Blog Notes d'Alain Juppé

On ne va pas se laisser abattre!

Publié le 21/01/2005 par Alain Juppé

L’un d’entre vous m’envoie copie d’un article récent du Monde qui rend compte du rapport des préfets sur la sinistrose des Français.
Cela m’a rappelé le courrier de Cyril, en date du 19 janvier dernier, dont je vous donne quelques extraits (le reste est en ligne) :
« Malheureusement, le pain de ma boulangère, qui ne me sourit même pas quand elle me le tend, est de moins en moins bon; SFR essaie de m’arnaquer; mon banquier m’oblige à antidater un prêt immobilier parce qu’il est à la bourre; mon médecin s’intéresse plus aux labos qui l’envoient faire du golf en Irlande qu’à ma santé. Comment rester serein, envisager d’avoir des enfants quand on connaît la galère que vivent les citadins pour trouver une crèche, tomber dans une bonne école et, tout simplement, vous qui avez des enfants avez dû y penser, comment donner tranquillement naissance à des petits êtres dont on ne sait même pas si le monde, tel qu’on leur lègue, écologiquement, économiquement ou socialement, leur permettra de vivre une vie normale sans mourir d’un cancer à 35 ans, sans finir un couteau planté dans le dos à 16 ans, sans connaître le chômage, la dépression nerveuse, les anti-dépresseurs, la jalousie au travail, les bêtises en voiture, les petites méchancetés du quotidien. »
Houlala! Je me suis dit que Cyril plongeait « grave » dans la déprime ( oui… j’ai des enfants de 19, 15, et 9 ans). J’ai été un peu rassuré quand j’ai lu la conclusion de son courrier: « Dans quelques jours on dira, si vous le voulez bien, pourquoi il y a de quoi se réjouir. On va pas se laisser abattre! »
Moi, je veux bien… mais j’attends toujours.
Trêve de plaisanterie! Loin de moi l’idée de prendre à la légère toutes les souffrances ou les angoisses dont Cyril fait la catalogue. Je sais combien la vie quotidienne peut être dure à beaucoup. Douze ans dans le 18ème arrondissement de Paris, dix ans à la mairie de Bordeaux… mon expérience d’élu m’a permis de voir de près bien des situations de misère et de tenter, modestement, de les soulager.
Mais de là à peindre la vie quotidienne en France en 2005 sous les couleurs de l’Apocalypse… il faut raison garder. Le spectacle des malheurs qui frappent tant d’hommes et de femmes à travers la planète devrait nous inciter à un peu plus de retenue.
D’autant que nous ne sommes pas seuls au monde et qu’autour de nous , il y a des peuples qui en veulent, qui croient en un avenir meilleur, qui se dépassent pour le construire.
Je ne sais pas si les « politiques » peuvent redonner le moral à leurs concitoyens. Il y va d’abord de la responsabilité et du projet personnel de chacun. Rien n’est perdu de ce point de vue puisque, selon une récente étude, la valeur n°1 des Français, c’est l’amour…
Mais il faut aussi un projet collectif, une confiance partagée, un but commun. Et si nous retrouvions la foi en la France, la conviction que la France et les valeurs qui nous font choisir de vivre ensemble ont un avenir?
Vaste programme , me dira-t-on. Mais c’est le seul qui vaille la peine.
21/01/05

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13 commentaires pour « On ne va pas se laisser abattre! »
  • fabien houcini
    Le 29 Mars 2005 à 16 h 46 min
    bonjour,
    je voulais juste savoir pourquoi on n'explique pas que la baisse ou stagnation du pouvoir d'achat est la consequence des 35 heures et le fait que les gens faisant moins d'heures, ne peuvent que baisser leur pouvoir d'achat? il me semble que du temps du gouvernement jospin, l'opposition avait cette argumentaire. pourquoi plus maintenant ??????
    merci
    fabien houcini
  • Louis Antoine Thillet
    Le 05 Mars 2005 à 12 h 51 min
    Je ne suis pas aussi pessimiste que Cyril. Sans doute parceque je suis un retraité privilégié et que je constate qu'il y a tellement de malheureux dans le monde que ce serait indécent de nous plaindre.
    Mais ce qui m'inquiète pour ma petite fille et les générations qui vont nous succéder, c'est la disparition de tous les métiers de création, la négation du "savoir-faire" et l'abandon de nos techniques sous couvert de mondialisation.
    Je ne touve pas dans le discours politique quelqu'il soit une réponse à ce dramatique problème dont les conséquences commencent à se faire sentir sur notre balance commerciale.
    Je crois pourtant qu'il existe des solutions mais à condition de revoir complètement la fiscalité des entreprises. Ce n'est pas normal que les ouvrières de Dim ne soient plus capables de concurrencer les asiatiques. Pour évoquer le domaine que je connais bien, ce n'est pas normal que nous ayons vu disparaître les popelines d'Alsace, les draperies de Roubaix, les confectionneurs y compris des industries qui étaient performantes et bien gérées. Tous les fabricants avec qui je travaillais ont disparus... morts au champ d'honneur !
    Ce drame, devrait être le souci N°1 de tout homme politique ayant une vision de l'avenir de la France.
    Je pense que votre retraite devrait vous permettre d'y réfléchir.
    Amicalement.
    Louis Antoine Thillet
  • Benoit V
    Le 07 Février 2005 à 16 h 40 min
    Bonjour Mr le Premier Ministre,

    Ayant pu lire cet article du Monde, je me permets de venir donner mon avis sur votre (excellent) blog..

    A mon humble avis, oui les préfets ont raison de s'inquiéter.. A l'heure actuelle, les "sujets" d'optimisme sont peu nombreux , et les "rares" sujets heureux qui nous parviennent sont à décrypter, pour trouver le piège qui s'y cache derrière..

    Le "mal" qui ronge la France a ceci de particulier qu'il est insidieux et général.. Les Francais ( à mon humble avis) se sentent "volés", escroqués et floués. Mais au lieu que ce soit sur des points "particuliers" , ces "escroqueries" sont générales, et , les citoyens ont l'impression que l on laisse faire..

    FT qui augmente ses tarifs, EDF qui veut nous faire payer ses désastreuses aventures sud-américaines, la guerre continuelle MEDEF/Syndicat où aucun ne veut reconnaitre ses défauts, telle ex-ministre/député/secrétaire d'Etat (rayer la mention inutile) qui se retrouve un poste en or non-mérité au Conseil Economique et Social, les banques qui vous vole votre argent (cf Marianne du 5/2/2005) etc etc.. Bref, les citoyens n'ont pas l'impression, et à juste raison, que les hommes politiques (de droite comme de gauche) sont à leurs services (ce qu'ils devraient être).. Tous pourris ? ...

    BV
    Benoit V
  • Léonard Drouillard
    Le 30 Janvier 2005 à 00 h 57 min
    … pas tout seul sur cette terre… bien sûr, mais gardons à l’esprit que l’on ne devient pas meilleur parce que les autres sont pires. La douleur de notre fracture ne nous devient pas moins supportable parce que celles de nos voisins sont multiples… le contraire est une douce illusion qui ne soigne de rien. Notre objectif se doit de se rapprocher d’une sensation de bien être et non d’un silence pudique. Connaissez le bonheur et l’opulence et faites les partager, cessez de relativiser sur le moins pire et agissez pour le meilleur. Non il n’y a pas d’apocalypse, mais faut-il rappeler les malheurs des autres pour faire oublier les siens. Dans ces sociétés où le projet individuel doit porter en chacun le bâtit de tous, dans ces valeurs trop souvent déclamées que les livres attestent plus que les faits, nous faisons effectivement notre route ici ou ailleurs, conscients de notre héritage culturel, et nous ne sommes pas moins convaincus que derrière le terme « ensemble » il y a trop souvent « un » dans un ensemble qui, loin des sondages, des déclarations de confort, se bat sur une route qui pour être sienne est un combat plus qu’une épreuve. Et la politique là-dedans… un baromètre ? Un appui ? Un phare ? Pour le savoir il faudrait des actes perceptibles par tous mais surtout pour tous. Et là il ne s’agit plus de clivage, mais d’actions qui apporteront une vraie légitimité aux prochains discours. Souvent à l’étranger je perçois au retour un manque de convivialité dans les relations de tout un chacun au quotidien et il ne suffit pas d’acheter du pain pour s’en rendre compte. Votre statut politico médiatique vous épargne sûrement d’une partie de ces relations dans votre quotidien de simple citoyen, mais depuis dix ans en revenant occasionnellement je fais le même constat que de nombreux expatriés : le coût de la vie ne cesse d’augmenter et la France nous apparaît toujours un peu plus pauvre. Je dis cela parce que c’est visible dans les rues à Paris tout comme dans les grandes villes de provinces, porteuses des ambitions des régions. Alors que dire du propos de Cyril, écrit peut-être dans un mauvais moment… mais le fait même qu’il puisse être écrit dénote d’un mal-être plus que d’un malaise. Et la France comporte de nombreux Cyril… Qui va leur apporter un mieux… celui qui leur montrera comme existant chez eux !
    Léonard Drouillard
  • Francois DUMOLIN
    Le 26 Janvier 2005 à 23 h 19 min
    Tu as mille fois raisons :
    1. On n' a pas le droit de se plaindre (d'accord ça fait positive attitude à la Jean Pierre)quand on fait partie des 10% les + riches du monde
    2. On aimerait un vrai grand projet ambitieux qui remette au gout du jour les idéaux nationaux : liberté, égalité, fraternité. Il faut relire Condorcet (Esquisse des progrès de l'esprit humain) pour voir à quel point les politiques actuels sont frileux. Chiche, propose un programme qui fasse bander. Et comme la valeur préferée des Francais c'est l'amour, t'es sur de gagner

    Bon, je déconne sur la forme, mais dans le fond c'est sérieux. Il faut dire que ton idée de blog c'est excellent pour causer sans gene ni tabous. Ca rapproche et c'est tant mieux si ca peut casser les frontieres.
    Francois DUMOLIN
  • céline enilec
    Le 25 Janvier 2005 à 16 h 22 min
    Il est vrai que si l'on regarde le côté "obscure" de notre vie, forcément cela n'est pas brillant...

    J'ai l'impression qu'on se culpabilise de se sentir simplement "bien" lorsque l'on sait que tant de choses vont de travers.

    Alors petit médicament à la sinistrose :

    Le bonheur

    On se persuade souvent soi-même que la vie sera meilleure après s'être marié, après avoir eu un enfant et, ensuite, après en avoir eu un autre.

    Plus tard, on se sent frustré, parce que nos enfants ne sont pas encore assez grands et on pense que l'on sera mieux quand ils le seront.

    On est alors convaincu que l'on sera plus heureux quand ils auront passé cette étape.

    On se dit que notre vie sera complète quand les choses iront mieux pour notre conjoint, quand on possédera une plus belle voiture ou une plus grande maison, quand on pourra aller en vacances, quand on sera à la retraite.

    La vérité est qu'il n'y a pas de meilleur moment pour être heureux, que le moment présent. Si ce n'est pas maintenant, quand serait-ce ?

    La vie sera toujours pleine de défis à atteindre et de projets à terminer. Il est préférable de l'admettre et de décider d'être heureux maintenant qu'il est encore temps.

    "Pendant longtemps, j'ai pensé que ma vie allait enfin commencer. La vraie vie! Mais il y avait toujours un obstacle sur le chemin, un problème qu'il fallait résoudre en premier, un thème non terminé, un temps à passer, une dette a payer. Et alors, là, la vie allait commencer! Jusqu'à ce que je me rende compte que ces obstacles étaient justement ma vie"

    Cette perspective m'a aidé à comprendre qu'il n'y a pas un chemin qui mène au bonheur. Le bonheur est le chemin.

    Ainsi, passe chaque moment que nous avons et, plus encore, quand on partage ce moment avec quelqu'un de spécial, suffisamment spécial pour partager notre temps, et que l'on se rappelle que le temps n'attend pas.

    Alors, il faut arrêter d'attendre de terminer ses études, d'augmenter son salaire, de se marier, d'avoir des enfants, que ses enfants partent de la maison ou, simplement, le vendredi soir, le dimanche matin, le printemps, l'été, l'automne ou l'hiver, pour décider qu'il n'y a pas de meilleur moment que maintenant pour être heureux.

    LE BONHEUR EST UNE TRAJECTOIRE ET NON PAS UNE DESTINATION

    Il n'en faut pas beaucoup pour être heureux. Il suffit juste d'apprécier chaque petit moment et de le sacrer comme l'un des meilleurs moments de sa vie :
    - Tomber amoureux;
    - Rire jusqu'à en avoir mal au ventre, ou des crampes aux mâchoires;
    - Trouver un tas de nouveaux mails sur sa boîte quand on revient de vacances;
    - Conduire vers des paysages magnifiques en terre inconnue;
    - Se coucher dans son lit en écoutant la pluie tomber dehors;
    - Sortir de la douche et s'essuyer avec une serviette toute chaude;
    - Réussir son dernier examen,
    - Avoir une conversation intéressante;
    - Retrouver de l'argent dans un pantalon que l'on n'a pas porté depuis des lustres;
    - Rire de soi-même;
    - Rire sans raison particulière;
    - Entendre accidentellement quelqu'un dire quelque chose de bien sur soi,
    - Se réveiller en pleine nuit en se rendant compte que l'on peut encore dormir quelques heures;
    - Ecouter une chanson qui nous rappelle un moment chéri;
    - Se faire de nouveaux amis;
    - Voir contents les gens que l'on aime;
    - Rendre visite à un vieil ami et se rendre compte que les choses n'ont pas changé entre vous;
    - Admirer un coucher de soleil,
    - Te faire tranquillement masser le dos et t'endormir paisiblement;
    - Sentir un vent doux et frais nous caresser la joue;
    - Entendre dire que l'on nous aime et vivre paisiblement tous les petits moments qui nous réchauffent le coeur et l'âme.

    Envoyer ce mail à toutes les personnes que vous considérez comme amis et souhaitez leur un petit peu de bonheur et de sérénité.

    Les vrais amis viennent dans les bons moments quand on les appelle et dans les mauvais moments ils viennent d'eux-mêmes".






    céline enilec
  • Julien Hervieux
    Le 23 Janvier 2005 à 01 h 11 min
    Cette semaine, mon voisin s'est fait cambrioler, des personnes se sont amusées à taguer les fenêtres et murs de ma rue, d'autres ont volé le vélo (une bicyclette d'au moins 15 ans) à un ami venu me rendre visite, la porte d'entrée de mon immeuble a été cassée le lendemain de sa réparation.
    Certe, nos malheurs sont moindres que pour beaucoup d'habitants d'Asie du sud est. Mais la compassion est là, tout le monde est consterné par cette catastrophe. En revanche pour nous ces petites méchancetés laissent le pouvoir politique et les autorités muettes. J'ai l'impression que la loi du plus fort redevient la règle.
    Ce message peut apparaitre mesquin, déplacé ou que sais je d'autre mais je suis fatigué de ne plus pouvoir être l'esprit tranquille quand à mes biens et parfois ma personne. Je ne suis pas sûr d'être clair mais les idées se bousculent dans ma tête! Vous en aurez saisi l'essentiel : un léger "ras le bol".
    Julien Hervieux
  • philippe THIEBAUT
    Le 21 Janvier 2005 à 21 h 29 min
    Bonsoir ; j'ai l'impression que nous sommes tous devenus peureux comme les p'tits vieux qui ont peur de tout.Ce pays est tres rigide ;nous avons hérité du siécle des lumiéres et de sa raison et nous avons peut etre perdu l'imagination et l'energie des enfants.Il faut se mettre en danger comme a chaque nouvelles parties de billes dans la cour avec les copains .
    philippe THIEBAUT
  • Bertrand Born
    Le 21 Janvier 2005 à 20 h 04 min
    Vous avez dit morosité........
    Les Echos 21 janvier 2005

    Les sondages se suivent et se ressemblent : les Français sont moroses. Ils ne savent plus si leur pays est grand ou petit, si l'avenir sera meilleur ou pire, s'il faut espérer ou désespérer. Pour comprendre ce tableau, il convient d'ajouter que, lorsque l'on interroge les Français sur leur situation personnelle et non plus sur la situation générale de la France, la tonalité devient brusquement plus optimiste. Des Français heureux dans une France patraque ? Tentons d'éclairer ce paradoxe.

    D'abord, notre pays, comme tous ses voisins, est embarqué dans une vertigineuse valse du monde. Il y a la révolution de l'information numérique, bien sûr ; mais aussi, et peut-être surtout, le bouleversement radical en un laps de temps très court des équilibres politiques et économiques mondiaux. En un quart de siècle, l'empire soviétique qui tint pendant cinquante ans la dragée haute aux Etats-Unis a disparu tandis que la Chine est sortie de quatre mille ans d'isolement pour conquérir le monde à une vitesse époustouflante. L'Inde et le Brésil suivent le même sillage. A quelle autre époque de l'histoire du monde des changements de telle ampleur se sont-ils produits aussi vite ? Jamais.

    Plus près de nous, l'Europe a, elle aussi, évolué très rapidement. A l'origine leader, avec l'Allemagne, d'un équipage à six, la France doit aujourd'hui faire sa place dans une configuration à vingt-cinq. Ce n'est plus du tout la même donne alors que le discours officiel reste toujours sous le signe de la continuité comme si les dirigeants étaient tétanisés à l'idée d'avouer aux Français que le monde a changé. Car - et voici la clef de la morosité ambiante - qui parle ? Qui s'adresse aux Français pour leur exposer ces changements, pour leur dire les risques mais aussi les chances immenses qu'offre le nouveau monde ? Quel capitaine indique où est le cap ? Aucun ni personne. En lieu et place apparaissent sur les écrans un président bavard qui dispense les promesses avec l'argent qu'il n'a pas, un gouvernement qui ne sait plus ce qu'il a à faire, une opposition sans projet. Quel contraste avec trois pays voisins, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, où le verbe gouvernemental est ferme et où le pays connaît donc le chemin des réformes ! Cela ne signifie pas que tout y baigne dans un unanimisme béat mais qu'au moins les défis à relever sont clairement énoncés. La morosité française est le fruit de l'infantilisme qui règne dans les relations ente les dirigeants et les citoyens à qui l'on ne dit rien de l'essentiel.

    Mais, maintenant, questionnez les Français sur leurs affaires personnelles. La peur du chômage ou de la maladie figurera en bon rang. Mais ils diront surtout que leurs femmes sont belles, leurs maris charmeurs, leurs enfants pleins de vie et leur travail intéressant. La morosité française n'est donc pas individuelle mais collective, c'est-à-dire politique. A bon entendeur, salut !
    Bertrand Born
  • Charles Le Seac'h
    Le 21 Janvier 2005 à 12 h 30 min
    Oui, effectivement, le rapport du préfet semble être assez pessimiste sur la morosité ambiante en France. Mais peut on faire confiance aux services d'un Préfet, alors qu'ils ne peuvent estimer correctement les opinions des électeurs avant une élection?
    Est ce que les hommes politiques peuvent et doivent accompagner les français, pour leur redonner espoir, ou les motiver? Est ce réellement le rôle d'un homme politique? A mon sens, ils doivent au moins faire rêver, créer une certaine dynamique. Ce qui manque cruellement en France est l'absence presque totale d'Homme d'Etat. Qui ne se consacre qu'aux français, et à leur bien être, avec cet objectif comme but suprême de sa vie. Le problème provient essentiellement du fait que leur carrière compte plus que le présent. Leur futur plus que le futur des français. C’est malheureusement la sensation que j'ai. Mais je ne suis pas contestataire, pas le moins du monde. Je constate juste avec amertume, que le temps que j'ai passé à admirer la politique en général, quand je suis rentré en faculté de droit, il y a 6 ans, finalement, aurait peut être été mieux utilisé ailleurs.

    A mes illusions perdues peut être.

    Qu'est ce qui peut faire rêver les français dans ce cas? On souvient tous de la coupe du monde de football, en 1998, qui avait suscité un long, très long moment d'euphorie généralisé, qui s’est ressenti dans les comptes publics, et dans le moral des ménages. Un sentiment nationaliste sain, le sentiment que la France était puissante, et que rien ne pouvait nous arriver de mal. Et puis, le soufflé est retombé, et depuis, plus rien. Il manque à la France cette dynamique, cette joie de vivre. Celle-ci était elle présente en 1998 grâce à la croissance ou grâce à la victoire de la France ? Les deux événements sont liés. Ce qui signifie, que la confiance, ne peut pas naître de la croissance. Il ne faut pas attendre cette dernière pour être heureux. C’est pourtant ce qui se passe. Je n’aime pas cette mentalité d’attente. Demain sera mieux qu’aujourd’hui, après la pluie vient le beau temps... Non ! C’est pendant l’orage que l’on doit se bouger, c’est aujourd’hui, pas demain. Penser l’inverse, créée des frustrations indélébiles, et paralysantes.

    On entend toujours que « cela ira mieux quand la croissance sera au rendez vous ». Je n’arrive pas à comprendre un tel langage politique. Il faut se donner les moyens de la lancer. Pas d’attendre au creux de la vague, que la prochaine arrive. Il faut aller la chercher. Quels sont les projets actuels, susceptibles de relancer toute cette dynamique ? Où sont ces paroles, qu’elles viennent d’un homme politique, d’un sportif, d’un économiste ? A force de dire que rien ne va, effectivement rien n’ira mieux. Et le placebo ? En politique cela s’appelle un mensonge, et ce n’est pas très bien vu, et détestable, mais parfois, il peut suffire d’une phrase, d’un sourire, pour redonner confiance. Cela peut prendre la forme d’un programme également…

    Quelle est la différence entre un pays conquérant et un pays résigné ? L’exemple le plus parfait se trouve dans la comparaison entre la Chine et la France. Les chinois sont puissants, mais ils en veulent, ils ont la gniak, ils vont nous manger tout cru, et nous on attend là, au milieu de la cible, que le missile nous tombe dessus. Ils ont déjà commencé, la division Pc d’IBM appartient à des chinois, Marionnaud encore récemment, et ce n’est pas fini. La France possède des domaines d’excellence, qu’elle ne sait pas vendre, qu’elle ne sait pas protéger. GEMPLUS, UBISOFT, ALCATEL, THOMSON qui a été très mal géré, ALSTOM, j’en passe… Il est certain que les règles communautaires, surtout en matière d’aides publiques freinent une certaine immixtion de l’Etat dans les affaires privées. Airbus ne pourrait probablement pas être crée actuellement à cause des règles trop strictes en matière de concurrence.
    Je crois en l’Europe j’ai fais des études pour pouvoir y travailler, la faire rayonner dans le monde, et au niveau national. Ainsi parfois, même trop souvent elle commet des erreurs. Elle n’a pas de projet économique durable, le vœu pieux de faire de l’économie européenne la plus compétitive au monde va se heurter aux réticences des Etats, et à la frilosité des entreprises. Je rêve d’une campagne de publicité initiée par la Commission avec comme slogan : « on est les plus forts, on va se battre, et on va leur en mettre plein la gueule ! ». Excusez moi de la formule, mais à vrai dire, cela ferai un bien fou d’entendre ce genre de choses. On ne les entend jamais.

    L’amour ? Je dirai plutôt l’harmonie, si vous me le permettez. Avec sa femme, ses enfants, son patron, sa famille, et la société. Il est certes utopique de rêver d’une société harmonieuse, « La cité parfaite n’est pas de ce monde » comme le relevait Saint-Augustin quelques siècles avant l’avènement de celui-ci, mais je pense que cette recherche absolue doit nous guider, chacun d’entre nous.

    Non, on ne va pas se laisser abattre, il n’y a aucune raison. Mais encore faut il se sentir soutenu, un minimum. Mais bon sang, qu’on arrête de dire que tout va mal ! C’est suicidaire ! C’est français, de se lamenter sur son sort, d’attendre le missile, au cœur de la cible. Mais il faut se bouger !!!!!! Vivement que je travaille pour faire bouger certaines choses ! À condition qu’il n’y ait pas que 4 places à mon concours de la fonction publique, pour 1500 candidats… ;-(
    Si ce n’est pas là, ce sera ailleurs…
    Charles

    Charles Le Seac'h
  • A C
    Le 21 Janvier 2005 à 10 h 47 min
    Monsieur le Premier Ministre,


    L'article de Cyril Girard sur la morosité est extrêmement intéressant car il aborde un point crucial de la vie politique, économique et sociale d'un pays. Dans toute action individuelle ou collective, la motivation est le moteur essentiel qui permet la réussite. Je pense que sur ce point nous sommes tous d'accord. Pourtant j'ai été un peu étonné et déçu par votre réponse qui ne m'a pas parue très encourageante pour Cyril et pour tous les Français qui expriment le même sentiment.
    Tout d'abord, dans la citation que vous faites de Cyril, vous oubliez l'un des points les plus importants de son intervention : "Loin de moi l'idée d'un monde parfait, mais des petites améliorations ici ou là sont sans doute possible non ? " C'est justement cette phrase qui démontre que Cyril, comme un très grand nombre de Français ne sont pas déprimés. NON la politique ne peut pas offrir un monde parfait pour tous, OUI la politique peut améliorer "ici où là" la vie des gens. Sur tous les points parfaitement décris par Cyril, il y a des réponses concrètes à apporter. Si les banques abusent de leurs clients, les politiques doivent agir. S'il y a un problème d'insécurité, le gouvernement doit remettre de l'ordre. Si les médecins ne font pas leur travail, il y a des solutions à trouver. Je ne sais pas comment Cyril a accueilli votre réponse, mais je trouve un peu brutal de lui dire qu'il sombre dans la déprime alors qu'il ne pointait que des problèmes concrets méritant de trouver des solutions. Le rôle du politique est justement de s'appuyer sur le soutien du plus grand nombre pour résoudre des problèmes concrets. On ne peut pas seulement encourager les Français à retrouver la foi en la France, il faut aussi leur montrer que le pouvoir politique a besoin d'eux pour faire bouger les choses et que c'est possible d'améliorer la vie. Je pense que les Français ne sont pas déprimés, je ne crois pas à la déprime collective, mais ce sont nos élites qui sont déprimées. Le peuple possède une force immense et inépuisable que les politiques doivent apprendre à utiliser. Il faut juste que nos hommes politiques (et tous les dirigeants en général) retrouvent le moral pour conduire la société vers un monde meilleur.
    Dans cette morosité ambiante de nos élites, il y en a un qui ne semble pas décidé à se laisser abattre et il y a un président de la République qui ne cesse de stimuler son énergie. Affaire à suivre en 2007…
    A C
  • Xavier Brunet
    Le 21 Janvier 2005 à 10 h 02 min
    Bonjour Alain,

    merci pour votre application dans la rédaction de ce blog.

    Je désire rebondir sur cet état de sinistrose que les préfets auraient rapporté au Président de la République.

    Hier soir, j'entendais François Hollande questionné sur le sujet en fin de journal télévisé sur France 2. Toujours aussi prévisible, comme tout bon politicien d'opposition, il s'est borné à répéter que c'était la faute du gouvernement, et que les socialistes (comme par hasard) allaient tout changer dès qu'ils seraient aux affaires.

    Ca me donne envie de hurler tellement je me sens incompris par la classe politique. Quand cessera-t-elle d'instrumentaliser constamment des rapports, publications, sondages etc.

    Pourquoi la population se sent-elle autant au creux de la vague ? En 2004 on nous a constamment parlé d'année de reprise, mais où est-elle passée ?

    Je n'ai rien vu de tangible ni dans mon porte feuille ni dans ma vie de tout les jours.

    Le 1er janvier a apporté sa dose d'augmentations de prix, mais pas celle de mon salaire (je suis dans le privé, et ça fait deux ans que je n'ai pas été augmenté, pour cause de budgets serrés)

    J'ai l'impression que moins les Français croient dans l'avenir, plus ils s'enferment dans une spirale de revendication, de comportements "il faut profiter du système", etc.

    J'ai habité trois ans aux Etats-Unis, et j'ai du mal à comprendre comment en France on peut être aussi pessimistes alors que là-bas c'est le contraire.

    Seulement quand notre classe politique se borne, comme projet, à mettre en évidence les failles des projets des voisins, c'est quand même tomber assez bas dans la qualité du débat.

    On nous parle de Cassini-Huygens: c'est beau mais c'est loin mais ca ne touche pas notre quotidien. On nous parle de Constitution Européenne, mais on ne voit pas bien en quoi elle va modifier notre vie autrement que par des contraintes supplémentaires. L'A380, il est beau, il est gros, mais il n'est qu'une vitrine technologique qui profite seulement au marché aéronautique.

    Maintenant, quand mon entreprise me parle de délocalisation en République Tchèque ou en Inde, là ca me touche. Pourtant, c'est considéré comme un risque marginal par la France "d'en haut" ! Quand on me dit que malgré la reprise mon salaire est bloqué, ça me touche aussi.

    Bref, en un mot comme en cent, pourquoi une telle incompréhension de la part de nos politiques sur les sujets qui sont pénibles pour nous ?

    Xavier, Grenoble.
    Xavier Brunet
  • Nicolas Hildenbrand
    Le 21 Janvier 2005 à 09 h 25 min
    Bonjour,
    je pense personnellement que le media televisuel est un grand coupable dans ce marasme quotidien, ce manque de confiance. Vous parlez d amour en temps que valeur de la France. Je pense que la principale valeur du moment est la peur au ventre.

    Comment ne pas avoir peur quand on voit toutes les atrocites qui sont livrees sur l antenne? Voir un pere portant son fils dans ses bras dans le sud est asiatique, filme avec un appareil photo en 15 images par seconde, qui donne un effet saccadé??? Tenter d ecouter un journaliste qui est sur une piste d atterissage et qui parle en direct avec un B52 pres au decollage (90 dB)juste derriere lui? A quoi cela sert-il? De voir le dernier poignarde dans une cite lyonnaise ou marseillaise? Ne croyez vous pas que les Francais peuvent etre conscients de l urgence face a une catastrophe, de l atrocite d une guerre?

    Dire que la majeure partie des gens regarde ces "informations" de 20 heures a 20h35... pourquoi tant? pourquoi les gens consomment ils tellement de somniferes et autres anti depresseurs?

    Je ne suis pas pour une information controlee, bien au contraire, je suis contre la proliferation de toute ces images dures, violentes, sous pretexte que c est la realite, la vraie vie. La meme information, avec des images plus acceptables serait beaucoup plus saine.

    Nicolas Hildenbrand

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
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