souviens-tu, Lucas, de notre opération « plages propres » dans ton petit village breton ?

Nous étions venus, Isabelle et moi, passer le week-end dans la presqu’île de Rhuys pour découvrir votre nouvelle maison. Une vraie cachette, blottie au pied de l’église : quelques maisons tranquilles, silencieuses autour de leur clocher, de leur boulanger, de votre école. De bon matin (tu connais mes habitudes !), j’étais allé vous chercher des croissants et des « chocolatines », pour parler « bordeluche » …ou québécois ! Il faisait très beau ; l’épicerie-boulangerie-maison de la presse-bistro-tabac venait juste d’ouvrir ; elle était déjà pleine et animée. Pour une fois, je prenais mon temps. Je changeais de rythme. La paix ambiante calmait mes impatiences.
A 8h30, tu es parti à l’école. Et tu nous as donné rendez-vous une heure plus tard, sur la plage, pour l’opération « nettoyage ». Il faut dire que ton école, veinard, est à 5 minutes à pied du golfe du Morbihan. Nous t’avons rejoint comme convenu, Isabelle, ta petite sœur Adèle et moi. Vous étiez nombreux autour de vos maîtresses. Votre cortège s’étirait le long de la mince bande littorale. Nous fermions la marche, munis, comme vous, de râteaux, de pics et de pelles, de larges sacs-poubelles. Pendant deux heures, nous avons ramassé toutes sortes de déchets : bouteilles et sacs en plastique, canettes de bière, morceaux de bois noircis par le goudron, et les inévitables et dangereux tessons de bouteille. Je vous regardais. Vous étiez joyeux et bavards. Concentrés au début et bientôt dissipés. Je m’émerveillais de la chance que vous aviez de vivre et grandir dans cette bulle où tout ne semblait que sérénité, beauté, amitié. Sans doute la réalité quotidienne était-elle, dans vos familles respectives, moins idyllique que ne pouvait le faire croire cette matinée d’exception. Mais je goûtais l’instant avec gourmandise.
A la fin de la promenade, pardon ! du travail, vos maîtresses vous ont rassemblés et vous ont expliqué le sens de ce que vous veniez de faire : contribuer à la propreté et donc à la beauté de votre village et de votre Bretagne dont vous êtes si fiers ; apporter aussi votre petite pierre à la préservation de la nature que, souvent, les hommes maltraitent si méchamment.
Vous écoutiez sagement. Je me demandais ce qui se passait dans vos têtes : étiez-vous déjà en train de programmer vos jeux de l’après-midi ? Prêtiez-vous vraiment attention au message qu’on vous livrait… et aux remerciements adressés à « Monsieur le Maire sans qui l’opération n’aurait pas été possible » (mais oui ! la reconnaissance, ça existe !) ? Peu importe. J’étais sûr que quelque part, au fond de votre cœur et de votre intelligence, une petite trace s’était imprimée : « Moi, Lucas, Quentin, Malo…, je peux faire quelque chose pour protéger ma terre ». Beau travail de pédagogie.

En admirant les jeux de lumière sur l’île aux Moines, au cœur du golfe, je me souvenais de mes colères devant un autre paysage qui m’est cher : celui de ma côte landaise.
De Vieux Boucau à Hendaye en passant par Biarritz, j’ai passé toutes mes vacances d’enfant et d’adolescent sur cette côte. A partir de l’embouchure de l’Adour, elle devient côte basque et présente des caractéristiques physiques différentes : rocheuse et escarpée, elle rappelle plutôt votre Bretagne. J’ai fini par convaincre mes parents de se fixer à Hossegor. C’est là, vous le savez, que nous aimons nous retrouver en famille, avec Laurent et Marion qui y ont leurs racines. Nous y avons vécu tant de joies ! J’aimerais vous transmettre l’amour que nous éprouvons pour ce havre sous les pins.
L’un de mes plaisirs favoris, qui est aussi un sport, est d’arpenter, pendant des heures, la plage qui s’étire à l’infini. Je pourrais y marcher des jours et des jours, sur plusieurs centaines de kilomètres, jusques et au-delà du bassin d’Arcachon. Je m’épuise bien avant !
En dehors de la période du 14 juillet au 15 août, il y a peu de monde. Le regard ne porte que sur le sable, qui est ici fin et blond ; sur les dunes que le conservatoire du littoral ou les communes s’efforcent de fixer en y protégeant les oyats et autres plantes peu sensibles au vent d’Ouest ; sur l’Océan, rarement paisible, souvent rugissant, toujours fascinant pour les surfeurs, menaçant pour les nageurs.
Longtemps mon plaisir a été gâché par le spectacle des détritus en tous genres que chaque marée amoncelait le long du rivage, comme sur celui du golfe du Morbihan : bouteilles de produits ménagers ou morceaux de bassines en plastique, canettes de bière, de coca-cola…, verre brisé de toutes provenances, objets non identifiables soudés entre eux par un épais mazout, j’en passe et des meilleurs ! Tu connais, Lucas… Mais ici, on ne faisait pas dans le détail. Et la collecte de quelques bambins bien encadrés n’aurait pas suffi à évacuer les tonnes et les tonnes de repoussantes cochonneries qui dénaturaient notre patrimoine.
L’hiver, quand les services municipaux ne passaient plus régulièrement pour ratisser le sable, c’était l’apocalypse !
L’été, quand nous rentrions de la baignade, il y avait un point de passage obligé avant de pénétrer dans la maison : la difficile opération de dissolution des tâches d’hydrocarbures qui maculaient nos plantes de pied. Chaque année, nous testions une méthode nouvelle : le sable, le beurre, l’huile, tel ou tel détergent, ou le dernier produit miracle vendu par le pharmacien.
Vous ne pouvez pas vous imaginer dans quel état d’indignation me mettait cette pollution de nos côtes !
Je mets mon récit au passé. Et oui ! les choses ont changé ! A force de harceler nos voisins espagnols pour qu’ils cessent de déverser leurs ordures dans la mer et qu’ils aménagent de vraies décharges contrôlées, nous avons gagné ! Depuis quelques années, je rentre de mes promenades estivales… les pieds propres !
Comme quoi, il n’y a que les batailles qu’on ne livre pas qui…
Il y a, bien sûr, des rechutes, des accidents.
En novembre 2002, nous avons subi les conséquences du naufrage du Prestige, au large de la Galice. Ce pétrolier transportait 77 000 tonnes de mazout lourd dont une partie est venue souiller nos plages. J’ai failli dire : en Bretagne, vous avez l’habitude. Hélas !
L’émotion et la colère furent immenses, en Gironde notamment et tout le long de la façade atlantique. Il fallut fermer les pêcheries et les sites de conchyliculture sur des centaines de kilomètres de côtes. Tu imagines le drame, par exemple à Arcachon. Sans parler de la saison touristique compromise.
Un soir, en voyant au journal télévisé les images des boulettes de mazout qui parsemaient nos plages et menaçaient d’entrer dans le bassin, je décidai de mobiliser mon équipe municipale. Dès le lendemain, nous prîmes un car qui nous amena jusqu’à Lège Cap Ferret ; nous revêtîmes les combinaisons règlementaires et, armés de pelles et de râteaux, nous passâmes plusieurs heures, dans un froid vif, à ramasser les fameuses boulettes. Geste dérisoire, sans doute.
Mais il avait fait baisser mon taux d’adrénaline : face au scandale, nous avions tenté de réagir, si modestement que ce fût.

La pollution des mers, vous le comprenez, m’est particulièrement insupportable. Et celle de la Méditerranée, peut-être, plus que tout autre. On m’a enseigné, dans ma jeunesse, que c’était « notre mer », le berceau de notre civilisation ! L’amour que je lui voue est plus charnel qu’intellectuel. En France, en Espagne, en Italie, en Algérie, au Maroc, en Grèce, en Turquie, au Liban, j’ai le souvenir de tant d’heures délicieuses passées à nager dans ses eaux maternelles que la seule évocation de son nom me procure un plaisir physique. Combien de fois ai-je pesté, sur une plage de Corse, d’une île grecque, ou de la côte turque en constatant la négligence, la saleté qui la défigurent, le mépris de l’environnement qui s’étale partout.

C’est ainsi que, peu à peu, je me suis intéressé au combat écologique.
Vos parents, et tous les jeunes de la famille m’y ont encouragé.
A Paris, votre maman, ma belle Marion, et Clara m’ont sensibilisé à la pollution de l’air. Je les ai souvent vu faire une grimace de dégoût au passage d’un camion dont le pot d’échappement déversait généreusement dans l’atmosphère ce que nous avons appris à dénommer des « gaz à effet de serre ».
Quand je demande à Clara pourquoi elle manifeste si peu d’enthousiasme pour notre belle capitale, où elle est née, sa réponse fuse avec toute la sévérité de son âge : « Paris sent mauvais ; les rues sentent partout le pétrole ! »
Il est vrai que son jugement n’est pas toujours objectif : sa tendresse pour Bordeaux est si grande qu’elle y perd parfois l’odorat. A Bordeaux, tout n’est que beauté…
Vous êtes chanceux : vos parents ont voulu vous épargner, en s’installant dans un village breton, la pollution urbaine, la congestion des transports, le bruit …
Le bruit ! Ah ! les maudites pétrolettes dont le vacarme inimitable vrille, vers deux heures du matin, le cerveau des honnêtes citoyens de tout un quartier ! Pour être tout à fait honnête, on l’entend parfois, aussi, à la même heure, au fin fond des villages bretons ! Et pas plus chez vous qu’au cœur de Paris, personne n’y fait rien. J’ai voulu réagir, à Bordeaux, contre ce fléau. J’avoue (n’en déplaise à Clara) que ce ne fut pas ma plus grande réussite ; la police a toujours d’autres priorités, et je le comprends.

Nous pensions trouver au Québec sensibilité et vigilance aux problèmes d’environnement. Au début, nous avons constaté que la « bagnole » y était vraiment reine. On est en Amérique du Nord ! La grosse « bagnole », donc, la 4X4 dévoreuse d’une essence dont le prix reste, malgré l’envolée du baril, sensiblement inférieur aux tarifs européens. Je reconnais que moi-même…
Pourtant, les défis environnementaux sont visibles. En particulier le réchauffement climatique.
Nous nous étions méthodiquement préparés à affronter l’hiver québécois. On nous avait mis en garde. Lorsqu’à l’automne, nous faisions part à nos amis de nos premières impressions, qui étaient enthousiastes, ils nous répondaient immanquablement : « Attendez l’hiver ! ». Nous nous sommes équipés de manteaux conçus pour protéger leurs heureux propriétaires de températures frisant les -30° (Celsius !). Et nous avons attendus. Nous avons bien affronté un -34° en janvier au sommet des pistes de ski du Mont Tremblant… mais pour le reste, ce fut, nous dit-on, l’hiver le plus clément depuis deux ou trois décennies.
Lorsque, en février, Isabelle et les enfants, qui sont devenues au Canada des fanas du patin à glace, ont voulu se lancer, à Ottawa, sur le canal Rideau, la plus grande patinoire de plein air au monde, elles trouvèrent « piste close » : la glace n’avait pas pris !
J’ai intitulé l’un de mes blog-notes, en septembre 2005, « alerte blanche ».
J’y rendais compte d’un sujet que venait de diffuser la chaîne de télévision anglophone CTV et qui m’avait frappé: « Global warming causing record Arctic ice melt », « Le réchauffement climatique provoque une fonte record des glaces de l’Arctique »
Il en ressortait que les scientifiques sont maintenant à peu près tous d’accord : si les taux actuels de réduction de la calotte glaciaire se maintiennent, l’Arctique pourrait être complètement libre de glace l’été d’ici la fin du siècle. La débâcle se produit de plus en plus tôt en Alaska et en Sibérie. Entre janvier et août 2005 la température a été supérieure de 2 à 3° aux moyennes constatées dans l’Océan Arctique au cours des 50 dernières années. Les conséquences du phénomène sont multiples. Je cite dans le désordre : les territoires de chasse et de pêche des Inuits se rétrécissent, les conditions de vie des ours polaires sont de plus en plus précaires et le lien avec la multiplication des cyclones sur le golfe du Mexique est établi.
Nous avons eu la chance de visiter la capitale du Nunavut, Iqaluit, pas très éloignée du cercle polaire. J’ y ai interrogé l’un de nos hôtes, installé dans la capitale inuit depuis deux décennies. Sa réponse a été sans hésitation : « Si je compare la situation actuelle à celle que j’ai connue à mon arrivée, je constate que l’hiver s’achève un mois plus tôt et revient deux mois plus tard ».
Ce que nous appelons le « permafrost » et que les Canadiens francophones traduisent par le terme « pergélisol », c’est-à-dire le sol gelé en permanence, n’offre plus le support suffisant aux maisons modernes qui se passaient, jusqu’à présent, de fondations ! Ni aux routes, ni aux pistes d’atterrissage qui, faute d’assise stable, commencent à se déformer.
Un expert d’Hydro Québec (l’équivalent québécois d’EDF), rencontré sur les extraordinaires barrages de la Grande Rivière, qui se déverse dans la baie James, ajoute à mes inquiétudes : le « pergélisol », en fondant, libère des capsules de CO2 prises dans la glace, ce qui contribue au réchauffement de la zone !

Comment ne pas saluer au passage l’effort gigantesque que fait le Québec depuis plus de trente ans pour tirer le meilleur parti possible d’une de ses richesses naturelles majeures : l’hydroélectricité ? En 2003, 96% de la production d’électricité dans la province était d’origine hydroélectrique. Or les émissions de dioxyde de carbone dues à l’hydroélectricité sont à l’indice 15, là où le pétrole atteint le niveau … 986, le charbon 977 et le gaz naturel 542. Le Québec, contrairement à notre impression première (les « bagnoles »…) est bien à la pointe du combat. Il s’est nettement distingué du gouvernement fédéral canadien en s’engageant dans un plan concret de réduction de ses GES, en conformité avec les normes fixées dans le protocole de Kyoto.

L’inquiétude ne vient pas seulement du Grand Nord ! Nous avons vécu, en Amérique du Nord, avec une intensité et un sentiment de solidarité particuliers, le drame qu’a été le passage du cyclone Katrina sur la Louisiane et la Nouvelle-Orléans. Ses effets ont été ressentis jusqu’au Québec.

En parcourant les Rocheuses, début juillet, et notamment le somptueux parc national de Banff, l’amoureux de la forêt qui sommeille dans le cœur du Landais que je suis a été mis en éveil par le spectacle affligeant de milliers d’arbres morts . Je me suis renseigné. On m’a expliqué que le réchauffement climatique favorise la prolifération d’insectes (« beetles ») qui s’attaquent aux différentes espèces de pin qui peuplent les forêts du nord-ouest du Canada. On estime que ces « beetles » ont d’ores et déjà détruit autant de bois que n’en consomme le marché domestique américain… pendant cinq ans ! Les raisons de cette invasion ? D’abord les sécheresses qui se succèdent depuis une décennie ; ensuite la nouvelle clémence des hivers qui, naguère, détruisaient, à coup
de -40°, une grande partie des larves.

Je pourrais allonger la liste des situations, témoignages, articles de presse, conversations etc. qui nous ont convaincus que nous sommes d’ores et déjà en état d’urgence environnementale. Par exemple, cette pleine page du journal Le Devoir, d’avril 2006 : « Le retour des pluies acides. Dans l’est du Canada, 25% du territoire accuse un excès d’acidité et 75% est menacé. Forêt et acériculture (culture de l’érable et de ses produits, dont le sirop bien connu) sont en péril au Québec »
Si notre attention se relâchait, il nous suffisait chaque dimanche soir, à 20h, de retrouver Nicolas Hulot dans le magazine Ushuaia diffusé par Radio Canada pour renouer avec le sentiment de l’urgence. La famille réunie ne manquait jamais ce rendez-vous qui nous apportait tout à la fois le bonheur de merveilleuses découvertes, animalières ou paysagères, et l’angoisse de menaces de plus en plus pressantes sur la biodiversité ou l’intégrité des sites naturels. Nicolas nous fascinait à la fois par ses prouesses physiques et la force de son engagement.

Si je vous raconte tout cela, c’est pour vous montrer que la cause environnementale n’est pas pour moi une lubie ou une mode. Je crois vraiment qu’il y a péril. Et péril mortel : nous avons les moyens de détruire notre planète et notre espèce, certes par l’utilisation des armes de destruction massive dont nous nous sommes dotés et dont nous avons le plus grand mal à arrêter la prolifération, mais aussi, tout simplement par notre inaction face à la destruction progressive des équilibres naturels. Il suffit de laisser faire !
Dans un livre récent, intitulé « Après nous le déluge ? *», Jean-Marie Pelt, professeur émérite de biologie végétale et de pharmacologie, et Gilles-Eric Séralini, chercheur en biologie moléculaire, font part de leur inquiétude sur la situation de la planète : la transformation des milieux est si radicale, selon eux, qu’elle hypothèque le retour à un état satisfaisant.
Selon un bilan de l’ONU, 60% des écosystèmes sont déjà dégradés ou surexploités, et l’ampleur des dégâts est telle que de nombreux scientifiques pensent qu’un nouvelle extinction des espèces est en marche, la sixième après celles que provoquèrent, il y a plusieurs centaines de millions d’années, des éruptions volcaniques énormes ou des chutes d’astéroïdes gigantesques.
Voilà pourquoi je voudrais vous persuader que cette cause doit devenir votre combat.

J’entends déjà, bien sûr, la question que vous ne manquerez pas de me poser quand vous lirez ma lettre :
«Mais, que pouvons-nous faire ? Y a-t-il des solutions ? Sont-elles à notre portée ? »

Je crois que nous pouvons infléchir le cours des choses et je voudrais vous faire partager, aussi, cette conviction.

Lors d’une rencontre internationale organisée en septembre 2004 par Metropoli, et consacré à la gestion des villes, Jaime Lerner, ancien maire de la ville de Curitiba au Brésil, nous confia, dans son anglais rocailleux, qu’à chaque fois qu’un de ses administrés lui faisait part de ses angoisses environnementales et l’interrogeait sur ce qu’il fallait faire, il avait l’habitude de lui répondre : « Separate your garbage and use less your car ! », « Triez vos ordures et utilisez moins votre voiture ! »
C’est aussi la première réponse que j’ai envie de vous faire : commencez sur le terrain de la vie quotidienne ; modifiez vos comportements individuels.
Nous avons tous une responsabilité personnelle dans la dégradation de notre environnement : nous gaspillons, nous salissons, nous polluons, de mille manières.
Voulez-vous quelques exemples de ce que chacun de vous pourrait faire pour commencer à agir ?
Quand vous aurez un chien, ne le laissez pas souiller les trottoirs de votre ville : vos concitoyens et vos édiles vous en seront reconnaissants. Je sais d’expérience la plaie que les « déjections canines », selon la terminologie administrative, constituent pour les services municipaux… et pour le piéton ordinaire. De ce point de vue les Canadiens, et plus généralement les Américains du Nord sont exemplaires.
Quand vous irez faire vos courses, refusez les sacs plastiques que vous distribueront généreusement les commerçants (à moins que d’ici là, on ne les ait enfin retirés de la circulation !). Il faut beaucoup d’énergie et de temps pour les détruire une fois que vous les avez jetés dans la nature, c’est le cas de le dire. 400 ans si j’en crois l’affichette apposée sur le comptoir de notre boulangerie préférée à Montréal, Premières Moissons, dont il faut saluer l’engagement civique et écologique …bien qu’elle persévère à distribuer généreusement lesdits sacs à ses clients.
La coopérative Mountain Equipment, où nous avons acheté l’équipement de Clara pour son « summer camp », son camp d’été, va plus loin : au moment du paiement, la caissière vous informe que, si vous renoncez au sac plastique, 5 centimes seront versés à une fondation de défense de l’environnement. En deux mois, 2000 dollars auraient été ainsi collectés.

Quand vous ouvrirez le robinet de votre évier ou de votre lavabo, rappelez-vous que vous jouissez là d’un privilège dont sont privés la plupart de nos contemporains dans un grand nombre de pays du monde ; ne laissez pas couler l’eau potable plus qu’elle ne vous est strictement nécessaire ; vous sous-estimez sûrement l’importance de l’économie que votre collectivité réalisera ainsi sur la consommation d’une ressource de plus en plus précieuse.
Et surtout, quand vous serez en ville, laissez votre voiture au garage ! La majorité des déplacements urbains, a-t-on observé, se font sur une distance inférieure à … 1km. C’est la bonne distance pour la marche à pied ! Soyez exigeants avec vos élus : ils doivent vous donner des moyens alternatifs de déplacements : des itinéraires piétons agréables et protégés, un bon maillage de pistes cyclables larges et sûres, des transports en commun confortables. Ce devrait être l’un de vos critères de choix quand vous deviendrez électeurs.

Car les citoyens ne peuvent évidemment tout faire. Les gouvernements locaux ont une responsabilité éminente dans la mise en œuvre d’une politique ambitieuse de préservation de l’environnement.
Il est juste de souligner que toutes nos villes s’y sont mises, avec plus ou moins d’ardeur. En France, partout on trie et on recycle les déchets.
Il y a encore, bien sûr des insuffisances ou des retards : installer un système efficace de tri sélectif dans les immeubles anciens et les ruelles étroites de certains quartiers historiques n’est pas toujours chose facile !
Mais les progrès sont sensibles.
En France, partout on cherche à réduire la place de l’automobile dans la ville.
A Bordeaux, par exemple, la pratique du vélo s’est spectaculairement développée en quelques années, d’abord pour pallier les embarras du chantier du tramway, mais ensuite de manière durable, grâce au système très incitatif de location de bicyclettes que la ville a mis en place et à l’installation de garages adaptés.
Le tramway, que les usagers ont plébiscité, a eu une double vertu. D’abord, il a évidemment permis d’augmenter l’offre de transports en commun. Mais il a aussi été un puissant instrument de changement du paysage urbain : plusieurs sites prestigieux de la ville qui étaient envahis par la circulation automobile ont été rendus aux piétons : la place de la Bourse, la place de la cathédrale, la place du Grand Théâtre, le cours de l’Intendance, le cours du Chapeau Rouge etc. Les commerçants et les riverains qu’on dit en général très réfractaires aux voies piétonnes ont pleinement joué le jeu car ils ont compris à quel point la qualité de la vie en ville y gagnait.

Je crois que nos villes, grandes, petites et moyennes, doivent aller beaucoup plus loin dans cette reconquête de l’espace urbain.
Les villes nord-américaines sont, dans ce domaine, très en retard et elles y perdent beaucoup en attrait, pour l’habitant ou le touriste.
Quant aux gigantesques métropoles, dix fois millionnaires en habitants et plus, qui continuent à croître un peu partout à travers la planète, elles deviendront ingérables et invivables si le taux de motorisation de leurs habitants rejoint celui des pays développés. Une grande partie de la bataille pour la diminution des gaz à effet de serre se joue là. Car les sources d’émission de ces gaz sont bien connues : si j’en crois, par exemple, une étude réalisée au Québec en 2000, 38% des émissions proviendraient des transports, 32,5% de l’industrie, 13,5% du chauffage non industriel et 9,5% de l’agriculture. On voit que les transports sont la cible prioritaire.
Nos villes ont aussi un rôle à jouer en matière de logements ou d’équipements publics : le respect des normes « haute qualité environnementale » devrait être strictement exigé de tous les constructeurs. Une piscine, par exemple, peut être plus ou moins consommatrice d’énergie selon la conception qu’en ont eue, dès le départ, l’architecte et l’entrepreneur.
On construit à New York ou à Montréal des immeubles « verts » où tout est étudié pour économiser l’énergie et les ressources rares : les parois extérieures sont équipées de panneaux solaires ; l’eau de pluie est récupérée sur le toit ; l’isolation est renforcée ; les circuits de chauffage, d’aération, de climatisation permettent le meilleur recyclage possible. Je suis sûr que l’innovation technologique peut nous apporter des solutions de plus en plus performantes.

On voit apparaître, en Europe comme en Amérique, la notion « d’éco quartier », pour désigner des quartiers de ville dans lesquels tout est agencé pour garantir le meilleur environnement possible : habitat, circulation, espaces verts et ludiques, équipements…
Ici encore, soyez exigeants : les lois du marché ne garantissent pas spontanément le respect des équilibres naturels ; il faut les humaniser en créant la demande qui pourra développer une offre nouvelle.

Pour y parvenir, les gouvernements locaux devront s’appuyer sur des législations nationales plus contraignantes ou plus incitatives. Les Etats, dans le domaine de l’environnement comme dans beaucoup d’autres, resteront des acteurs essentiels.
A nouveau, je voudrais vous donner quelques exemples. Je reviens à la voiture individuelle.
Voici près de deux décennies que je rencontre des inventeurs, des industriels, voire des constructeurs automobiles qui me disent : « Ca y est ! Nous disposons enfin d’un modèle de voiture électrique assez fiable et autonome pour pouvoir être largement commercialisé ! » Et puis, rien ne se passe ! Les explications ne manquent pas : la technologie n’est pas vraiment au point ; les coûts sont trop élevés ; le marché n’est pas porteur etc.
Sans forcément mettre en cause d’éventuelles manœuvres des compagnies pétrolières, on peut néanmoins s’interroger : pourquoi cet immobilisme ?
Les Chinois s’intéressent à la question, comme je l’avais constaté dans le cadre du jumelage Bordeaux/Wu Han. Les Japonais semblent se lancer, dans plusieurs
directions à la fois : le véhicule électrique, le véhicule hybride.
Il me semble qu’en France, une initiative forte des pouvoirs publics pourrait être efficace : pourquoi ne pas détaxer généreusement le véhicule électrique, ce qui pourrait débloquer enfin le marché et faire baisser les coûts ? Il existe déjà des crédits d’impôt intéressants, mais sans doute insuffisants. Voilà une dépense fiscale qui pourrait rapporter gros.

Deuxième exemple de champ d’action gouvernementale : une vraie politique d’économies d’énergie.
Je me souviens de la panique qui avait saisi l’Occident, et la France notamment, au lendemain du premier choc pétrolier, au début des années 70 du siècle dernier. Il fallait à tout prix lutter contre « le gaspi » ! Alors on éteignait les lumières des magasins et même l’éclairage urbain plus tôt dans la nuit ; on instaurait l’heure d’hiver et l’heure d’été ; on encourageait l’isolation des maisons etc. Il y a belle lurette que tout le monde a oublié la lutte contre le « gaspi ». C’est la responsabilité de l’Etat d’en refaire, par un jeu équilibré de mesures dissuasives et incitatrices, une cause nationale.

De même, la politique énergétique est une cause nationale. Et européenne.
Et quand je parle de politique énergétique, je ne pense pas seulement à la sécurité de nos approvisionnements actuels en pétrole et en gaz.
Ou à la nécessité de mettre en œuvre un nouveau programme électronucléaire qui prendra la relève de celui que lancèrent, avec un courage visionnaire, Georges Pompidou, puis Valéry Giscard d’Estaing, il y a trois décennies, et dont nous recueillons aujourd’hui les fruits : moindre dépendance vis-à-vis du pétrole et faiblesse relative, par rapport à d’autres grands pays industriels, de nos émissions de gaz à effet de serre.
Comme le disait Anne Lauvergeon, PDG d’AREVA, l’un des champions mondiaux de la filière électronucléaire, devant la 12ème Conférence de Montréal, en juin 2006 :
« Pour les 50 prochaines années, le nucléaire n’est pas LA solution, mais il n’y a pas de solution sans le nucléaire. »

Je pense aussi à « l’après pétrole ». L’Union Européenne, au terme d’une compétition longue et difficile, va pouvoir accueillir sur son sol – et plus précisément à Cadarache, en territoire français – le projet ITER qui, dans dix, vingt ans ou plus, nous apportera peut-être la solution, c’est-à-dire une énergie propre et pratiquement inépuisable issue de la fusion des atomes et non plus de leur fission comme dans la réaction nucléaire classique. Les scientifiques nous annoncent que l’eau des océans permettrait à elle seule de subvenir aux besoins mondiaux pendant … un milliard d’années !

Mais il faut aussi pousser la recherche et le développement de toutes les énergies alternatives.
Au Brésil, sept nouvelles voitures sur dix roulent à l’éthanol. Après une tentative en 1996, la France a relâché ses efforts en ce domaine. Sans doute parce que les spécialistes ne sont pas d’accord. Certains n’hésitent pas à affirmer que « l’éthanol est le combustible qui a le plus haut coût énergétique et qui offre le moins d’avantages. » Bref que c’est un produit « plus mythique que miraculeux » (Le Devoir, 4 juin 2006). Ce qui n’empêche pas le gouvernement d’Ottawa d’annoncer à quelques jours de distance qu’il se donne comme objectif d’intégrer 5% d’éthanol dans toutes les essences au Canada d’ici 2010. Les responsables politiques ne savent pas toujours à quel saint, ou du moins à quel savant se vouer…
Quant à l’énergie solaire ou éolienne, personne ne semble y croire vraiment. Et pourtant, ce pourrait être, à l’évidence, un complément précieux. Pourquoi ne pas rendre obligatoire la pose sur toutes nos maisons et immeubles, du moins dans les régions méridionales, de panneaux solaires susceptibles d’apporter une énergie de complément ?
J’ai vu récemment à la télévision canadienne un modèle nouveau d’éolienne, constitué de panneaux mobiles qui tournent verticalement, dont les performances semblaient très supérieures aux modèles traditionnels.
J’ai vu de même des éoliennes de taille réduite qui, couplées avec des panneaux solaires, peuvent équiper des maisons individuelles.
Recherche et innovations technologiques peuvent modifier radicalement la donne dans les années qui viennent. J’espère que vous verrez le fruit des efforts qu’il nous faut encourager dès maintenant.

Les Etats eux-mêmes n’y suffiront pas.
C’est la planète qui doit sauver la planète ! Les pollutions ne s’arrêtent pas aux frontières. Une action européenne et internationale puissante est donc nécessaire. Les chantiers sont nombreux et immenses :
-défense de la biodiversité et protection des espèces menacées
-lutte contre la déforestation
-lutte contre la pollution des mers

L’Union Européenne a déjà réformé sa politique agricole commune, pour l’adapter bien sûr à la concurrence mondiale, mais aussi pour la rendre moins productiviste, plus soucieuse des équilibres environnementaux, moins polluante. C’est un rude défi pour nos paysans mais c’est un changement indispensable

La communauté internationale a donné la priorité à la réduction des émissions des gaz à effet de serre.
Vous entendrez sans doute parler de la Convention de Rio signée en 1992 et du Protocole de Kyoto qui est entré en vigueur en février 2005 après de longues et difficiles tractations. Le débat va rester à l’ordre du jour pendant de nombreuses années encore.
De quoi s’agit-il ? Nos sociétés industrielles émettent des quantités de plus en plus importantes de gaz, comme le gaz carbonique, qui constituent une sorte de serre autour de notre planète et empêchent les rayonnements solaires renvoyés par la surface terrestre de se disperser au delà de notre atmosphère. Vous trouverez facilement dans vos futurs livres de classe une description plus précise du phénomène. (Demandez à Clara de vous aider, elle est incollable sur le sujet.) Résultat : la Terre se réchauffe et l’augmentation de la température moyenne, ne serait-ce que d’un ou deux degrés, peut avoir à terme des conséquences cataclysmiques.
L’ennui, c’est que les scientifiques ont mis du temps à s’accorder sur le diagnostic : les uns contestaient la réalité même du réchauffement ; d’autres l’attribuait à des phénomènes cycliques que la Terre a déjà connus dans sa longue histoire.
Aujourd’hui, ça y est ! Le consensus est établi : la Terre se réchauffe et à un rythme plus rapide qu’on ne le pensait il y a quelques années encore ; l’activité humaine est responsable de ce réchauffement.
D’où Kyoto : les pays industrialisés se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2% en 2012 par rapport au niveau atteint en 1990.
Ce chiffre peut vous sembler ridiculement bas. Mais c’est un début. Il faudra déjà des efforts considérables et une volonté tenace pour atteindre l’objectif à la date annoncée. La France est bien placée pour y parvenir, car elle émet peu de GES grâce à la part prépondérante de l’électricité d’origine nucléaire dans sa consommation énergétique globale. Ailleurs, c’est plus compliqué, par exemple au Canada où la mise au point d’un programme de réduction des émissions de GES dans chaque province se fait dans la douleur.

J’ai eu la chance d’assister, aux premières loges si je puis dire, à la Conférence de Montréal sur les changements climatiques qui a rassemblé les représentants de 189 pays et 10 000 participants du 28 novembre au 10 décembre 2005.
J’ai même pu participer, dans la délégation française, grâce à l’obligeance de notre ministre de l’Environnement, Nelly Ollin, à une journée de débats.

J’ai d’abord été frappé par l’omniprésence de ce qu’il est convenu d’appeler la société civile internationale: il y avait, dans les salles du Palais des Congrès de Montréal, beaucoup plus de membres d’ONG, d’associations, de groupes divers engagés dans le combat écologique que de représentants officiels des gouvernements. Et tous participaient activement aux travaux, multipliaient les déclarations, pratiquaient un « lobbying » actif, notamment à l’encontre des Etats-Unis dont la résistance risquait de bloquer la Conférence. On voyait se déployer, sous nos yeux, une nouvelle manière de négocier et de conclure des accords internationaux.
Car les Etats-Unis, en matière de réchauffement climatique, font de la résistance. Ils n’ont en particulier pas signé le Protocole de Kyoto et ils ont tout fait pour torpiller son entrée en vigueur.
Pourquoi ? L’actuelle Administration américaine a commencé par nier la réalité du problème. Puis, devant le consensus des scientifiques, elle a estimé que la méthode n’était pas la bonne. Elle continue à refuser toute contrainte internationale et prétend définir elle-même sa politique et les moyens qu’elle compte mettre en œuvre.

Deuxième constat intéressant, fait lors de la Conférence de Montréal : le point de vue de l’Administration Bush ne recueille pas l’unanimité aux Etats-Unis. Etaient présents en effet des gouverneurs, des maires, des représentants du secteur privé, sans parler de ceux de grandes ONG, qui sont parfaitement conscients du péril et décidés à agir. Les initiatives concrètes sont nombreuses dans le pays. Bill Clinton est venu en personne haranguer les délégués et proclamer que défense de l’environnement et croissance économique ne sont pas incompatibles. Il faut aussi saluer la campagne de sensibilisation que mène l’ancien vice-président Al Gore (futur candidat démocrate en 2007?) en présentant à ses auditoires un film-choc sur les dangers qui menacent la planète ; ce film, « An Inconvenient Truth », («Une vérité qui dérange»), de Davis Guggenheim, a même été présenté à Cannes, en mai 2006. Signe des temps !

Troisième constat : la pression des ONG et la détermination de certains gouvernements, dont la gouvernement canadien, et l’Union européenne ont emporté la décision. A en croire la presse montréalaise, même les écologistes sont repartis satisfaits.

Qu’a-t-on décidé en fait?
En premier lieu, on a défini les mécanismes concrets de fonctionnement du Protocole de Kyoto. C’est un peu compliqué et je vous fais grâce des détails, par exemple des conditions d’échanges des « permis de polluer » entre pays en avance sur la réduction des leurs émissions et pays en retard. Ce qui compte, c’est que le processus est lancé, et ce n’est pas un petit succès.
En second lieu, on s’est mis d’accord sur une feuille de route pour mener les discussions en vue de ce qu’on appelle parfois Kyoto II, c’est-à-dire le nouvel accord qui s’appliquera après 2012. Deux problèmes à cet égard : l’opposition des Etats-Unis qui ont toutefois renoncé à bloquer le mouvement, sans pour autant prendre aucun engagement autre que de discuter ; et puis le sort à réserver aux pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil qui ont été exonérés de toute contrainte dans Kyoto I, au nom des nécessités du développement, mais qui ne pourront indéfiniment continuer à gaspiller et à polluer sans limite.
Ils en sont conscients et amorcent déjà quelques gestes de bonne volonté : le Brésil, par exemple, s’engage à réduire de 30% au cours des 3 prochaines années le taux de destruction de la forêt amazonienne.
Mais en Europe de l’Est, on continue à consommer sept fois plus de pétrole pour produire une unité de PNB qu’à l’Ouest. Sans parler de la Chine ! L’amélioration des l’efficacité énergétique des processus de production est une mine d’économies !

Ne tombons pas toutefois dans l’angélisme : la tâche est immense ; les accords conclus sont timides ; certains gouvernements sont tentés de faire marche arrière, tel le gouvernement conservateur canadien. Et pourtant, selon de nombreux scientifiques, le point de non retour est déjà franchi et le monde aurait besoin d’un remède de cheval. J’ai tendance à le penser.

C’est dire que vous allez hériter d’un ensemble de problèmes redoutables. Il vous faudra une grande énergie, une immense ténacité pour éviter le pire.
Bien sûr, il n’est pas interdit d’espérer. Dans la sagesse humaine. Et aussi dans l’intelligence des chercheurs et des découvreurs : les optimistes, qui ne sont pas rares, sont convaincus qu’au pied du mur, l’espèce humaine trouvera en elle-même toutes les ressources de la science et de la technologie pour se sortir du piège.
Quand j’étais encore au Canada, j’ai été fasciné par la lecture, dans un grand journal anglophone, le « Globe and Mail » (3 juin 2006), d’un article décrivant quelques unes des solutions imaginées par de très sérieux chercheurs, ou de géniaux Jules Verne : des miroirs géants dans l’espace pour renvoyer la lumière du soleil loin de la surface terrestre ; la dispersion d’un nuage d’aérosols dans l’atmosphère, toujours pour atténuer son réchauffement, comme le font les poussières des éruptions volcaniques ; la fertilisation des océans pour augmenter la production du plancton qui absorbe le gaz carbonique ; le pompage du CO2 , après liquéfaction, dans la roche ou au fond des océans… etc.
Coût pharamineux assuré. Effets secondaires non garantis. Il faut continuer à faire confiance à la science et à la technologie…

En tout cas, c’est la voie à suivre, de préférence à celle de la « décroissance » dont certains se font les zélateurs.
L’idée n’est pas nouvelle : déjà, dans les années 70 du siècle dernier, les experts du Club de Rome prônaient la croissance zéro.
On la voit resurgir périodiquement. L’un de mes amis bordelais, stupéfait, m’a transmis le sujet proposé aux candidats à l’un des BTS de la session 2006. Il s’agit d’un extrait du livre de S. Latouche : « Décoloniser l’imaginaire : la pensée créative contre l’économie de l’absurde * », publié en 2003.
Voici l’une des phrases que l’Education Nationale propose à la réflexion des jeunes candidats :
« Le mot d’ordre de décroissance a surtout pour objet de marquer fortement l’abandon de l’objectif insensé de la croissance pour la croissance, objectif dont le moteur n’est autre que la recherche effrénée du profit par les détenteurs du capital. »
Comme je suis d’un naturel optimiste, j’ai tenté de rassurer l’ami, parent d’élève, qui me faisait part de ses inquiétudes : le but de l’exercice, lui ai-je dit, était évidemment de permettre aux candidats d’exercer leur esprit critique vis-à-vis d’une thèse si péremptoire !
C’est ce que j’aurais fait, au risque de déplaire à tel ou tel examinateur, car l’idée de décroissance ne m’est pas très sympathique.
D’abord parce qu’elle fait fi de la satisfaction des besoins des pays en développement dont les populations sont encore au dessous du seuil de pauvreté.
Ensuite parce que, dans nos pays développés, ce n’est pas tant d’une décroissance que nous avons besoin que d’une autre croissance, durable ou soutenable comme on dit, peut-être moins matérielle et plus tournée vers la satisfaction de besoins nouveaux. Je sais bien que le PIB est un instrument de mesure très imparfait. Mais enfin, quand un pays augmente l’effort qu’il consent pour le maintien à domicile de ses personnes âgées dépendantes ou pour le financement du soutien scolaire aux enfants qui « décrochent », ces politiques se traduisent par une augmentation de son Produit Intérieur Brut dans lequel les services pèsent de plus en plus lourd. Ne jetons donc pas la croissance avec l’eau du bain. Essayons plutôt d’en changer le contenu ou la nature. Croisons les doigts. Ou plutôt, retroussons-nous les manches !

Une idée encore que j’emprunte à Jacques Chirac : pourquoi ne pas créer, comme on l’a fait pour la paix et la sécurité avec l’ONU, pour la stabilité financière et monétaire avec le FMI, pour le commerce mondial avec l’OMC, pour la justice pénale internationale avec la CPI, une Organisation Mondiale pour la Sauvegarde de la Terre, dotée de moyens et de pouvoirs nouveaux ?
Ce pourrait être l’apport de votre génération à la gouvernance mondiale.
C’est surtout l’un des moyens… d’augmenter nos chances, vos chances de survivre.

La tâche sera rude. Ne vous faites pas d’illusions : il vous faudra changer du tout au tout les habitudes et les comportements dont notre génération a tant de mal à se défaire. N’attendez pas d’y être contraints par l’urgence. Anticipez !
Vous n’avez plus le choix : vous devrez être des militants de la Terre.

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28 commentaires pour « Militants de la Terre »
  • Erwann de Dieuleveult
    Le 17 Juillet 2007 à 11 h 25 min
    Monsieur,
    Ce message pour vous dire mon admiration face à votre courage.
    Votre vie politique, faite de hauts et de bas me semble vous enrichir chaque jour.
    Je suis parisien et ai découvert votre ville il y a quelques mois, et je suis sur que vous y êtes pour beaucoup dans son charme.
    Merci de continuer à vous battre pour elle, pour votre nouveau combat qu'est l'écologie.
    Amicalement
    Erwann de Dieuleveult
  • Hervé BUCHOU
    Le 11 Décembre 2006 à 09 h 31 min
    Cher Monsieur,

    J'ai lu avec beaucoup d'interets la ''Lettre à vos petits enfants''. Quel texte et quelle réflexion. J'ai pris soin d'en éditer un exemplaire pour partager cette analyse et ces sentiments avec ma famille.

    Hier soir, j'ai regardé sur France 5 la rediffusion de l'émission ''COnversation secrète'', cetet promenade dans ce PAris typique de Montmartre a été très agréable. J'ai beaucoup aimé ce concept d'émission qui vous a permis, librement, de nous dévoiler... quelques uns de vos sentiments sur votre parcours politique, votre famille, notre Ville et les gens. En effet, pas plus tard qu'hier après midi, nous nous sommes croisés à l'entrée de l'Hotel de Ville, vous rentriez avec votre épouse et votre fille, j'en sortais avec mon épouse avec quelques cadeaux pour les enfants. J'ai beaucoup aimé voir Mme Juppé prendre le temps de parler avec les agents de la Police municipale à l'entrée, il faisait froid, elle a pris soin de les encourager. Quant à nous, nosu nous sommes salués, je n'aipas osé vous tendre la main, timidité surement mais aussi respect pour la personne que vous étes. Je vosu ai quelques fois confié sur ce blog, quelques sentiments et réflexions, peut être des encouragements.
    Dans tous les cas, après vous avoir vu et écouter sur France 5, dans la partie ou vous vous exprimez sur les poignées de mains, j'ai vivement regretté de ne pas vous avoir tendu la mienne sous le porche de l'Hotel de Ville, comme souvent ailleurs, lorsque nousn ous croisons. Aisni que je vous l'ai dit plus haut : timidité et respect....

    Très sincères salutations

    Hervé
    Hervé BUCHOU
  • Victor Rouland
    Le 23 Novembre 2006 à 09 h 59 min
    Monsieur Juppé,

    A travers vous, je souhaite poser une question à un homme politique à la fois engagé et pragamatique, rationnel et lucide, attaché à la France tout en ayant une capacité d'analyse qui dépasse indéniablement le cadre national.

    Ma question est une synthèse d'opinions relevées sur différents forums d'internet:
    -d'un côté, les médias font écho de la multiplication des projets de
    construction d'usines de production de biocarburants issus de matières
    premières destinées à l'alimentation (sucre, céréales, colza), que ce soit en France, Union Européenne ou outre Atlantique.
    - d'un autre côté, nous voyons les prix des matières premières agricoles
    grimper, notamment parceque les opérateurs anticipent cette demande
    additionnelle destinée à l'industrie.

    Bien que cette dernière tendance soit
    amplifiée par la forte sécheresse qu'ont récemment connue les grandes régions agricoles de la planète, une rapide analyse met en évidence l'impasse dans laquelle nous nous engageons: via une importante incitation fiscale, nous développons une production d'énergie dont nous savons qu'elle ne pourra jamais être une alternative crédible au pétrole et ce faisant, nous provoquons une inflation généralisée des prix des matières premières.

    Ma question est la suivante: l'attribution d'autorisations de production debiocarburants tient elle compte de l'impact sur l'équilibre des marchés de matières premières ou ne répond elle qu'à des obligations légales découlant dela signature du protocole de Kyoto ?
    En d'autres mots, cette politique industrielle / énérgétique / fiscale /
    agricole est elle bien raisonnée ? Ses conséquences à court et moyen termes sur les prix des matières premières ont elles bien été mesurées ?
    Je vous remercie par avance de votre réponse et vous prie de recevoir, Monsieur, mes plus respectueuses salutations.

    Victor Rouland
    Victor Rouland
  • andré Dhayer
    Le 13 Novembre 2006 à 17 h 06 min
    Bonjour monsieur le premier ministre!Ce titre o combien mérété par votre engagement et votre lucidité !Avant les autres et contre vents et marées (et quelles marrées!) vous avez vu et tenté ce que personne n'avait osé :dire la vérité aux Francais, celle's) qui les dérange (ent)mais qui les aurait remis a niveau des enjeux actuels. Je viens de terminer votre livre.Bravo pour votre courage et votre sincérité et votre sensibilité que je perçois ,loin des reproches injustes et surtout mal fondés parce que mal renseignés sur les difficultés du pouvoir!Je partage vos points de vue et j'espère votre retour au plus haut niveau pour sauver la France de son atonie et de sa peur.J'ai eu l'occasion de partager un repas avec vous entre les deux tours des "funestes"legislatives ,en Avignon,j'ai compris combien vous souffriez de l'inconstance et j'ai souvent eu envie de vous ecrire pour vous dire mon soutien et celui des miens ...le sort etait jeté mais ,aujourd'hui,tout peut redemarer avec ténacité et tolérance... Nous vous attendons depuis 97!! Sur l'ecologie:beaucoup de petits gestes ,privations de confort excessif pourraient commencer a arranger le climat. Pourquoi les villes ne reduiraient elles pas toutes leurs consommations exagérées?,la nuit (un lampadaire sur deux ,des ampoules moins gourmandes ,vehicules electriques ou mixtes etc...cherchons tout de suite; Je file au conseil municipal ou je plaide en ce sens mais ne suis pas entendu parce que dans la minorité... A+ Avec ma respectueuse amitié et mon soutien indéfectble; André Dhayer 30650
    andré Dhayer
  • Christophe LOERTSCHER
    Le 13 Novembre 2006 à 11 h 33 min
    M. JUPPE
    Depuis longtemps déjà je voulais prendre le clavier(où est il le temps de la plume?) et vous écrire pour vous exprimer mon soutien dans votre galère et le mot n'est pas peu faible.Je pense qu'en politique ce navire existe toujours certain partent aux galères et en reviennent plus fort d'autres se noient.
    J'ai toujours pensé que vous étiez un homme hors norme, n'ayant pas oublié vos racines et sachant toujours rechercher cette sève du citoyen que vous êtes avant tout avant de vouloir vivre dans les mangroves de la politique où les arbres poussent trop souvent d'une façon biscornu.
    Je vous ai entendu dernièrement sur RTL et à la question posée par ce journaliste politique dont l'accent fleure bon le sud ouest vous vous êtes laissé amené à répondre comme un simple citoyen formulant ensuite que vous aviez oublié ce genre de questions et que vous aviez répondu spontanément, mais n'est ce pas là , la vérité que tous les citoyens attendent , d'avoir enfin une personne politique qui ne pratique pas la langue de bois?
    Vous êtes entré en politique comme on rentre en religion , par vocation , cela se sent à travers vos opinions, vos façons de croire en l'avenir.
    Je suis trop jeune pour avoir bien connu le Général de Gaulle mais je pense qu'il était de cette valeur, simple, humble au service de la France et des français.
    Il est vrai que l'on ne peut pas faire l'unanimité à travers un pays, les clivages politique et la jungle qui entourent ces gens là reste un cafarnaum pour le quidam moyen qui attend d'eux des solutions malheureusement le plus souvent pour lui même et non pas l'Etat.
    La politique du "nombrilisme" devient de plus en plus actuelle, les français on dirait, ont peur de lever la tête et de combattrent, pourtant l'histoire de la France nous prouve le contraire.
    Je ne sais pas quel rôle vous jouerez dans le futur mais la France et les français ont besoin d'hommes comme vous, ce n'est pas pour vous jeter des fleurs, mais quelque part j'aspire à ce que des personnes de votre type prennent les rennes de notre pays.
    Je suis d'un esprit social démocrate, mais je trouve que les propos de M. SARKOZY, sont parfois médiatiques sur l'électorat d'extrême droite , je le laisse seul maître de ces opinions et notamment de sa stratégie électorale et je crois qu'on peut lui faire confiance de ce côté là, je crois aussi que c'est un homme qui veut servir son pays, j'espère surtout s'il est élu en 2007 qu'il sera s'entourer de gens compétents.
    Quelque part il me fait parfois penser à Napoléon Bonaparte dans ce désir de conquête mais aussi ce désir d'affirmer les fondements mêmes de la révolution française.
    Pour en venir aux problèmes actuels, je pense que le mal de notre société pourrait être réduit dans une métamorphose complète de l'Education Nationale mais nous avons affaire à un énorme chateau , un fief comme dise les journaliste, j'irai presque jusqu'à dire la cité de TROIE, où seul Ulysse grace au cheval a pu pénétrer , quel pourrait être le cheval de Troie qui permettrait de prendre cette place forte?
    J'ai tellement de choses encore à vous dire que je vous écrirai à nouveau si vous voulez bien me répondre.
    Je vous remercie d'avance de m'avoir lu et pourquoi pas?
    Courage et n'oubliez pas cette locution latine sortie des pages roses du Petit Larousse:"Timéo Danaos et dona ferentes".
    Christophe LOERTSCHER
  • marianne debordeaux
    Le 07 Novembre 2006 à 18 h 48 min
    j'ai 29 ans.je suis celibataireet sans enfant . je gagne le smic.j'ai fait le choix de me deplacer uniquement a velo ou en transport en commun ....oui mais voila aujourd'hui à bordeaux cela me coute 376 euros par an , je gagne 900 euros net par mois ça plus du thier d'un mois de salaire...c'est beaucoup...beaucoup trop...et bien sur comme je travaille je n'ai droit a aucune aide...
    j'ai fait le choux de trier mes dechets.
    oui mais voila a bordeaux il n'y a pas a ma disposition proche de poubelle permettant le tri...je suis obligée de faire appel a mon pere pour vider mes ordures a florac ou là c'est obigatoire et ou il y a le necessaire a disposition des citoyens...
    je pourrais vous donner d'autres exemples mais deja si vous pouviez intervenir sur ces deux là se serait formidable.
    marianne debordeaux
  • Clément Roman
    Le 07 Novembre 2006 à 18 h 45 min
    J'ai 16 ans, et représente par conséquent l'Avenir si sacré de notre patrie...votre combat écologique est légitime, poursuivez-le et gagnez-le.L'écologie sera, je l'espère, au coeur de la campagne,cela va dans l'intéret de tous.je veux devenir adulte dans un pays beau et propre,la France a un capital à préserver, entretenir, bonifier!J'ai encore confiance...

    (comment peut-on finir un courriel à un homme politique?peut-ètre ainsi:)

    cordialement
    Clément Roman
  • Claude Simonnet
    Le 07 Novembre 2006 à 18 h 36 min
    Monsieur le Premier Ministre,
    Quelques éléments pêle-mêle.

    Ce que je crois nécessaire,
    - la préservation de notre planète,
    - la maîtrise de notre production énergétique en rapport avec nos besoins,
    - notre indépendance face aux pays conquérants ou irresponsables.

    Ce qui est dommageable,
    - l'abandon d'une partie de notre programme énergétique sans compensation équivalente.
    Il est indispensable de repenser notre position afin que notre pays soit un acteur qui assume ses responsabiltés face aux générations suivantes.
    S'il est difficile de connaître avec précision les conséquences de nos décisions, il est possible de simuler les différentes options et de choisir les plus avantageuses pour l'avenir en sachant que nos descendants receuilleront un "héritage global".

    Des gestes simples pour chacun,
    - diminuer la quantité de nos déchets, effort individuel, collectif, industriel,
    - diminuer notre consommation d'eau, d'électricité,
    - résister aux propositions d'achats gadgets et inutiles,
    - préférer les biens de consommation durables, réparables et non jetables.

    Des orientations pour notre pays,
    - utiliser nos terres pour produire du végétal transformable en énergie,
    - reboiser nos terres,
    - utiliser les sources d' énergies naturelles, vent, soleil ...
    - reprendre le développement de notre programme d'énergie nucléaire.

    Ce que je ne comprends pas,
    - appeler "sachet-repas" un sachet de poudre d'antibiotique destiné à la consommation des veaux,
    - dans le même temps, faire baisser à juste titre la consommation humaine d'antibiotiques.
    Claude Simonnet.
    Claude Simonnet
  • Gilles Lecannelié
    Le 07 Novembre 2006 à 15 h 56 min
    Le Goncourt à J.Littel, le Renaudot à A. Mabangkou, et la "Hulotte" d'or à Alain Juppé, pour "les militants de la terre", à l'unanimité...
    On appréciera la bouffée epistolaire de la nouvelle Mme de Sévigné des Landes ,qui annonce à ses petits enfants qu'ils sont privés de poisson.Toutes ces lettres ,cela donnera toujours du travail à Olivier Besancenot, le mercure des beaux quartiers: une contribution à l'effort pour l'emploi. A propos d'ecologie , savez-vous qui a soufflé à l'oreille du Grand Timonier le prénom de Nelly O.( et ses trois ours)pour ce poste-clé? Quel avenir avez-vous en votre temps réservé à la "Juppette" dévolue à l'écologie ?...
    Gilles Lecannelié
  • sébastien tasserie
    Le 07 Novembre 2006 à 15 h 28 min
    Je viens de lire avec intérêt, votre lettre pour vos petits enfants.
    D’abord, sur la forme, j’aime beaucoup votre façon de passer d’un registre très personnel, (qui nous parle à tous), et de partir sur un terrain beaucoup plus technique et d’y développer vos théories. Si votre livre est à l’image de cet extrait, je vais surement le dévorer.
    Ensuite sur le fond, je vais me permettre d’être un peu critique.
    Vous envoyez une lettre à vos petits enfants, en disant : « n’attendez pas d’y être contraints par l’urgence. Anticipez ».
    Pourquoi attendre des autres ce que l’on peu faire soit même.
    Vous êtes un homme brillant et vous dites être sensibilisé aux questions de l’écologie depuis bien longtemps.
    Vous habitez un pays, qui s’ouvre de plus en plus à ces questions. Un grand pays, qui se trouve en manque de valeur actuellement, du moins en manque de ligne directrice.
    Vous nous démontrez dans votre extrait que vous avez des idées sur le sujet, le diagnostique n’est plus à faire, mais l’action doit venir.
    Pourquoi attendre, la terre n’est pas un héritage que nous devons transmettre à nos enfants, ils en sont propriétaires et nous, locataires.
    Les bonnes idées sont celle qui se concrétisent, alors je vous pose une question, pourquoi ne créez vous pas l’OME (organisation Mondiale de l’Ecologie) ?

    Bien à vous et merci de nous revenir aussi serein. Sébastien TASSERIE (LE HAVRE)
    sébastien tasserie
  • Thomas H
    Le 07 Novembre 2006 à 11 h 41 min
    Bonjour Monsieur Juppé,

    Juste une question, très politiquement incorrecte, dans cette bien-pensance écologique actuelle : les divers et nombreux changements climatiques, récents (à l'échelle de l'histoire de l'humanité) - je pense en particulier au réchauffement très sensible qui a eu lieu autour de l'an mille et qui a contribué à l'essor agricole et démographique des XI-XII ème siècles - étaient-ils dûs aux activités humaines?

    Bien cordialement.
    Thomas H
  • virginie V
    Le 07 Novembre 2006 à 09 h 47 min
    Merci de prendre le temps de nous écrire de longs messages intéressants et instructifs.
    Juste une chose néanmoins, et ce n'est pas de la provoc de ma part car j'imagine que vous n'avez pas les yeux partout:
    Au croisement de la rue Leupold et de la rue des faussets (quartier Saint Pierre), il y a un énorme container depuis plus d'un mois rempli de détritus en tout genre, ca mérite le coup d'œil. Nous n'avons toujours pas sur la commune de bordeaux des poubelles à compartiments pour effectuer le tri des déchets. Il y a des containers en ville, c'est vrai, mais entre le travail et les obligations familiales on a un peu la tête dans le guidon, aussi la plupart d'entre nous n'avons pas le temps d’avoir plusieurs poubelle chez nous et d’aller religieusement chaque WE déposer tout cela ou il le faudrait…Sans compter que la moindre bricole que l’on achète bénéficie d’un emballage attractif pour la vente et la plupart du temps polluant. Cela entraine énormément de déchets par ménage.
    Personnellement je serai ravie de participer a des opérations « écologiques », j’essaie de faire au mieux individuellement mais je ne sais à quel saint me vouer en matière d’organisations écolo. Aussi, si vous avez des actions à proposer ou je peux me rendre utile (bénévolement cela va de soit) j’en serai ravie.

    Bien Cordialement,
    virginie V
  • pierre berthier
    Le 07 Novembre 2006 à 08 h 10 min
    quel bla bla !!quelle mievrerie ! s'il a fallu que vous attendiez si longtemps pour vous rendre compte des problemes d'environnements, c'est peut être que vous n'avez pas la valeur politique que vous supposez avoir. Gouverner c'est prevoir : on ne s'occupe pas des problemes uniquement lorsqu'on a le nez dessus.Cela fait au moins trente ans que des esprits avisés nous avertissent ; c'etait evidemment plus facile de les traiter de gauchistes et de regarder ailleurs. Maintenant que la majorité de nos concitoyens se preoccupe d'environnement, c'est furieusement porteur pour un politique de jouer cette carte.esperons au moins que la necessité saura vraiment vous rendre efficace(s) (les politiques), pour une fois ; quant à vous croire sincère(s )et désireux du bien commun AVANT de penser à votre (vos) ambition(s) personnelle(s), personne ne se fait d'illusion.
    pierre berthier
  • Denis Lapetina
    Le 06 Novembre 2006 à 23 h 22 min
    Comme les précédents intervenants j'ai beaucoup apprécié vos échanges avec les ex-ministres Ferry et Allègre lors de l'émission FOG (France 5).
    Ce qui est regrettable c'est que hors du débat médiatico-politique et hors des enjeux de pouvoir : vos avis convergent, vos visions se complètent...
    Aussi si rien n'a été entrepris en matière d'environnement par tous les gouvernements passés depuis des décennies c'est bien parce que les politiques, auxquels vous appartenez, privilégient leurs intérêts personnels avant ceux de leurs concitoyens !
    Aussi vous avez raison en nous sollicitant dans la prise de conscience collective que chacun de nous doit participer à la protection de l'environnement mais de grâce que ceux qui nous gouvernent montrent l'exemple.
    Ce problème "vital" pour nos enfants n'est pas nouveau ... et vous le savez !
    Mais combien parmi ceux qui nous ont dirigé ont écouté ces cris d'alarme ?
    Et pour finir, il a été déjà démontré que la situation actuelle est le résultat des abus remontant à vingt ans en arrière voire davantage ... et la France : quel est son influence sur les autres pays émergents (Chine, Inde, Brésil, ...) sans compter les pays tel l'Iran qui disposera sous peu de l'arme nucléaire ?
    Denis Lapetina
  • Yves RICHARD
    Le 06 Novembre 2006 à 22 h 12 min
    bonsoir,
    j'aime bien votre texte. Je pense d'ailleurs qu'il ne vous attirera pas beaucoup de problèmes ... Seul votre action politique à venir peut nous convaincre que ce ne sont pas là que de bons sentiments. J'attends avec impatience de lire la suite (et de me faire dédicacer le livre en tant que bloguiste forcené). Je vous avoue une certaine inquiétude quant-à votre choix de soutenir un candidat pour la présidentielle: j'ai toujours trouvé une grande similitude de vues avec vous, et j'ai un peu peur de voir cette harmonie troublée par votre choix. J'espère que vous ne monnayerez pas votre -précieux- soutien à trop bas prix, mais j'imagine que, pour ne pas être ennuyé par ses propres amis dans sa commune ou sa circonscription, la tentation doit être forte pour un élu de "se coucher" devant la doxa du parti (cela s'est très bien vu dans le comportement des députés notamment pendant le CPE). J'espère que vous serez plus libres qu'eux. Nous verrons bien.
    Avant de vous quitter, ayant raté votre passage chez FOG, je me permets une suggestion: pourquoi ne pas publier en avance sur le blog les différents événements publics (tv, radio, conférences...) auquels vous participez ?
    Bien à vous
    Yves RICHARD
  • Isabelle F - L Ch
    Le 06 Novembre 2006 à 19 h 37 min
    Monsieur,

    Samedi soir j'ai interrompu la lecture du livre " ô Jérusalem ", afin de découvrir votre livre " Lettres d'un voyageur ".
    J'avoue l'avoir lu d'une traite, et peut-être trop rapidement, parce que j'ai apprécié vos explications et vos arguments. Pourtant, j'ai d'abord craint d'être indiscrète en voyant l'intitulé des lettres, mais très vite votre style conquiert le lecteur, et j'ai admiré les explications claires et sincères adressées à vos enfants et vos petits-enfants pour l'avenir.
    De très beaux témoignages de sollicitude et d'amour pour les vôtres.
    J'ai moi-même des enfants et je constate chaque jour le bonheur de les avoir.
    J'ai aussi été charmée par votre description de la vitalité débordante de vos petits-enfants. Quel merveilleux catalyseur que ce dynamisme là !
    Personnellement, je persiste à penser que les enfants donnent un sens, et un goût inestimable, à la vie.

    En "quelques lignes", je vais tenter de dire sans trop de maladresses et d'erreurs, je l'espère, ce qui m'a le plus plu, au risque d'omettre les passages les plus intéressants et les plus importants.
    Dès lors que l'on a régulièrement lu votre blog, ( c'est mon cas depuis sept. 2005 ), on a le plaisir de retrouver dans ce livre des arguments déjà défendus sur le bloc-notes, et même certains paragraphes et les références bibliographiques correspondantes, ainsi le "blogueur" n'est pas dépaysé. Par contre, concernant la conférence de Montréal, il me semble que vous ne nous aviez pas parlé de Mr. Al Gore et son film "An Inconvenient Truth". Un film comme celui-ci ne mérite-t'il pas d'être cité régulièrement ? Histoire d'inoculer cette sensibilisation à l'environnement et l'écologie à chacun.

    Au gré de la lecture, on se délecte également de votre savoir sur le monde méditerranéen, de l'Asie mineure à la péninsule ibérique. Votre culture "pré-hellénistique" et hellénistique, l'allusion à Thucydide pour définir le leadership et, votre parfaite connaissance de l'histoire de la Méditerranée orientale ; puis, en se projetant plus loin dans le temps, Venise, la Castille, l'Alhambra. Tant de lieux magnifiques, où le "métissage" des cultures a donné naissance à de nombreux chefs-d'oeuvre mondialement connus. A propos de Venise, il me semble d'ailleurs que Jean d'Ormesson dit qu'elle est la plus orientale des villes d'Occident et la plus occidentale des villes pour l'Orient.(Ce ne sont peut-être pas les termes exacts, mais l'idée y est).
    En parlant de métissage, je pense aussi à votre volonté de faire supprimer le mot race de différents textes. Je suis convaincue que vous avez raison. Nul n'est responsable de phénomènes qui relèvent purement et simplement de la biologie cellulaire et de la génétique. Soit, par exemple, la localisation plus ou moins superficielle des pigments de mélanine dans notre épiderme. A ce sujet, j'ai beaucoup aimé un argument de Michel Serres. Lors d'une émission T.V., il disait que nous sommes tous issus du métissage. J'adhère à son idée. Effectivement, depuis la nuit des temps, les phénomènes migratoires ont toujours existés, et ils ont systématiquement donné lieu au métissage. Nous sommes tous concernés.

    Pour finir, je vais résumer et simplement énoncer les chapitres que j'ai plus particulièrement appréciés : la mondialisation, l'ONU, l'environnement bien sûr, et votre vision de l'Europe ; mais je bute toujours sur le conflit au Proche-Orient. Page 139, j'ai noté cette phrase : " J'ai douté de l'Europe lors des derniers affrontements entre Israël et le hezbollah ". A un autre moment, vous parlez également d'utopie à propos du conflit israélo-arabe. Personnellement, je trouve cette situation désastreuse, terriblement affligeante et désespérante. J'ai du mal à concevoir qu'aucune solution concrète ne soit envisageable depuis toutes ces décennies. J'ai parfois le sentiment que les Occidentaux ont une lourde responsabilité dans la résurgence de ces flambées de violence, plutôt de guerre. Par exemple concernant le hezbollah, ce groupe sévit depuis les années 1980 dans cette partie du Proche-Orient, la diplomatie ne pouvait-elle rien entreprendre en presque 25 ans pour éradiquer ce mouvement ?
    J'ai découvert tardivement vos notes au sujet de ce conflit, soit fin août quelque temps après notre retour de Bretagne, j'avoue avoir apprécié votre raisonnement.
    J'aimerais laisser ces quelques phrases relevées dans le livre "ô Jérusalem" et écrites par D. Lapierre et L. Collins à propos de la réunion de l'ONU à Flushing Meadows le 29 novembre 1947. " Jusqu'alors les Juifs avaient presque toujours vécu en paix aux côtés des Arabes. Leur exil avait même connu son unique âge d'or dans l'Espagne des califes. De tout temps, l'Empire ottoman leur avait ouvert les portes, alors que la plupart des pays d'Europe leur fermait les leurs. Et la longue succession des persécutions antisémites, qui devait trouver son atroce apogée dans les fours crématoires hitlériens, avait été accomplie par les nations chrétiennes d'Europe et non par l'Islam ".

    Pour conclure et parler de "l'appétit de vivre ", page 123, je crois qu'il n'y a malheureusement pas d'âge pour perdre cet appétit. Phénomène complexe et difficile à élucider. Je crois surtout pour les vôtres, vos proches, vos amis, vos sympathisants, les militants, vos électeurs, j'en oublie probablement beaucoup, les blogueurs, les bordelais, pour tous ces gens, ne perdez surtout pas l'appétit de vivre, car tous ont besoin d'un LEADER.

    Très respectueusement

    ILC
    Isabelle F - L Ch
  • Franck GENIE
    Le 06 Novembre 2006 à 18 h 32 min
    Ca fait plaisir en effet de voir un de nos dirigeants (ex et futur), tenir ce type de discours. L'écologie n'a rien à voir avec le clivage droite/gauche, elle est bien sur l'affaire de tous. En tout cas le temps montrera à chacun qu'on ne peut faire l'économie de cette réflexion. Seuls les myopes de l'histoire se permettent ce luxe, qui pourra nous coûter cher.

    Pour compléter vos propositions, quant aux émissions des pays en voie de développement, qui semblent l'enjeu principal en terme d'échelle, nous pouvons, nous devons imposer le respect des normes environnementales aux produits que nous consommons. Par exemple en enrichissant le Label CE d'un aspect environnemental, pour "forcer" les pays émergents à prendre les mesures les plus urgentes. Il restera leur consommation intérieur, mais c'est aujourd'hui qu'il faut agir, notre pouvoir d'achat pouvant encore fortement influer sur ces derniers qui ne renonceront pas à nous approvisionner tant que nos devises pèseront plus lourd que les leurs (plus pour longtemps). Et la production pour l'exportation tirera par le haut les conditions de production des marchandises qu'ils consomment.

    Et ne laissons pas l'OMC nous interdire ce type de barrières, au bénéfice de la concurrence libre et non faussée.

    Ayons le courrage de nos engagements, ceux qui semblent physiquement nécessaires, avant ceux qui permettent de rétablir un modèle économique utopique, celui d'une concurrence libre et non faussée.
    Franck GENIE
  • Yves Marion
    Le 06 Novembre 2006 à 18 h 08 min
    Quelle chance ont vos petits enfants d'avoir un pareil grand-père si soucieux de leur inculquer d'aussi judicieux préceptes !
    Et félicitations à eux s'ils ont eu la patience de vous lire jusqu'au bout !
    Je doute que les miens l'auraient fait.
    Ceci dit, mille fois "bravo" ! Continuez votre combat . La lecture de votre blog est un "dopant". Nous en
    avons bien besoin .

    Yves Marion
  • Claude Perrier
    Le 06 Novembre 2006 à 15 h 52 min

    Monsieur le Premier Ministre,

    J'ai suivi vos dernières interventions -à la télévision notamment - et j'aprécie le contenu de vos remarques, de vos suggestions. Votre séjour au Québec et la réflexion que vous y avez menée donnent,à n'en pas douter, un éclairage original et pertinent sur notre pays.Une vision aérée du seul débat franco-français.
    Cependant, à trop faire référence au Quebec,et si vous n'y prêtez attention, il risque de se transformer pour vous en "Las Vegas de Line Renaud"!

    Avec mes sentiments les meilleurs et dans l'attente du rôle de premier plan que vous devez retrouver sur la scène politique nationale.

    C Perrier
    Claude Perrier
  • Grégoire Déon
    Le 06 Novembre 2006 à 14 h 33 min
    Bonjour Monsieur Juppé,

    Votre texte m'a plu, il montre une volonté de changer les choses de façon constructive. J'aimerais toutefois vous voir aller encore plus loin dans vos propositions nationales. S'il est certain que nous consommons trop et mal, ne pourrions nous pas trouver avant tout des solutions territoriales effectives.

    Je vous ai entendu sur TF1, vous faisiez la promotion de votre livre, aussi j'attendrai la lecture de celui-ci pour vous faire part des choses qui m'auront marqué.

    Toutefois je me permets d'attirer votre attention sur un point en particulier. Il me semble qu'en France de très nombreux universitaires, militaires, industriels, se réunissent à l'occasion de colloques pour discuter de ces problèmes. Souvent à l'issu de ces réunions les conclusions puis les recommandations font rarement l'objet de diffusions nationales.

    La complémentarité du Shom, de l'Ifremer, de Total, de la Marine Nationale, des laboratoires du CNRS sont une manne précieuse, mais qui peut les aider à mieux communiquer sur ce sujet? Et si sincèrement vous envisager de commencer une "croisade" pour changer les choses vous y trouverez de nombreuses personnes prêtes à vous aider. Pourvu qu'on veuille bien y mettre les moyens.

    Montrer du doigt les pollueurs et y opposer tous ceux qui se disent écolos est une erreur que vous ne faites pas. Et ca me plaît. Associer de façon complémentaire tous ceux qui sont concernés par la mer depuis les archéologues jusqu'aux chercheurs de pétrole n'est pas une tache impossible.

    Voici deux noms, Monsieur, que je me permets de vous signaler parce qu'il sont en amont de toutes ces questions depuis maintenant 15 ans. Je parle de Christian Buchet, doyen de la faculté des lettres de l'institut catholique de Paris et de Monsieur Poussou, historien et ancien recteur de la Sorbonne. Les deux sont très attachés à la Gironde...

    Un véritable "think tank" pourrait avoir de meilleurs résultats si l'on lui donnait les moyens de se faire entendre. Et pourquoi pas un pour le Ponant et un pour le Levant. Reléguer ces deux cercles de pensée à une AAI efficiente n'est pas une idée saugrenue non plus.

    Voilà ce que je peux vous écrire pour le moment. On parle de crise de la recherche quand il y a encore de si nombreuses découvertes à faire qui sont liées à l'océan.

    Permettez moi juste de conlure sur deux points.

    La prochaine fois que vous viendrez en Bretagne n'hésitez pas à aller jusqu'en finistère. Le département est tantôt sinistré soit par le mazout, soit par les nitrates. Les plages tous les dix ans sont noires quand elles ne sont pas vertes, tout les dix ans le biotope est ruiné. Quand à la biodoversité, les retraités de bretagne ont tellement piégé la côte sauvage histoire de braconner un lieu, un bar, une araignée, que rien ne vit plus à moins d'un demi mille des côtes. Parce que personne ne régule l'usage des filets ou des casiers à titre personnel. Personne n'ose parler de braconnage mais c'est faux.

    Enfin permettez moi d'éveiller votre propre histoire sur un autre point. Je crois que vous êtes un Gaulliste sincère, ne serait-ce que parce que votre père fut un Résistant convaincu. Or, il me semble que dans le Gaullisme doit survivre quelque chose et c'est l'indépendance. Cette indépendance nous l'avons déjà bien hypothéquée dans notre dépendance au pétrole. Dépendance addictive qui non seulement pollue, mais en plus nous lie inexorablement à des fluctuations de marché, mais aussi à la volonté d'étrangers qui ne nous veulent pas forcément du bien. Aussi, la logique Gaulliste voudrait que nous quittions cette dépendance pour y trouver un substitut. Et c'est précisément cela que je n'arrive pas à comprendre. Nous avons la possibilité de nous affranchir énergétiquement des bédouins, nous avons la possibilité de développer les bio carburants et pratiquement rien ne se fait...

    Je sais que nous leurs achetons du pétrole et qu'ils nous achètent des armes et des avions, du luxe etc... Mais il me semble qu'un Gaulliste comme vous doit voir plus loin que nos intérêts nationaux à moyen terme. Un homme d'Etat doit être un visionnaire et si vous êtes celui-ci vous devinez qu'il nous faut d'abord nous affranchir du pétrole au détriment des autres débouchés. Non seulement nous relancerons l'économie rurale, mais en plus nous pourrons enfin éviter d'avoir à décorer un Poutine, et nous n'aurons plus à frémir à chaque fois que l'OPEP se réunit.

    Cette "croisade" est donc noble, utile, stratégiquement vitale, et répond à votre "idéal" gaulliste.

    A Paris
    Grégoire Déon
    Grégoire Déon
  • Patrice Gruel
    Le 06 Novembre 2006 à 10 h 46 min
    Alain,

    Je me permet de vous appeler Alain, car cette longue et belle lettre nous fait vivre un peu plus dans votre intimité familiale.

    Je retiens particulièrement dans cette longue missive cette volonté sous-entendue du maintien des valeurs familiales, respectueuses et environnementales. Et je partage...
    Le respect de la planète commence par la volonté de respecter son semblable et son prochain.
    L'éducation du respect se transmet par les valeurs familiales, obligatoires pour nos enfants si nous souhaitons qu'ils possèdent les meilleurs atouts pour réussir la grande partie de golf qu'est la vie.
    J'attribue le grands nombre de faits divers, que nous connaissons tous puisqu'ils font les unes de nos journaux, à cet écartement des valeurs.
    Nous vivons dans une société ou les points de repères n'existent plus et les conséquences sont très grâves:
    - dégradation du matériel public
    - endettement des ménages et des jeunes
    - insultes et agressions gratuites
    - consommation d'alcool et autre chez les jeunes
    - dégradation de la planète
    - absence de motivation professionnelle (qui explique une grande partie du chomage et des RMIstes)
    - absence de ponctualité
    - absence de discipline
    - ...

    J'ai 30 ans et petit garçon de 2 ans.
    Cet environnement tant écologique qu'humain dans lequel nous évoluons doit changer, pour nos enfants.
    C'est ce changement politique que nous attendons.
    POUVOIR MISER SUR L'AVENIR et cesser de vivre au jour le jour dans la peur que demain, tout soit terminé...
    Cette politique attendue, c'est une politique recentrée sur le role de la famille, qui doit pouvoir éduquer ces enfants, et pour celà, il faut du temps et la volonté de le faire. Mais il faut surtout comprendre que celà prend du temps et que le résultat ne peux parfois se voir que des années après.
    Ce n'est pas aussi facile que gratter un ticket de millionaire pour s'enrichir et je pense que c'est celà qui démotive les gens à l'appliquer.
    Cette société étant devenue si assistée, que tout le monde croit trouver toutes les réponses à tous les problèmes en regardant sur Internet...

    Alain, bon courage
    Patrice Gruel
  • Bertrand Born
    Le 06 Novembre 2006 à 09 h 59 min
    On a l'impression, comme le disait Giscard à l'époque que toutes les grandes courbes nous mênent à la catatrosphe mais que rien de conséquent n'est fait. Sur ce sujet comme sur d'autrs il n'y aurait pas de politique cohérente, suivie.
    Exemples:
    R Barre avait lourdement taxé les grosses cylindrées, Fabius a supprimé la vignette.
    R Barre avait fixé des objectifs précis et quantifiés aux administrations et entreprises publiques ...en économies d'énergies actuellementje n'ai pas l'impression que ces mesures soient encore appliquées. Les administrations ont elles encore ce sujet au centre de leurs préoccupations ?
    Les petites mesures prises par les politiques ne semblent pas à la hauteur du problême (sauf Giscard avec son programme structurant sur le nucléaire).
    En général je trouve que les politiques se montrent trop vite impuissants voire dépassés par les enjeux majeurs (Le cas de M. Rocard qui semble de plus en plus entré dans la désespérane est édifiant, je viens de lire un interview de cet ex 1 er ministre quand même assez symphatique)
    Il y a pourtant de vrais succès reconnus et que vous citez:
    *Ordures espagnoles sur la côte.
    *Surveillance active des dégazages sauvages etc ....

    Je suis sidéré de constater que quand je vais faire les courses au supermarché, qui ne distribue plus de poches, je ramène quand même de plus en plus d'emballages à jetter.
    Que fait on concrètement sur ce sujet ou tout le monde est d'accord ?

    Losque je regarde le ciel, j'observe depuis 5 ans un accroissement quasi exponentiel des trainées d'avion, concentrées dans l'axe Nord Sud.
    Nous savons que J. Chirac a imposé contre tous une taxe sur les billets, qu'est ce que ça donne ? nous n'en entendons plus parler.

    Que demande t-on concrêtement aux entreprises et aux administrations pour maitriser ce vaste sujet ? Il y a t-il une politique à ce sujet ?

    Le comportement de certains de mes concitoyens me désespère, malgré toutes les campagnes qui sont faites, je vois toujours à la campagne des joggeurs, cyclistes, automobilistes, chasseurs jetter leurs détritus (emballages, bouteilles ....) dans la nature. C'est de pire en pire , la modification des comportements ne peut passer que par une politique d' éducation prévention mais aussi malheureusement répréssion.
    Je trouve la culture écologique de la majorité de nos concitoyens finalement assez faible, c'est de plus en plus le régne chez l'individu du " c'est mon choix".
    Il ne se fera jamais assez de travail de communication sur ce sujet. Dans mon esprit la communication politique est là pour expliquer les actions d'intérêt général que l'on mêne, elle n'est pas bien entendu le but de l'action politique comme souvent le citoyen en à malheureusement l'impression.
    Mr Juppé il me vient souvent à l'esprit cette citation de Péguy que vous aviez cité à l'assemblée nationale dans ces tristes journées de l'hiver 95 qui me faisait désespérer. Citation que je connais depuis lors par coeur:
    " Tout ce que l'on fait on le fait pour ses enfants et ce sont les enfants qui nous prennent par la main comme si nous montraient l'avenir ".
    Je vous avais trouvé encore une fois trés courageux.



    Bertrand Born
  • eric gesta
    Le 05 Novembre 2006 à 23 h 52 min
    C'est étonnant comme il faut des personnages à forte présence médiatique comme le commandant Cousteau ou Nicolas Hulot pour que les problèmes écologiques deviennent soudain comme par enchantement un sujet d'urgence à la mode.

    Mais c'est trop tard, le mal est fait, la machine météorologique est lancée, le point de non retour est passé depuis pas mal d'années : même si on arrête la pollution du jour au lendemain, notre biosphère mettra des siècles à reprendre son équilibre.

    Les signaux d'alerte existaient depuis les années 1920/1930 et les aviateurs (personnages pourtant à l'époque adulés et héroïques) avaient tous beau le dire et l'écrire "Notre atmosphère est extrement fragile et nous devons en prendre soin", mais paradoxalement, on ne les a pas écoutés.

    Comme d'habitude on laisse échaper le cheval pour fermer la porte de l'écurie.
    eric gesta
  • michel Blanchard
    Le 05 Novembre 2006 à 23 h 34 min
    Développement durable(Futurible):
    En 2068, cent ans jour pour jour après la naissance du Club de Rome créé par un petit groupe de hauts responsables internationaux, quatre-vingt-seize ans après la publication du rapport « Halte à la croissance » à l’initiative de ce même Club, soixante-trois ans après l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, toujours superbement ignoré par les USA, une poignée d’hommes visionnaires réunis à Séfoutu (Chine) lance l’appel « Halte à l’illusion » qui commence par la célèbre phrase : C’est foutu ! Ce rapport ne s’appuie sur aucune statistique, aucune simulation informatique, aucune projection, aucun scénario, ce qui déroute les esprits occidentaux. Ceci est sans importance car l’occident n’a plus guère de poids dans la gouvernance du monde et son intelligentsia brille par son absence dans de débat planétaire. C’est que le choc de civilisation avec les cultures orientales et la pensée chinoise dominant le monde a été rude et en a déboussolé plus d’un. Ce que dit l’appel de Séfoutu est simple : la Terre, comme toute matière vivante, est mortelle. En considérant notre minuscule existence, nous avons longtemps cru qu’elle vivrait encore des siècles et des siècles. Lorsque les premiers signes de la vieillesse et de la maladie sont apparus, les humains se sont réunis en grandes assemblées mondiales et ont beaucoup discuté pour la faire durer, mais parler ne fait pas cuire le riz. Vous espériez un développement durable et une mondialisation raisonnable pour remettre la fin du monde à une date ultérieure ? Las ! personne ne fut d’accord pour agir ensemble, chacun protégea égoïstement ses petits intérêts, au prix de marchandages et de cuisines indignes. Et quand les cuisiniers se battent, le rôti brûle. C’est foutu ! La montagne et l’eau finiront par se rencontrer. Le monde naît et meurt tous les jours, un jour il ne se réveillera pas. Vous avez voulu laisser à vos enfants un monde parfait, mais on ne peut donner que deux choses à nos enfants : des racines et des ailes. Les racines sont pourries et les ailes coupées. Entre l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie de la Terre, ayez le courage de ne pas hésiter. N’ayez pas peur, reculez d’un pas et tout s’élargira spontanément. Si vous voulez être heureux encore, soyez-le. Profitez, gaspillez, jouissez du présent, sans modération, jusqu’au jour où b…ang ! C’est fini.
    michel Blanchard
  • Jérôme Lépée
    Le 05 Novembre 2006 à 23 h 32 min
    Bonjour,
    avant tout, un mot de surprise : j'avais lu dans un journal mal informé (et mal intentionné, à n'en pas douter)que votre arrivée en France avait coïncidé avec la fermeture de votre blog, je constate l'erreur et m'en réjouis.
    S'agissant de votre lettre à vos enfants, je l'ai lue avec grand intérêt. Vous illustrez notamment l'espoir de solution aux problèmes écologiques par l'exemple de la couche d'ozone et des pertinentes mesures prises pour sa reconstitution. Il apparaît cependant que, même si toute la France devient Militant de la terre, on ne peut qu'être inquiet du faible intérêt écologique des deux futurs grands pays les plus pollueurs, la Chine et l'Inde. Si les habitants de certains états, dont le nôtre, ont un minimum de conscience de la situation (grâce à l'éducation à l'information journalistique), ces deux grands pays vont encore mettre un certain temps à acquérir et diffuser largement cette connaissance et donc à peser sur leurs gouvernants. Or, le temps, il semble que nous n'en ayons plus.
    Pour finir, un mot sur l'émission avec FOG : bien, bien (si je puis me permettre ...) mais la pirouette de fin d'émission sur la question "d'anticipation" - certes pas franchement fine, je suis sûr que vous savez faire mieux !
    Très cordialement.

    Jérôme Lépée
  • Philippe Thiébaut
    Le 05 Novembre 2006 à 22 h 57 min
    Brillante plaidoirie pour sauver la planète...votre argumentaire est large et donne envie de s'impliquer plus encore qu'on ne le fait aujourd'hui.
    C'est fédérateur!!! .Bravo .Amicalement
    Philippe Thiébaut
  • Roger Bayle
    Le 05 Novembre 2006 à 16 h 03 min
    Nous nous félicitons de votre retour en France.Nous attendons votre contribution au débat d'idées avec beaucoup d'impatience pour éclairer les électeurs qui devront dans six mois
    choisir le nouveau chef de l'Etat.Nous avons beaucoup apprécié votre intervention dans l'émission de P.O.Giesberg et partageons les idées que vous avez avancées pour l'avenir de notre pays.Nous allons acquérir votre dernier ouvrage pour participer à la diffusion de vos idées parmi nos proches et amis...et espérons aprés la victoire de notre famille politique votre "retour aux affaires"...Par vos propos et votre comportement nous souhaitons que vous parveniez à rendre
    à l'action politique ses lettres de noblesse et à lutter contre l'abstention d'un trop grand nomre de nos concitoyens.Nous vous adressons nos félicitations et nos encouragements les plus sincères.

    Roger et Raymonde
    Roger Bayle
  • Pierre DESBAUMES
    Le 05 Novembre 2006 à 15 h 33 min
    Une émission trop rare et trop courte pour des sujets d'actualité.
    Bravo à vous et aux autres acteurs présents.
    Il serait peut-être temps d'élargir le débat sur ces questions de société, d'éducation, d'enseignement et d'emploi sur les chaînes plus "classiques"?
    Je suis écoeuré de la médiocrité des infos et des débats sur les chaînes 1-2-3-6 qui ne sont gouvernées que par l'audimate dont on peut suspecter la représentativité.
    On n'entend que critique sur le monde américain, mais on se hâte de l'imiter ?
    A quand une culture française originale et non copiée sur les USA ?
    Comment mettre les cassandres en sourdine au profit des gens intelligents que le rue et les démagos s'ingénient à disqualifier ?
    Revenez souvent avec Jules Ferry, Claude Allègre et tous ceux qui ont des choses à dire de ce niveau et de cette qualité.
    Merci d'être revenu dans notre pays, qui a bien besoin de vous.
    Sincèrement
    Pierre DESBAUMES

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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