Blog Notes d'Alain Juppé

Notre forêt

Publié le 10/02/2009 par Alain Juppé

Je suis né et j’ai grandi au coeur de la forêt landaise : Mont-de-Marsan, Campagne de Marsan, Saint-Perdon… J’aime notre forêt qui, pour le visiteur venu de loin, peut au premier abord sembler austère et même altière. Enfant, j’aimais accompagner mon père dans les pignadas, à la rencontre des résiniers qui, dans les années cinquante, gemmaient encore nos pins généreux. Etudiant, rentrant de Paris au pays, je respirais d’un coup plus librement lorsqu’au Muret, à Pissos, à Sabres… je retrouvais l’odeur familière de fougère et de résine et les jeux de lumière du soleil couchant à travers l’alignement des troncs qui ne paraît monotone qu’au touriste pressé. J’aime maintenant faire partager à mes enfants et petits-enfants le bonheur paisible d’une promenade dans la touffeur des étés de la haute lande.

Aujourd’hui je souffre de voir dans quel état de dévastation la dernière tempête a mis « ma » forêt. Désastre économique: des milliers d’emploi sont en jeu, et tous les rouages d’une économie locale fragile. Désastre écologique qui bouleverse les équilibres du  plus grand massif forestier de notre pays. Désastre culturel et humain, tant la forêt a créé un mode de vie, une façon d’être, une identité. On m’a parfois comparé à un pin des Landes: droit, sec et déplumé… 

Nous n’avons pas le droit de rester indifférents à la souffrance d’une population qui finissait juste de panser les plaies de la terrible tempête de 1999.

Il faut d’abord l’aider à sortir les chablis qui sont à terre, l’équivalent de quatre à cinq années de récolte habituelle, dit-on. A sauver ce bois, qui doit être arrosé sous peine de noircir; à l’écouler sur un marché aujourd’hui saturé. Les sylviculteurs, qui sont en majorité propriétaires de petites parcelles,  n’ont ni les moyens propres ni les assurances qui leur permettraient de se passer de la solidarité nationale.

Il faudra ensuite s’attaquer à la replantation, ce qui nécessitera à nouveau des moyens, mais aussi une réflexion sur les pratiques culturales et surtout une volonté capable de surmonter le découragement compréhensible des forestiers.

Nous devrons aussi travailler à trouver de nouveaux débouchés à notre production forestière qui est, à coup sûr, un atout précieux dans notre stratégie de développement durable: le bois énergie, et le bois  construction. La demande de maisons ou de bâtiments à ossature bois augmente. Notre filère bois peine à la satisfaire parce qu’elle est insuffisamment organisée. Le drame actuel peut être l’occasion de franchir une étape décisive dans la modernisation de cette filière. Les amoureux de la forêt landaise et girondine y croient dur comme fer ; ils en appellent à la solidarité et au sens de l’intérêt bien compris de la communauté nationale.

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9 commentaires pour « Notre forêt »
  • viv
    Le 30 Avril 2009 à 14 h 15 min
    pourquoi ne peut-on pas exploiter ce bois en le transformant sur place et non en l'expédiant en chine, je vois une fabrique de meuble qui ferme et des monstruosités construites en bord d'océan en béton. alors pourquoi la région ne peut-elle pas reprendre ces usines en obligeant des eleves de disign d'architecture à concevoir des projets à base de bois de pin et une loi obligeant de construire les maisons en bord de mer( sur une bande de 10 ou 20 km) en matériaux du pays ici en pin des landes comme en granit en bretagne ect...
    viv
  • Renard Blanc
    Le 22 Mars 2009 à 10 h 15 min
    La forêt Landaise a en effet été dévastée et il semble bien que la situation catastrophique qui en résulte soit déjà oubliée sur le plan national. Il faut certe faire tout ce qui est possible pour panser les plaies et restaurer les conditions d'une vie économique mais est-ce en reboisant la totalité des Landes ? Etant donné la fréquence et la violence de ces phénomènes climatiques ne faut-il pas préparer une reconversion même partielle de ces territoires: autres types de culture, fermes solaires...que sais-je. Les reconversion demandent beaucoup de temps mais il faut y penser aujourd'hui. Ne serait-ce pas un bon projet d'études pour les universitaires de Bordeaux (dont je ne suis pas; je navigue entre Chantilly et le Pays Basque).
    Sur un autre sujet; je viens de vous voir interwievé par Catherine Ceylac dont il m'arrive de regarder l'émission thé ou café qui permet souvent de découvrir des personalités intéressantes dans une ambiance à la fois décontractée et sérieuse. Ce matin ma femme et moi avons trouvé Catherine Ceylac particulièrement perfide sous un visage souriant et il nous a semblé qu'il lui était difficile de masquer une apparente aversion à votre égard. Le choix des questions et des témoignages nous a semblé très partisan ce qui nous déçoit de la part de quelqu'un que nous pensions plus professionnelle.
    (Ces commentaires ne relèvent pas de nos choix politiques mais de notre opinion de téléspectateurs.)
    Renard Blanc
  • adrien
    Le 13 Mars 2009 à 17 h 39 min
    Monsieur Juppé
    Toutes mes félicitations pour votre « rentrée en politique » : un bouquin, des articles dans chacun des quatre plus grands titres de presse française. Bravo. !
    Votre volonté de revenir aux commandes est clairement affichée même si vous vous en défendez

    Je n’ai pas encore lu votre livre mais je viens de consulter l’article du Figaro

    Il parait que vous vous demander comment et pour quoi vous vous êtes planté. ?
    Vous vous appliquez à gommer vos aspérités, à montrer que vous n’êtes plus l'homme sec et raide du passé.
    Mais monsieur vous êtes souple comme un verre de lampe

    Vous êtes certainement une belle machine intellectuelle mais il vous manque le chromosome de la réalité et du contacte avec les gens (Ce que Sarko fait assez bien, je parle du contact bien sur)

    Juste pour illustrer mon propos quelques exemples :

    Le titre de votre bouquin « Je ne mangerai plus de cerises en hiver..." cela me rappelle une certains L Fabius qui mangeait des carottes râpées, tout cela est ridicule vous prenez les gens pour des imbéciles

    « Je n'ai aucune stratégie de carrière, je ne suis candidat à rien. Je regarde ce qui se passe, voilà", "Je souhaite que Nicolas Sarkozy réussisse et je suis prêt à l'y aider, mais je tiens aussi à ma liberté de parole ». C est de la même veine ce type de propos n’est pas crédible

    Lorsque vous déclarez qu’il faut revenir à un déficit public de 2,9% à l'horizon 2012.c est affligeant personne n’est capable de dire ce que sera 2010 à plus fort raison 2012 ; encore une fois vous vous posez en donneur de leçons.
    Si vous voulez retourner dans l’arène politique réfléchissez, bien sinon vous courrez au ridicule Soyez bien entouré et pas seulement par des rats de ministère, Enarques de surcroît.
    Bref je vous souhaite bon vent mais je espère que vous nous ferez juste sourire et non pas rire à nous rouler parterre
    adrien
  • Landais
    Le 27 Février 2009 à 14 h 38 min
    Je comprends le désespoir de la haute lande, mais je me demande pourquoi l'état devrait prendre en charge ce qui est du ressort des assurances. Pourquoi ces propriétaires terriens ne s'assurent-ils pas comme tout propriétaire devrait le faire. L'Etat n'a pas à se substituer au secteur privé, surtout lorsqu'il y a négligence (volontaire souvent)des propriétaires. Je ne veux pas être sévère, je voudrais simplement être juste.Si l'on veut être couvert sur des risques, il convient de s'assurer.
    Landais
  • Lucrèce
    Le 18 Février 2009 à 16 h 12 min
    Moderato cantabile....
    Angit Juppem pinetum amissum,sed moderatoris secturae cordem meum magis angunt.
    Timet ironiam et praesertim invitus quod sequius sit,scribo.
    Magnus labor istis censoris, nun quia vexari quemquamst jucunda voluptas sed quibus ipse malis careas quia cernere suave est.
    Quousque tandem abutere Moderator, quamdiu etiam furor iste tuus nos eludet?
    Lucrèce
  • Sophie BOULART
    Le 13 Février 2009 à 14 h 30 min
    Monsieur Juppé, bonjour et merci pour cet article, j'en ai apprécié chaque phrase.

    Après une semaine passée dans les Landes, je suis revenue complètement bouleversée.
    Si mon petit coin de forêt, le long du Courant a été, et tout est relatif, moins terriblement touché, ce que j'ai vu aux alentours est hallucinant , certains ont tout perdu, tout perdu...et surtout l'espoir et l'envie de recommencer.
    Drame écologique et économique.
    Dix ans après avoir essuyé une première tempête," Klaus" a anéanti les efforts de ceux qui avaient dégagé, replanté, redonné vie au massif forestier durement touché. C'est pire aujourd'hui.

    J'étais à Sabres afin d'écouter les propositions faites par notre ministre, Michel Barnier.
    Le sujet n'est pas simple. La sylviculture n'est pas l'agriculture d'où l'impossibilité d'assurer ces plantations.
    Il faut 40 ans pour reconstituer ce qui est à terre aujourd'hui. Beaucoup de petits sylviculteurs qui voient leur forêt détruite, communaux ou privés, voient leurs économies réduites à néant.
    Le ministère de l'agriculture perçoit- il l'ampleur de ce drame?

    Comment prêter de l'argent à des sylviculteurs qui se sont déjà endettés pour reconstruire leur forêt après 1999. Peuvent- ils souscrire à de nouveaux emprunts, et quelles garanties peuvent- ils apporter?
    Il en va de même pour les industriels du bois.

    J'ai écouté les réactions des représentants de la filière du bois présents à cette réunion.
    Ce que j'ai entendu est désespérant.

    - Nous laisserons tout cela pourrir, nous ne dégagerons pas et nous ne replanterons pas.
    Imaginez nos Landes redevenir la "région sauvage et déshéritée" faite de marécages insalubres.
    Messieurs Brémontier et Chambrelent doivent se retourner dans leur tombe.
    Je crains que les propositions de Michel Barnier n'aient ni rassuré ni convaincu; beaucoup sont repartis déçus et inquiets.
    Comment faire pour les aider?
    Il faut reconnaitre les bonnes propositions qui ont été faites
    (stockage du bois, avenant aux plans de gestion ) les soutenir mais aussi encourager à revoir certaines indemnisations .,
    Tous les appuis auprès du ministère sont nécessaires et si votre engagement était le bienvenu pour reconstruire "Notre Forêt"....
    Je vous en remercie
    Sophie Boulart
    Sophie  BOULART
  • Romain
    Le 11 Février 2009 à 20 h 27 min
    Mais pourquoi avoir classé votre billet en "coup de coeur" ?

    Je comprends bien sur l'émotion qui est la votre face aux ravages du vent sur le coeur des Hommes.

    Mais n'était ce pas l'occasion d'en faire votre "coup de gueule" ?

    N'est ce pas l'occasion, une de plus peut être dans un océan déserté, de rappeler à chacun, sans s'éxonérer soi-même, sa propre responsabilité ?

    Notre responsabilité n'est-elle pas engagée devant tant de souffrance quand nous manquons à transformer nos habitudes de tous les jours pour aider notre planète ?

    J'ai 35 ans, des enfants avec lesquels j'aime replonger à chaque occasion dans vos forêts qui sont les miennes aussi. Les enfants de mes enfants pourront-ils écrire un jour comme vous l'avez écrit ce 10 février 2009

    "Enfant, j'aimais accompagner mon père dans les pignadas ..."
    Romain
  • L'ignoble Infreequentable
    Le 11 Février 2009 à 20 h 06 min
    Faudrait envisager de planter autre chose que des arbres sans racine, non ?

    Je sais bien que les sols ne s'y prêtent pas nécessairement, mais si à chaque tempête décennale, voire centenaire, autant de personnes souffrent du désastre... la moindre des choses est peut-être de "penser l'avenir" autrement.

    Question de bon sens...

    Chez moi, en "Corsica Bella Tchi-tchi", elles partent en fumée tous les étés, nos (bouts) de forêts !
    Alors on s'y prend autrement plutôt que d'entendre hurler nos arbres (car ça hurle un arbre quand ça flambe : la sève s'y transforme en vapeur) !

    Un cri absolument ignoble à entendre...
    L'ignoble Infreequentable
  • meyney
    Le 11 Février 2009 à 14 h 35 min
    alain ,d'accord avec toi sur notre foret landaise désarçonnée par un cyclone sans précédent, joyau de notre belle région, d'hossegor a biarritz en passant dans tous les méandres de la chalosse du mars
    an et du gabardan....tristesse horrifiée, ce constat qui mettra du temps à se cicatriser ne doit pas entamer les échassiers que nous sommes, fiers d'un patrimoine que nous allons relever; un défi de plus
    françois le montois
    meyney

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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