Blog Notes d'Alain Juppé

Question de démocratie

Publié le 08/05/2009 par Alain Juppé

Depuis le début de l’année, j’ai voulu écouter les universitaires mécontents. J’ai donc reçu à plusieurs reprises, à Bordeaux, des délégations d’enseignants et d’étudiants. Certaines de leurs préoccupations m’ont paru justifiées et je les ai fait remonter auprès de Valérie Pécresse et de Xavier Darcos.

Le gouvernement a lâché beaucoup de lest! Les suppressions de postes annoncées ont été en grande partie suspendues. Les pouvoirs, notamment de nomination, attribués aux présidents pour renforcer la nécessaire autonomie des universités ont été encadrés. Le décret contesté sur la carrière de enseignants-chercheurs a été remis à plat. La réforme de la formation des maîtres (masterisation) est différée.

Par ailleurs l’Etat consent un effort budgétaire très significatif pour la modernisation des universités. C’est ainsi que Valérie Pécresse a confirmé, cette semaine, que l’Université de Bordeaux allait recevoir une dotation de 475 millions d’euros dont les revenus lui permettront de financer un important programme de rénovation immobilière: c’est l’opération « campus » qui repose sur une ambitieux projet de restructuration des filières d’enseignement et de recherche.

Tenant compte de ces évolutions positives, la majorité de nos établissements d’enseignement supérieur se sont remis au travail, et dans la plupart des cas, les examens pourront avoir lieu. A Bordeaux, c’est la situation dans 3 de nos universités sur 4 et dans toutes nos grandes écoles.

Quelques universités demeurent bloquées, le plus souvent par une minorité d’extrémistes qui n’hésitent pas à recourir à la violence pour terroriser la majorité des étudiants. Les conséquences de cet entêtement risquent d’être désastreuses: des étudiants pourraient perdre une année de travail si les examens ne peuvent se tenir; la réputation de certaines universités pourrait être durablement atteinte, au profit d’autres filières de formation supérieure.

Tout le monde s’accorde à reconnaître que notre développement futur dépend de notre capacité à avancer sur le chemin de la connaissance (recherche) et à transmettre le savoir (enseignement). C’est pourquoi nos universités sont un bien public précieux. Le Premier Ministre a raison d’afficher sa détermination à rétablir les conditions d’un fonctionnement harmonieux souhaité par les grande majorité des professeurs et des étudiants. C’est aussi une question de démocratie.

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2 commentaires pour « Question de démocratie »
  • Damien
    Le 15 Mai 2009 à 19 h 41 min
    Monsieur Juppé,

    J'ai lu avec intérêt votre message, ainsi que le commentaire que vous livre C.L. Permettez-moi de vous livrer mon analyse d'une situation qui me touche de près, étant un ancien étudiant de Bordeaux 3, diplômé d'un master 2 d'histoire médiévale, et candidat au CAPES d'Histoire-géographie.

    La pratique du blocage de l'université est quelque chose que je désapprouve, pour deux raisons au moins : elle est contraire au principe de la démocratie, en prenant en otage une majorité d'étudiants d'une part ; et, elle conduit les étudiants à se tirer une balle dans le pied en provoquant la non-délivrance de diplômes, ou encore la délivrance de diplômes dévalués (je ne sais pas ce qui est pire, entre les deux !).
    La différence qu'il y a avec les mouvements qui m'ont "touché" en tant qu'étudiant (CPE, LRU), c'est que les mouvements ne s'étaient pas poursuivis au delà de mars ou avril, et ne mettaient donc pas en jeu la conclusion d'une année universitaire. Ce simple fait doit faire comprendre au gouvernement et à l'opinion publique que le mouvement actuel et bien plus profond et déterminé que les mouvements précédents, car il touche au fonctionnement même des universités, en particulier celles de sciences humaines, j'y reviendrai plus bas. La meilleure preuve de cette détermination est la mobilisation d'une très grande majorité des enseignants universitaires, qui contrairement à ce que l'on entend parfois, ne sont pas les premiers à battre le pavé (c'est plutôt le fait des étudiants). Certains d'entre eux, plutôt à droite (j'en ai certains en tête, dont je tairai le nom) n'avaient même jamais manifestés jusqu'alors. Pourtant, face à cela, le gouvernement s'est muré dans un autisme étonnant, refusant d'entendre ce qui était dit par ces intellectuels de terrain (car contrairement à ce que vous écrivez, Monsieur le Premier-ministre, le gouvernement n'a quasiment rien lâché, pariant sur ce qu'il y a de plus mauvais : le pourrissement de la situation et la radicalisation d'une frange).
    Il faut aussi que l'on se rende compte, et en particulier vous, Monsieur Juppé, dont la voix compte dans ce pays, que ce mouvement de l'université est, comme je l'ai laissé entendre plus haut, beaucoup plus profond, et antérieur au mois de février 2009.
    Le monde des Sciences humaines et social souffre depuis des années d'une conception qui prévaut dans notre société : cette idée qu'il y a les sciences utiles (les sciences "dures": maths, médecine...) d’un côté ; et les sciences "inutiles" (sciences humaines et sociales : Histoire, géo, philo, Lettres...) de l’autre, qu'un internaute du site du "point.fr" (http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-05-13/blocage-des-facs-comment-bordeaux-iii-tente-de-sauver-l-annee-universitaire/920/0/342982) a évoqué comme, je cite, des "branches à problèmes bourrés de bien-pensants". En clair, si une discipline n'est pas "rentable" économiquement ; on la juge inutile.
    Cette position est portée au plus haut niveau par le Président de la République qui, selon le livre de Bruno Lemaire, alors directeur de cabinet du Premier ministre Villepin, se gaussait dans sa berline ministérielle de Villepin, quand celui-ci lui citait les grands auteurs pour évoquer les crises qu'ils traversaient ; et dit à longueur de temps que ces disciplines ne servent à rien.
    Cette vision péjorative des sciences humaines et sociales se traduit dans le monde de la recherche, de l'université, et de la Culture/Patrimoine, par des suppressions constantes de postes, des baisses de crédits (et autres allocations), des suppressions de bourses (particulièrement pour les doctorants, qui sont pourtant la force vive de la recherche) et autres... La conséquence en est catastrophique pour de jeunes docteurs dynamiques, passionnés par ce qu’ils font, et qui se retrouvent sans perspective d’emplois. Cette état de fait étant connu des étudiants, nombre sont ceux qui comme, aspirent à mener une thèse et faire carrière dans ce monde passionnant, mais sont rebuté par cette absence de perspectives.
    A une plus large échelle, cette vision conduit à minimiser l’apport de la littérature, de l’histoire, de la géo, de la philo, et autres discipline, désormais devenues « ringardes ». En conséquence de quoi, on est dans une société qui ne lit plus, se gave de télévision (pour des programmes de divertissements plus que moyens dans la majorité des cas), et perd en esprit critique.
    Je voudrais, terminer ce commentaire (dont la longueur ne vous dissuadera pas, je l’espère, de le lire, et de le publier sur votre blog) mettre en garde : ces disciplines "inutiles" ont été portées jadis par Montesquieu, Montaigne, Sartre, Cambacérès, Diderot et tant d'autres Lumières. Ce sont elles qui nous ont contribués à forger toutes les valeurs qui sont les notre (humanisme, démocratie, progrès social, Droits de l’Homme, lutte contre l’esclavage – thème qui vous est cher, ...), en développant en nous un esprit critique qui est la vocation première d’une Université des « Humanités » pour reprendre le terme actuellement utilisé. Une démocratie est garantie par la capacité de la population à penser, réfléchir, et avoir l'esprit critique, pour remettre en cause les abus éventuels. Songez un instant à la Corée du Nord, Birmanie, et toutes ces autres dictatures, qui interdisent ou réduisent les Lettres, les Arts et l'instruction à leur plus simple expression, ferment ou détruisent la culture (Bouddhas de Bamian sous les Talibans, « génocide culturel ») pour mieux régner sur des masses populaires que l’ignorance a affaibli. Ce sont aussi celles qui donnent aux sociétés qui les possèdent la garantie de l'Etat de droit, et du respect des libertés.
    En somme, les fragiliser, les mettre à bas, consciemment ou non, c'est menacer et fragiliser la démocratie, et notre République. Prenez l'exemple de Roberto Saviano, dont la Camorra essaie de salir l'image pour le discréditer en l'accusant de plagiat (avant probablement de l'abattre)....
    Non, les Sciences humaines ne sont pas des sciences inutiles, elles sont mêmes sans doute les plus fondamentales. Respectons les, Respectez-nous !
    Damien
  • C.L
    Le 13 Mai 2009 à 23 h 15 min
    Merci monsieur le maire d'apporter votre vision des choses.
    Ce qui est frappant et révoltant aussi, c'est la tournure et la gestion du conflit.

    Pour que vive la démocratie au sein de nos universités, faudrait-il encore que "voter" à la Fac ait un sens. Organiser un vote à bulletin secret uniquement en dernier recours... et surtout après 3-4 mois de grèves, d'attente, de stress... C'est ridicule.

    On peut exprimer ses attentes, ses désaccords, ses inquiétudes, mais en arriver à un tel dysfonctionnement, c'est une véritable catastrophe ! Ce temps perdu est irrécupérable.

    Nombreux sont les étudiants qui ont attendu chaque semaine un déblocage. Ils ont espéré une meilleure situation, ils ont imaginé pourvoir travailler en attendant avec des polycops, ils s’impatientaient de pouvoir enfin voter normalement et non pas à main levée sans vérification ni de l’identité ni de l’appartenance à la Fac... en vain !

    Malheureusement, depuis 3 ans, à la même période de l’année c'est toujours la même chose. Fac bloquée, cours annulés, examens reportés, profs désemparés, administration paralysée, démocratie bafouée, minorité écoutée...

    En attendant, les étudiants non bordelais payent leur loyer pour une rentabilité minimum, les étudiants s’ennuient et parfois dépriment, nos Erasmus se demandent bien ce qu’ils sont venus faire ici, les parents sont remontés... et tout ça coûte cher pour aucun enseignement.

    Quelle triste image pour la Fac, quel triste sort pour notre avenir.
    C.L

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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