Blog Notes d'Alain Juppé

Nuages noirs

Publié le 28/06/2012 par Alain Juppé

L’économie française entre dans une passe très difficile. Les derniers indicateurs publiés sont mauvais: la croissance faiblit, le chômage grandit, le pouvoir d’achat devrait reculer de 1,2% en 2012, du jamais vu depuis 1984.

Les responsables socialistes ont une explication toute simple: c’est la faute de leurs prédécesseurs. L’argument est très… normal; tout nouveau gouvernement pratique ce genre de sport.

Peut-être serait-il judicieux d’aller un peu plus loin dans la réflexion.

D’abord, c’est la zone euro tout entière qui est dans la tourmente. Les marchés, qui jouent toujours leur rôle bien que F. Hollande ait déclaré la guerre à « la finance », n’aiment pas l’indécision des instances européennes. Je m’inquiète de constater, en lisant la presse ou en écoutant les responsables anglo-saxons, qu’une prévision « auto-réalisatrice comme on dit dans le jargon, se répand dans ces milieux: les jours de l’euro seraient comptés. Or , depuis quelques semaines, les choses se sont encore compliquées dans le processus de décision des pays de l’euro. Jusqu’au mois de mais dernier, la France et l’Allemagne s’efforçaient, non sans mal, d’arriver au Conseil européen avec des propositions communes, fruits de compromis durement négociés. Et sur cette base, elles arrivaient à entraîner l’ensemble de leurs partenaires. En choisissant de heurter de front Angela Merkel, en imaginant qu’un bloc des pays du sud, les plus fragiles financièrement parlant, pourrait fléchir la Chancelière, François Hollande a pris, selon moi,  un risque mal calculé. J’espère de tout coeur qu’un accord sera trouvé dans les deux jours à Bruxelles. On voit d’ores et déjà que ce sera au prix de tensions, voire d’affrontements qui nous fragilisent tous aux yeux des acteurs internationaux qui nous observent et qui ne veulent pas tous du bien à l’euro.

Deuxième élément de réflexion sur la dégradation des perspectives de l’économie française: un climat d’inquiétude, voire de défiance se développe dans notre pays à l’annonce des mesures gouvernementales. Le tour de vis fiscal programmé fait fuir les investisseurs. Et surtout un véritable non-sens économique se prépare; alors que la priorité absolue devrait être donnée au renforcement de la compétitivité de nos entreprises, à commencer par les PME, on va faire exactement le contraire: abrogation de la détaxation des heures supplémentaires qui va alourdir les charges des entreprises et amputer le pouvoir d’achat de 9 millions de salariés; abrogation de la TVA anti-délocalisations qui permettait d’alléger très significativement le coût du travail dans l’industrie et la filière agro-alimentaire; augmentation des cotisations sociales pour financer le retour partiel à la retraite à 60 ans. Comment s’étonner dès lors que le moral des acteurs économiques soit en berne?

Si l’on ajoute à cela la déception, devant les promesses non tenues, de ceux qui « y avaient cru », par exemple la hausse annoncée du SMIC, ou la confirmation des objectifs du gouvernement Fillon pour la régularisation des sans-papiers, on comprend que le nouveau pouvoir socialiste ait déjà échoué sur un point : il n’a pas su créer la confiance. Or, c’est la confiance qui est le principal moteur de la croissance.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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