Blog Notes d'Alain Juppé

Qu’est-ce que le bonheur?

Publié le 02/06/2005 par Alain Juppé

Hier après-midi, Isabelle et moi sommes allés passer un moment avec Soeur Emmanuelle dans la clinique où elle se remet de ses récents ennuis de santé.
96 ans et toujours la même vivacité d’esprit, la même lumière dans le regard, la même attention à autrui.
Dans le courant de la conversation, elle évoque à nouveau le souvenir des 22 années qu’elle a passées dans les bidonvilles du Caire où elle partageait la vie quotidienne des plus démunis.
Ils n’avaient rien, raconte-t-elle, pas même des jouets pour leurs enfants; et pourtant ils riaient sans cesse, ils semblaient heureux…
Je lui demande : « Mais qu’est-ce donc que le bonheur? »
Elle n’hésite pas : « La relation avec les autres, le partage des joies et des peines, vivre ensemble… Ici,en France, il arrive qu’on ne connaisse même pas son voisin de palier ».

Ce qui me fascine le plus, c’est son inlassable volonté d’agir. Au Caire, elle ne se résigne pas. Elle nous explique comment elle a pris en charge des gamines qu’on mariait souvent à 12 ans et à qui on faisait ensuite un enfant tous les 10 mois; comment elle a organisé leur parcours vers l’université, c’est-à-dire vers la dignité et la liberté.
En France aujourd’hui, elle multiplie les initiatives. Elle s’est ainsi mis en tête de former de jeunes RMIstes aux techniques agricoles pour leur donner une chance de trouver un travail à la terre. Et derrière les mots, il y a des actes : elle recrute des formateurs (« pas de grands ingénieurs agronomes, mais des hommes de terrain »), elle mobilise des subventions, elle achète des terrains et des bâtiments, et surtout elle a le projet d’aller vivre quelque temps au milieu de sa petite troupe parce que « l’important, n’est-ce pas, c’est de créer l’ambiance »…
Autre initiative: elle vient de lancer, avec les Editions Casterman, une collection intitulée « Champion de vie ». Objectif: « Présenter aux jeunes et aux moins jeunes des êtres propres à leur prouver que « l’homme passe l’homme » (Pascal) et qu’il vaut la peine de s’acharner pour faire triompher des valeurs ». Premier publication: Zidane.

Nous l’écoutons avec émerveillement. Je me dis que, dans ce corps fragile et vieilli, il y a une comme une force qui vient d’ailleurs (d’en haut) ?
Nous repartons … rajeunis.
02/06/05

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14 commentaires pour « Qu’est-ce que le bonheur? »
  • Antoine Le Lorier
    Le 13 Juin 2005 à 16 h 03 min
    Bonjour,

    D'abord, même si je ne voterai probablement jamais pour vous, j'ai été sincèrement désolé de votre condamnation, qui si elle est juste sur un plan technique, ne l'est pas sur le plan humain. Vous êtes, à mon sens un honnète homme.

    En ce qui concerne le livre de Corrinne Maier, que je n'ai pas lu et que je ne compte pas lire, je crois que votre jugement sur l'écho qu'il rencontre dans la société française n'est pas juste.

    Si les Français ne croient plus au travail c'est que le système leur démontre tous les jours que ce n'est pas en travaillant bien que l'on est récompensé.

    Les français, dans leur grande majorité ont l'impression que l'ascenseur social est bloqué. Que plus rien ne peut se faire.

    Un exemple est que, pour ouvrir un petit commerce aujourd'hui, vous avez à faire face à des mastodontes de la distribution qui fait que vos marges sont réduites d'un coté et que de l'autre vos heures d'ouverture pour dégager du volume doivent s'allonger. Donc rien que pour être au même niveau de rémunération qu'un emploi salarié, vous devez travailler au moins le double d'heure avec en plus l'insécurité financière qui plane...

    En ce qui concerne les employés, une erreur de management de la direction va se traduire automatiquement par la perte de votre emploi. j'en suis pour ma part à trois sociétés qui ferment à la suite et suis actuellement au chômage. vous comprendrez donc, je l'espère que je suis extrèmement "méfiant" dans ma recherche d'emploi. Je ne veux plus avoir dans deux ans à rechercher derechef.

    J'adorerai travailler 9/10h par jour, 5 jours sur 7 dans un emploi qui m'excite et où je sente une capacité de progression et de croissance importante. Mais dans le monde ou nous vivons, l'incertitude est telle que rien ne me permette de penser que je vais effectivement trouver un tel travail.

    De plus, le marché de l'emploi est tellement inélastique qu'une fois dans un emploi, le salarié va tout faire pour y rester même s'il n'est pas à l'aise dans son poste. Car comme c'est au minimum 1 an et demi pour retrouver un autre emploi et des entretiens à n'en plus finir, personne ne veut démissionner avant et donc beaucoup restent aux mêmes postes en étant peu productifs car plus motivés...

    Voilà, je déteste le discours : "il faut remettre la France au travail". Les Français rêvent tous (ou entout cas l'immense majorité) d'être actifs.

    Mais comme l'espoir de progrès n'existe plus, alors le Français végète.

    Si la compétition juste et non faussée existait en France, si les avantages acquis par tel ou tel groupes étaient remis en cause régulièrement alors sans doute les Français croiraient plus à la notion du progrès par le travail.

    Mais comme les discours politiques sur les grandes orientations, c'est à dire ceux tenu au moment de la présidentielle, ont été de l'ordre de "demain on rase gratis" sur les 6 dernières élections, les Français ne croient plus à rien.

    Vous devriez commencer à réfléchir à une nouvelle manière de communiquer et de recréer l'espoir. Dénoncer des pamphlets cynico-sarcastiques ne va pas dans ce sens.
    Antoine Le Lorier
  • Marie Odile Durhin
    Le 07 Juin 2005 à 14 h 42 min
    Liberté entachée - Liberté bafouée - Liberté emprisonnée - Liberté maquillée
    Comment peut on vivre dans un monde privé de la plus précieuse des valeurs ?
    Je me pose souvent cette question.…

    Mon coeur saigne quand je pense : aux otages de par le monde, aux esclaves de tous pays, même dans les pays dit « civilisés », aux enfants privés de leurs jeunesses, aux femmes réduites plus bas que terre, aux animaux enfermés dans des cages.

    Les Hommes sont fous !
    Cela s'arrêta t-il un jour ? Trouverons-nous le moyen de vivre en Paix ?

    Nous, en tout cas, ne le verrons pas ! Mais j'ose imaginer que les enfants de nos petits enfants le verront peut être.....

    Verrons nous, une jour, un monde de beauté et de joie.....
    Marie Odile Durhin
  • Bernard PICOD
    Le 07 Juin 2005 à 11 h 31 min
    Là certains se demandent...: mais... on paye donc des impôts quand on est handicapé ? !
    « Les handicapés qui travaillent, OUI ! Pourtant, j'ai une carte d'invalidité de 80%, ce qui reflète que la lourdeur de mon handicap, mais ne signifie pas que je sois inapte. Au contraire ! Les 80% concernent la description de mon handicap "civil", mais ne correspondent pas à mon pourcentage de handicap "travail". Je suis reconnue "travailleur handicapé en milieu ordinaire" »
    Les handicapés ont-ils des avantages fiscaux ? OUI et NON.
    « Mon handicap me permet de déclarer 1,5 part aux impôts, MAIS......étant donné que ma paralysie m'a obligée à déménager dans un autre quartier (immeuble récent et donc adapté), je paye beaucoup plus de taxe d'habitation.… »
    « De plus, les frais occasionnés par mon handicap ne sont pas déclarables, pourtant ils me mettent dans le "rouge" chaque mois, car ils ne sont remboursés ni par la sécurité sociale, ni par les mutuelles. Il s'agit de frais pour: des protections et changes de nuits (eh oui, être paralysé, c'est souvent être incontinent aussi, je brise le tabou, on se trimballe en "pampers géants" même pas efficaces en plus... Y a pas les "élastiques là..." comme dans la pub !), des alèses (pour protéger la literie), des draps spéciaux en pvc, des crèmes anti-escarres, des lotions désinfectantes quand on est "souillé", des gants en vinyle pour les soins et pour les curages (âmes sensibles ne pas lire... Curage: opération consistant à aller chercher les selles dans l'ampoule rectale. Car une personne paralysée ne peut pas toujours "pousser" quand elle va aux toilettes pour uriner, exonérer. Encore un tabou que je brise et hop !), poubelles spéciales (médicales) anti-fuites et odeurs, à poignées, étanches; gants de cycliste pour ne pas s'écorcher les mains en fauteuil manuel, etc... »

    « Bref, depuis mon handicap, je suis dans la mouise financière. Malgré une paye correcte. L'avantage de déclarer 1,5 part est donc nul, puisque éclipsé par une taxe plus importante, un logement à prix prohibitif : mon ancien loyer multiplié par 3 !… (pas le choix, seuls les bâtiments récents sont aux normes, et ils sont chers, et si je ne voulais pas perdre mon poste, je devais déménager) ainsi que des frais mensuels lourds liés au handicap et non remboursés en France. J'ai d'ailleurs oublié de mentionner mon transporteur spécialisé qui coûte cher aussi !…

    « En tant que personne handicapée qui travaille, je ne touche aucune aide, aucune allocation, aucune pension d'invalidité. zéro !…

    En France, être handicapée est un luxe ! et devrait de ce fait être réservé aux riches uniquement !…

    En ce qui concerne les frais liés au handicap, vous en avez sans doute entendu parler, indirectement, dans les médias. Dans le cadre des nouvelles lois pour handicapés, il est question de mettre en place une "allocation compensatoire". Donc, une somme qui serait versée pour compenser ces frais (qui m'empêchent de vivre et m'obligent à tirer sur une carte de crédit d'un grand magasin).

    Cette allocation sera financée, entre autres, par le LUNDI DE PENTECÔTE travaillé...

    Tout en trouvant cette mesure inadaptée (je m'en expliquerai demain soir, car JE travaille DEMAIN), je ne peux que m'inquiéter. Si l'argent "solidarité" ne rentre pas, je ne toucherai pas l'allocation compensatoire et serai dans la mouise jusqu'à ma retraite... sachant que j'ai peu de chance de travailler jusque là...

    Adrienne http://spaces.msn.com/members/lablondearoulettes1/

    Bernard PICOD
  • Jean-Claude CAUNEAU
    Le 07 Juin 2005 à 09 h 16 min
    Quête du bonheur ? , agir
    Sûrement la réponse.
    Agir, agir
    Agir pour son entourage
    Agir pour son immeuble
    Agir pour sa rue, sa commune
    Chacun à son niveau ressent ce besoin qui souvent se transforme en plaisir, en bonheur.
    Pour d’autres la commune se transforme en grande cité en région voir en nation
    Surtout qu’ils ne laissent pas passer cette occasion et que les épreuves et le temps associé leur permettent d’entamer un large réflexion, libérée de toutes contraintes sur leur action au plus haut niveau, leur bonheur ( et peut être le notre) sera la.
    Cordialement
    JC Cauneau

    Jean-Claude CAUNEAU
  • bruno cluzel
    Le 07 Juin 2005 à 07 h 59 min
    Monsieur le Premier Ministre,

    pour revenir sur mon message d'hier un peu noir permettez moi de vous raconter l'histoire entendu hier ds un diner
    Le capitaine du Titanic prend un porte voix et dclrare aux passagers "Mesdames Messieurs installez vous confortablement dans vos fauteuils, j'ai une excellente nouvelle .....

    nous allons avoir 11 oscars

    le parallele à trtouver avec notre Président et le message actuel sur l'organisation de jeux en 2012

    tres bonne journée
    bruno cluzel
  • vincent dupras
    Le 06 Juin 2005 à 21 h 26 min
    Monsieur

    Je constate aprés les élections du 29 mai , la confusion totale entre l'ensemble des nonistes et des ouistes entre eux.
    cette france qui veut tout et son contraire n'est à ce jour ni de gauche ni de droite , elle vient de créer un nouveau mouvement ou meme plusieurs ; celui des majorités d'idées , notion chére à feu edgard faure.
    Il est patent de constater que la coalition UMPS , qui se partage le pouvoir depuis 25 ans , vient avec effroi de découvrir que des métastases non dogmatiques , non revendiquées du gaullisme ou du mitterandisme avaient pris une ampleur insoupçonnée.
    Des groupes entiers défendent la cause qui les concernent le plus . l'on trouve,pele mele , les anti immigrationnistes , de plus en plus nombreux et de toutes origines politiques , à l'opposé les altermondialistes partisans d'un monde égalitaire par le bas au détriment des élites , un polpotisme soft .
    Et puis , les français adeptes de la moutonisation , serviles et maléables , parcequ'ils le veulent bien ,représentants du contingent UMPS ,lecteur du nouvel obs et de l'express , ou sortir du carcan des politiques institutionalisés , point de salut...
    Les futures élections si elles comportent une dose de proportionnelle devraient amener des résultats étonnants.
    Quand on constate qu'un parti comme le Pc qui plafonne à 5% possédent des élus en masse et que le FN à 16_18% n'en possédent pas (assemblée nationale) ou tres peu (élus locaux), il est inévitable et souhaitable qu'un rééquilibrage se fasse .
    Quant au navire FRANCE , bon courage au successeur de jacques chirac , car naviguer par vent de face et de travers en meme temps va relever de l'exploit.
    salutations distinguées
    vincent dupras
  • Marie-hélène Serve
    Le 02 Juin 2005 à 16 h 17 min
    Elle respire la joie,le bonheur des gens qui un jour voient la vraie misère.
    Cela se voit aussi chez les gens qui font de l'humanitaire,au sens noble du terme,et,qui ne donneraient leur place pour rien au monde.
    Cela devrait faire réfléchir!!!
    Marie-hélène Serve
  • Hervé ACCROMBESSI
    Le 02 Juin 2005 à 15 h 41 min
    Monsieur Juppé,

    Merci de nous faire partager ce grand moment. Grâce à ce témoignage nous comprenons avec force l'importance de la SOLIDARITE des hommes et des peuples. Un mot, qui malheureusement à tendance a être oublié parmi nos citoyens. Le refus de l'Europe en est un exemple.

    Merci M. Juppé.
    Hervé ACCROMBESSI
  • marc dorsal
    Le 02 Juin 2005 à 15 h 35 min
    ouai la france des vieux on s'en fout place aux jeunes bordel
    ouai on a pas la parole ds ce pays a part devant les juges pour se faire entuber
    franchement la france est un pays anti jeune meme au niveau du secteur privé on nous prend pr des deumeurés mais vous inquietez pas un jour c nous qui auront le pouvoir on va virer tous les clowns des medias qui servent a rien
    marc dorsal
  • Enrique C
    Le 02 Juin 2005 à 14 h 19 min
    Soeur Emmanuelle est une grande dame, on devrait surement plus s'en inspirer, pour faire évoluer notre société.
    Enrique C
  • CyCy P
    Le 02 Juin 2005 à 13 h 43 min
    Je suis d'accord avec vous, Soeur Emmanuelle est une femme fantastique, nous aurions beaucoup à tirer de ses enseignements. Elle est un modèle de courage, de volonté et d'abnégation. Elle est la preuve qu'on peut AGIR concrétement pour changer le monde qui nous entoure !
    CyCy P
  • Bertrand d'Allaines
    Le 02 Juin 2005 à 13 h 10 min
    Probablement plus qu'aucune autre notre civilisation a besoin de ces témoignages qui nous rappellent à la réalité : le bonheur c'est les autres. Ce sont les autres qui nous aident à atteindre notre bonheur et, surtout, qui nous aident à en prendre conscience.
    Merci M. Juppé, merci soeur Emmanuelle.
    Bertrand d'Allaines
  • gilles chambon
    Le 02 Juin 2005 à 12 h 44 min
    disait St-Just en parlant du bonheur.Nous savons que ce qu'il est advenu par la suite dans cette Europe , permet de douter de cette innovation idéologique. "Le bonheur, c'est les autres "vous a donc dit soeur Emmanuelle. Vieille idée qui a fait ses preuves et renvoie au placard "l'enfer c'est les autres" d'un JP Sartre ; mais idée difficile...Comment se fait-il que nous soyions devenus si pudiques dans l'affirmation de nos certitudes ?
    gilles chambon
  • sylvain Treffé
    Le 02 Juin 2005 à 11 h 15 min
    Que les mots de Soeur emmanuelle sont vrais et pleins de sagesse.

    Malheureusement, ils ne sont que trop peu partagés au nom du réalisme économique ou de nos petits égoismes mesquins !

    De mon coté, RMiste, ancien agent renault après une carrière chez ce meme constructeur, ayant déposé le bilan suite aux harcèlements d'un directeur de succursale (dont dépend un agent)et de son successeur qui m'a empèché de revendre mon affaire.
    Ce dernier pourtant catholique très pratiquant, n'éprouve aucun scrupule à faire ce qui va à l'encontre de ses valeurs du lundi au vendredi et en général de ce qu'il écoute lors de la messe du dimanche matin.
    Et bien plus qu'ils me proposent un emploi, ou une indemnisation, ce sont des mots, une aide que j'aimerai avoir de leur part plutot, que le mepris de ne pas répondre à mes courriers, autrement que par la froideur des réposes négatives toutes faites à une candidature.

    Ce directeur n'a eu envers moi, aucune charité chrétienne. Mais peut etre suis je naïf, de vouloir trop croire en l'homme et ses vertus. Il y a des jours où je pense ne pas etre de mon époque. Je me sens si seul démuni, paralysé, ne sachant plus à qui me vouer alors qu'il y a au fond de moi une rage d'agir pour mon bien et celui de tous. A ce titre je n'arrete pas de bondir, devant les propos affligeants dont les média nous abreuvent.

    Amicalement

    sylvain Treffé

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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