Blog Notes d'Alain Juppé

Ne pas baisser les bras!

Publié le 15/06/2008 par Alain Juppé

Le NON irlandais ébranle l’édifice européen.

Il ne nous appartient certes pas de juger nos amis irlandais. Ils ont leurs raisons et le respect du suffrage universel est le fondement de la démocratie. La France serait la plus mal placée pour faire la leçon à qui que ce soit.
Peut-être pourrions-nous seulement rappeler que l’Irlande, avant son entrée dans l’Union euopéenne, avait un niveau de vie sensiblement inférieur à la moyenne des Etats membres et qu’aujourd’hui elle est dans le peloton de tête. Grâce au travail des Irlandais bien sûr. Mais aussi grâce aux considérables subventions qu’elle a reçues de l’Union.

Faut-il maintenant renoncer ou faire la pause?

Ce serait, selon moi, un contre-sens historique.

Nous voyons bien – et le Livre blanc sur la politique étrangère de la France dont j’anime les travaux le soulignera avec force – nous voyons bien que le centre de gravité de la planète est en train de se déplacer. L’Asie reprend sa place. De nouveaux pôles de richesse et de puissance émergent et vont continuer à s’affirmer. On les appelle les BRICs : Chine, Inde, Russie, Brésil…
Le pôle nord-américain restera probablement dominant dans les 10/15 ans qui viennent.

Et nous, dans tout cela?

J’aime passionnément mon pays, la France. Je suis très attaché à tout ce qui fait sa personnalité: sa langue, sa culture, son modèle économique et social… Je crois que la France peut et doit continuer à avoir une influence dans le monde parce qu’elle est toujours porteuse d’idéal et que sa voix est attendue.
Mais je me rends bien compte que, toute seule, elle n’a pas la taille planétaire. Elle pèse d’autant plus qu’elle est européenne, qu’elle joue tout son rôle dans l’Union qui est, elle, un pôle mondial de puissance commerciale, monétaire, scientifique etc.
C’est dans et par l’Union européenne que nous avons les meilleures chances de tirer profit de la mondialisation dans ce qu’elle a de bon, et de l’humaniser en corrigeant ses dérives et ses injustices.

Alors, comment sortir de ce mauvais pas?

En demandant aux Irlandais de voter à nouveau? Ils ne semblent pas prêts à l’accepter.
En nous contentant d’appliquer le traité de Nice qui est en vigueur? Nous savons bien qu’à 27, voire 30 ou plus, nous devons, sous peine de paralysie, changer les règles de fonctionnement de l’Union.
En remettant sur le métier un nouveau projet de traité? Après tant d’années de négociations, la lassitude peut s’emparer de tous les Etats membres.
En consentant à l’Irlande des conditions particulières?
A force de dérogations, le risque de contagion, puis de dislocation est grand.

Je souhaite de tout coeur que le Conseil européen, dans lequel la France et l’Allemagne devront une fois encore prendre l’initiative, finisse par trouver un compromis.

Mais au delà, deux questions vitales resteront sans doute posées:

– Nous déciderons-nous un jour à trancher le noeud gordien de la construction européenne: qui veut vraiment aller de l’avant? Qui partage vraiment l’ambition de faire de l’Union un pôle d’influence politique mondiale?

– Comment faire comprendre l’Europe, comment la faire aimer?
Pour cela, nous pourrions commencer par cesser de lui imputer les contraines ou les tracasseries qui sont souvent le fait de nos réglementations nationales.
Ce n’est bien sûr que l’écume. Il faut aller au fond des choses et convaincre le plus grand nombre que l’on peut faire « l’unité dans la diversité » et que c’est l’intérêt de chacun.
Vaste programme comme aurait dit qui vous savez.
Mais la bataille vaut la peine.

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4 commentaires pour « Ne pas baisser les bras! »
  • Eric Duport
    Le 30 Juin 2008 à 14 h 51 min
    Suite à votre "billet" sur le non irlandais, j'avais écrit une réaction il y a 2 jours. Comme vous avez réécrit depuis sur votre blog à 2 reprises, j'imagine que vous avez lu ma réaction et que sa non-validation est donc intentionnelle ... c'est très dommage et même si c'est monnaie courante sur les forum de l'UMP (je suis adhérent et j'ai milité à plein temps sur le net pendant la campagne présidentielle), j'avoue que je ne m'attendais pas à ça de votre part. Je suis sûrement naïf mais je reste persuadé qu'accepter le débat d'opinion est la base d'une démocratie saine ... surtout quand les critiques se veulent constructives.
    A vous lire, je vois bien que vous êtes un fervent défenseur de l'europe. Mais si vous niez des critiques (sur les problèmes sanitaires liés aux OGM autorisés à la consommation par Bruxelles, sur les négociations d'entrée de la Turquie dans l'UE alors que la majorité des peuples y est opposé, sur le fonctionnement plus que discutable des lobbys à Bruxelles, etc, ...), vous ne résoudrez pas les problèmes et vous continuerez à vous étonner des rejets de l'europe lors des rérérenda !
    Libre à vous mais j'espérais que le sarkozysme (et dans une certaine mesure le chiraquisme) était avant tout un pragmatisme voulant apporter des solutions et non de pratiquer la "technique de l'autruche".

    Cordialement
    Eric Duport
  • Francine LUSSAC
    Le 15 Juin 2008 à 20 h 35 min
    Nous vivons à 35 kms au sud de Bordeaux et en ce dimanche de Fête des Pères, nous sommes venus nous promener à Bordeaux (par le tram depuis Talence, le long des quais. Nous avons goûté avec plaisir au calme des lieux, à leur convivialité, au plaisir des gens de tous âges, de toutes conditions qui se sont appropriés cet espace. Nous ne pouvons que saluer et remercier celui qui a permis à Bordeaux de devenir la ville agréable qu'elle est devenue.
    J'ai connu Bordeaux (pour y être allé au collège et au lycée) il y a plus de 30 ans et pour ma part, je mesure la différence et c'est avec émotion que je revois de lieux comme le cours du Chapeau-Rouge et le Grand-Théâtre.
    Soyez remercié pour votre action au service de cette ville.
    Francine LUSSAC
  • Georges de Wailly
    Le 15 Juin 2008 à 16 h 41 min
    Bonjour Monsieur Juppe,
    Votre reaction au sujet du "Non" Irlandais est legitime aussi je voudrais vous faire part du point de vue d'un emmigre economique en Irlande.
    Depuis 25 ans tout a ete extremement rapide en Irlande.
    Rappelez vous les annees '80: Pendant que la France goutait aux joies et a l'alegresse du socialisme radieux et triomphant, le monde anglophone experimentait les principes prones
    par les intellectuels subversifs des universites de Harvard et de Berkekey. Dont faisait partie ce renegat de Gerard Debreu (prix Nobel 1983).
    Souvenez vous, entre autres choses, de la politique inhumaine et ignoble de la dame de fer en Grande Bretagne.
    Le resultat des courses est connu:
    L'Irlande connait la periode la plus prospere de son histoire.
    Tous les grands noms de l'informatique sont presents: Microsoft, Google, HP, IBM, eBay/paypal..
    Le taux de chomage a ete negatif, cela a implique le recours a l'immigration.
    Mais cette croissance record a engendre des effets de bords indesirables:
    Par exemple: Un appartement en peripherie de Dublin coute quatre fois plus cher qu'au centre de Bordeaux.
    L'immigration a accentue la crise du logement et en 2004 l'adhesion des pays d'Europe centrale a cause un afflux massif d'immigres economiques majoritairement Polonais.
    Le probleme est que cette main d'oeuvre ne fait que travailler sans consommer. C'est a dire que tout l'argent gagne est expedie en Pologne.
    Chose que les Irlandais apprecient tres moyennement.
    Or le vote a eu lieu un Jeudi et je n'ai pas le souvenir qu'un de mes collegues se soit absente ce jour la.
    Du fait de cette date de scrutin, ce sont les gens ages qui ont majoritairement vote. Et ces gens souffrent de pensions tres basses, ce qui en oblige beaucoup a continuer a travailler.
    Et pour eux, trouver un emploi d'appoint est difficile du fait de la concurrence avec les demandeurs d'emploi etrangers.
    Quand on connait la situation sur place et l'histoire du pays, ce resultat n'est pas une surprise.
    Il faut donner du temps au gens pour integrer tous ces changements. Actuellement, les transformations de cette societe ont ete tellement radicales qu'elles en sont inhumaines.
    Rappelez vous, toujours dans les annees 1980, pourquoi Khomeini a reussi a passer en Iran? La construction Europeenne est freinee? Ce serait une bonne chose que de prendre le temps de reflechir.
    Cordialement depuis Dublin.
    PS: Desole pour l'absence d'accents, je reglerai le probleme lors de mon prochain passage en France.
    Georges de Wailly
  • Stanislas BODIN
    Le 15 Juin 2008 à 14 h 19 min
    Nos amis Irlandais savaient-ils vraiment pourquoi ils votaient ? Comme l’a souligné la satirique marionnette « Dustin la Dinde », très populaire en Irlande, il manquait un troisième bulletin de vote intitulé « Hein ? » ! Comment souhaitons-nous faire adopter un texte incompris ? Les partisans du « non » justifient leur choix par la complexité du traité. Les Irlandais attendaient sûrement un travail pédagogique de la part de leur gouvernement. L’Europe inquiète : en votant « non », on prend moins de risque.
    Redemander aux Irlandais de se prononcer me paraît une aberration : soyons réalistes, on ne peut présenter le même texte aux électeurs jusqu’à ce qu’ils l’acceptent !
    Le résultat de ce référendum est une deuxième gifle pour l’Europe. On le sait, le traité de Nice est dépassé. A quand un « Guide du nouveau traité européens pour les Nuls » ?! Une explication des textes, rassurante, parlant des changements, bénéfices et intérêts de l’extension de notre marché commun ?!
    Comme le soulignent certains Irlandais dans un reportage du JT de France 2, longtemps dominés par les Anglais, ils ne souhaitent pas qu’on leur dicte la marche à suivre… Loin d’être conquis, ils doivent donc être séduits par cette Union Européenne ! Beaucoup d’Européens aux préoccupations quotidiennes s’en sentent si loin.
    On nécessite de vraies explications, simples et compréhensibles. Quand en 1951 les intérêts économiques et symboliques de la CECA étaient évidents, pourquoi cette Europe aujourd’hui ?

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/europe/20080612.OBS8173/dustin_la_dinde_soutient_les_partisans_du_non_au_refere.html?idfx=RSS_europe
    www.france2.fr, JT du 13h du 14/06/2008
    Stanislas BODIN

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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