Blog Notes d'Alain Juppé

Notre chance

Publié le 01/06/2009 par Alain Juppé

L’Europe, c’est la chance de la France et des Français au XXIème siècle.

Une fois encore, contre vents et marées, je veux faire cette profession de foi européenne.

Je mesure bien le peu d’intérêt que nos concitoyens semblent accorder au scrutin européen de la semaine prochaine. Cruel paradoxe: alors que face à la crise, l’Europe a fait la preuve de sa capacité de nous protéger, alors que le futur parlement européen aura des pouvoirs fortement accrus dès que le traité de Lisbonne aura été ratifié, la menace d’une abstention record ne faiblit pas.

Comment expliquer ce paradoxe? Sans doute par le comportement de tous les décideurs, politiques, médiatiques, économiques, culturels… qui ne parviennent pas à se débarrasser de l’habitude d’imputer toutes nos difficultés à la bureaucratie de Bruxelles, même et surtout quand elle n’y est pour rien. Alibi facile!

Et puis, dans notre univers médiatisé, l’électeur aime faire des choix de personne: élire un président, ou, à l’autre bout de la chaîne, un maire. L’élection européenne reste hélas! désincarnée.

Alors, jusqu’au jour de l’élection, il faut chercher à convaincre.

En rappelant d’abord que nous avons réussi à construire en Europe ce qu’aucune autre région au monde n’a réalisé: une union de Nations qui nous garantit stabilité et solidarité, qui nous protège dans un monde imprévisible. Oh! je sais bien, la paix ne fait plus recette, tant elle semble acquise aux yeux des générations qui n’ont pas connu la guerre. C’est pourtant le premier demi-siècle de paix que nos vieux pays ont connu au long de leur histoire contemporaine (ou même millénaire).

L’Europe, c’est surtout un lien de solidarité entre ses Etats les plus avancés et ceux qui ont du retard. Dans aucune autre organisation à travers la planète, on n’a mis en place d’aussi puissants moyens de permettre aux seconds (l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Irlande, aujourd’hui les pays d’Europe centrale et orientale) de rattraper les premiers. Avec succès et pour le plus grand bien de tous. Ce qui explique l’attractivité de l’Union sur les candidats à l’adhésion. Mais ce qui nous fait aussi obligation de ne pas dépasser notre capacité d’absorption, sous peine de dénaturer la construction européenne. C’est l’un des arguments majeurs qui me fait militer pour un partenariat privilégié avec la Turquie, plutôt qu’une adhésion pure et simple (voir mon débat avec Michel Rocard dans les colonnes du Figaro) 

Pour l’avenir, et c’est là l’essentiel, l’Europe est porteuse d’un projet de civilisation original.

Et d’abord d’une « gouvernance » originale qui parvient à concilier le rôle d’Etats-Nations fidèles à leur personnalité, et celui d’ instances communes qui jouissent d’importants transferts de souveraineté librement consentis. Et qui agissent de manière de plus en plus visible sur la scène internationale. Je prends deux exemples très différents: à l’OMC, dans les négociations commerciales; ou sur certains théâtres d’opérations militaires quand la PESD (politique européenne de sécurité et de défense) est mise en oeuvre (au Congo, au Tchad, au large des côtes de Somalie…). Bien sûr , c’est compliqué, surtout depuis que nous sommes 27. Il faut du temps et de l’énergie pour parvenir à des décisions qui sont forcément des compromis. Mais, lorsque l’impulsion politique est forte, ça marche: la présidence française au deuxième semestre de l’année dernière en a apporté la démonstration.

Projet de civilisation aussi que la manière dont l’Union et ses Etats-membres cherchent à concilier, d’un côté, l’économie de marché, la libre entreprise, seuls vecteurs efficaces de création de richesses, et, de l’autre côté, un haut niveau de protection sociale. Peut-on citer une seule autre organisation régionale, un seul autre grand pays où des progrès aussi considérables ont été faits sur ce chemin? Et où la volonté de continuer est aussi grande? Ici encore, le défi est considérable. Surtout dans une économie globalisée où la concurrence est omniprésente. Mais, ça marche. Les Etats-Unis d’Obama ne se sont-ils pas donné l’objectif de créer un système de protection sociale plus efficace et plus juste?

Projet de civilisation enfin que l’engagement déterminé de l’Europe dans le combat pour sauver la planète. Le succès du prochain sommet de Copenhague (décembre 2009) dépendra largement de l’exemplarité de l’Union et de sa capacité à entraîner l’Amérique et les pays émergents, au premier rang desquels la Chine.

On mesure l’enjeu: recommencer après la crise comme avant, c’est aller dans le mur. Il nous faut inventer un nouveau modèle de développement et l’Europe peut être en première ligne, sans naïveté (la compétitivité oblige) mais sans frilosité. 

Ne nous méprenons pas: il va nous falloir vivre autrement. Nous déplacer autrement en privilégiant, dans nos villes, les transports en commun et les modes doux (vélo, marche…); aménager nos territoires autrement pour mettre un terme à l’étalement urbain et au mitage de nos espaces naturels; construire autrement des bâtiments qui produisent autant d’énergie qu’ils n’en utilisent; produire autrement en économisant les ressources non renouvelables; consommer autrement, en réapprenant la sobriété et en recyclant tout ce qui peut l’être… etc.

Ce nouveau projet de civilisation dont l’Europe peut être porteuse est aussi une promesse de bonheur: promesse d’une vie plus harmonieuse, moins stressée, plus respectueuse de notre environnement naturel, mais aussi plus conviviale, plus fraternelle dans des villes à taille humaine à haute qualité de vie (Bordeaux… bien sûr! Mais, pas de chauvinisme, beaucoup d’autres aussi).

Et si les prochaines élections européennes parlaient aussi à notre coeur, et pas seulement à notre tête?

Partager cet article

5 commentaires pour « Notre chance »
  • Bernard
    Le 15 Juin 2009 à 09 h 12 min
    N'étant pas de droite,plus de gauche,je ressent aujourd'hui un sentiment de frustration.Comment voulez vous attirer le peuple français vers l'europe si les politiques continuent à s'entre-déchirer de la sorte? L'ambition est une qualité indéniable,mais tant que le peuple aura le sentiment qu'elle sert les projets individualiste de certains,je ne vois pas bien comment on pourrait retrouver un climat de confiance.Car à mon avis,c'est bien de cela qu'il s'agit.On parle beaucoup du moral en baisse des francais,dela conjoncture,des soucis quotidient,ect..,mais la confiance n'est-elle pas indispensable afin d'avoir le moral?
    Aujourd'hui,je ne voterais plus pour un parti mais pour l'homme ou la femme porteur d'un projet qui sera me convaincre et me redonnant confiance, mettant en avant son ambition et ces qualités au service du peuple français.

    Vive la FRANCE
    Bernard
  • JCG
    Le 05 Juin 2009 à 00 h 15 min
    L'Europe,
    ce n'est qu'un rêve utopique..
    Il faut en parler avec les partenaires Européens, mais surtout pas tenter de finaliser cette chimère..
    Ce n'est pas la chance de la France, mais un apprenti sorcier qui détruit notre structure sociale et industrielle au nom de la concurrence absurde dite non faussée, mais qui est totalement faussée par la différence de niveau de vie des pays non compatibles interconnectés.
    L'Europe a bien plus besoin de la France que nous n'avons besoin de ce machin mal conçu et destructeur.
    Un homme aujourd'hui malade du coeur fut en son temps prêt à vendre Thomson pour le Franc symbolique..
    Cet homme avait oublié qu'il y avait des humains derrière les chiffres comptables..
    cet homme s'était trompé.
    Il se trompe encore aujourd'hui apparemment.
    Qu'il se repose et laisse les français travailler à leur bonheur!

    Le sabordage actuel de nos industries et de notre structure sociale est presque
    réussi...

    La simulation électrique de la soit disant concurrence non faussée, court-circuitant des mondes non compatibles sans adaptation d'impédance.. montre que nous ne vivons pas une crise, mais la destruction du systême..

    Il ne vous viendrait probablement pas à l'idée de brancher votre rasoir électrique 220 Volts sur du 10 000 volts..
    sans transformateur..de rapport 40 fois
    Alors pourquoi accepter que les Eurocrates continuent à connecter 450 Millions d'Européens , sans adaptation douanière avec plusieurs milliards de travailleurs payés 40 Fois moins cher ?
    C'est tout aussi destructeur et suicidaire.

    Il nous faut probablement sortir du carcan Europe pour renaitre comme Thomson ..

    et faire de l'adaptationnisme douanier
    (équivalent de l'adaptation utilisée par les électriciens pour interconnecter harmonieusement , dans les deux sens, des mondes de coût salariaux trop différents.

    Vive la France..
    JCG
  • arnaud
    Le 04 Juin 2009 à 07 h 09 min
    Les peuples sont particuliers. Ils expriment leurs opinions de diverses manières. En surface, ils paraissent exprimer un mécontentement envers le gouvernement en place. En profondeur, ils sentent parfaitement, intimement que le pays est géré, que le capitaine tient la barre. Ils savent que Sarkozy gère le pays, qu'il est aux commandes et qu'il assume son poste. Le succès prévisible de l'UMP en découlera sans doute. Derrière la râlerie de surface, ce parti et son élu font bouger les choses. L'Europe est une chance pour tous et notre président a montré qu'il savait prendre en main ses responsabilités européennes lorsque celles-ci lui ont été confiées.
    arnaud
  • PIERREFJ
    Le 01 Juin 2009 à 17 h 28 min
    Si le politiques européens ne s'occupent pas mieux des citoyens, pas étonnant que même les plus motivés s'essoufflent. Voir dossier ci-dessous envoyé au médias faute de réponse efficace

    Non règlement d’une mission U.E. depuis deux ans
    Expert international - janvier 2007
    Mission 315 P : « Emballage de Clovisses » en Tunisie





    La mission a eu lieu en janvier 2007 en sous-traitant du Cabinet EGIS BDPA

    Après plusieurs démarches pour obtenir le règlement, le Ministère des Affaires Etrangères et de l’Union Européenne, contacté fin mars 2008, m’a répondu début avril 2008 que la Tunisie avait bien envoyé le chèque au cabinet. Ceci suppose la validation du dossier par les autorités tunisiennes et de la représentation U.E. locale.

    Le Cabinet EGIS BDPA me dit ne pas pouvoir payer tant que le dossier n’a pas été validé par Bruxelles. Je n’arrive pas à obtenir confirmation de ceci, ni savoir où en est mon dossier.

    Depuis, des courriers ont été adressés aux politiques locaux, nationaux et européens, à la commission européenne, aux Secrétaires Généraux des quatre principaux partis, ainsi qu’à diverses institutions.

    La plupart n’ont pas répondu, d’autres que mon courrier a bien été pris en compte et transmis à qui de droit.

    Ne voyant toujours rien venir par les circuits officiels, j’emprunte la voie médiatique en France, dans un premier temps.

    Européen de longue date puisque mon premier travail s’est déroulé en Allemagne en 1964, je me pose la question de l’utilité de la consultation pour élire « nos représentants »
    PIERREFJ
  • philippe
    Le 01 Juin 2009 à 16 h 08 min
    Désintérêt pour la cause européenne : désincarnation du pouvoir ; sentiment de son éloignement proportionnel au nombre des pays membres et des difficultés à trouver un consensus en temps réel, seul, susceptible d'efficacité ; obligation d'apprentissage pour la lecture des nouveaux maillages administratifs ; crainte d'être laissé pour compte au vue de l'ampleur des tâches que se fixe l'institution...
    L'Europe ne peut-elle pas faire naître un peu d'engouement si ses prétentions sont généreuses : Vous le dites, à Copenhague, par exemple, où elle peut imposer des choix rationnels pris avec lucidité pour le bien de toute la planète, ou du moins, en infléchir de mauvais, en matière d'éducation aussi, de droits de l'homme, de santé, de moralité dans les transactions économiques et financières, de protection sociale...
    Les affaires euro-européennes sont un peu ennuyeuses, dans mon esprit l'Union n'a désormais de sens que si elle cherche à partager, convaincre les autres parties du globe dans les domaines précités.
    philippe

Ajouter un commentaire

Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
inscrivez vous à la newsletter

Les derniers tweets

Sur Facebook

GALERIE INSTAGRAM

Bordeaux