Blog Notes d'Alain Juppé

Questions de crédibilité.

Publié le 15/01/2014 par Alain Juppé

J’ai préféré prendre un peu de recul avant de donner mon opinion sur la conférence de presse du Président de la République. La nuit porte souvent conseil.
Premier constat : tous les commentaires ce matin traitent d’abord de la situation conjugale du Président. C’est pitoyable. Tout citoyen, et même le premier, devrait avoir droit à la protection de sa vie privée. Mais je crains que F. Hollande n’en ait pas fini avec la pression médiatique. Les conséquences en seront dommageables pour son image et pour celle de la fonction présidentielle, y compris a l’étranger.
Sur le fond maintenant de son intervention, un deuxième constat s’impose : nous venons d’assister à une véritable révolution copernicienne dans la pensée présidentielle. En rupture avec les thèmes qu’il avait développés pendant sa campagne électorale il y a deux ans, et avec la politique économique et sociale mise en œuvre par son gouvernement depuis son élection, voici qu’il met l’entreprise privée au centre de sa stratégie de croissance et d’emploi. L’objectif devient l’allégement des charges qui pèsent sur la production et le desserrement du carcan des normes et réglementations qui étouffent l’initiative privée! Pourquoi bouder notre plaisir devant une conversion aussi spectaculaire au social-libéralisme? Conversion qui va jusqu’à choisir, parmi les priorités de réduction du fardeau des prélèvements obligatoires sur les entreprises, la suppression du financement de la politique familiale… c’est-à-dire exactement ce que la précédente majorité avait voté avec application au 1er octobre 2012. Trop tard sans doute et avec un mode de financement ( la TVA compétitivité) qui n’est pas retenu aujourd’hui. On ne peut néanmoins s’empêcher de penser : que de temps perdu!
Faut-il y croire?
Je me pose plusieurs questions:
– cette conversion sera-t-elle durable? Souvent Hollande varie… Si la mise en œuvre de ce  » plan  » se révèle difficile, ce qui est probable, n’assistera-t-on pas à un nouveau changement de cap? Or nos entreprises ont avant tout besoin de stabilité et de visibilité.
– Le Président disposera-t-il d’une majorité parlementaire et du soutien de son électorat pour appliquer une telle politique? On peut en douter quand on entend les divergences qui s’expriment déjà.
– Quel sera le mode d’emploi de ces orientations très générales? Le flou persiste. Comment s’articulera cette nouvelle baisse des charges et le CICE (crédit d’impôt compétitivité-emploi)? Puisqu’il n’est plus question d’augmenter d’autres impôts, ni de laisser filer les déficits, où va-t-on trouver les 35 milliards nécessaires? On nous parle de 50 milliards d’économies supplémentaires. Mais où? Dans les budgets des collectivités locales? Je ne suis pas sûr que la réduction du nombre des régions y suffise… si elle est acceptée. Dans la lutte contre la fraude sociale (autre conversion)? Les sommes en jeu ne sont pas à la hauteur du problème. Pour l’instant les seules annonces concrètes portent plutôt sur des dépenses nouvelles (dans l’éducation nationale par exemple). Quant à la création d’un conseil stratégique de la dépense, elle fait sourire: qu’est devenue la MAP (modernisation de l’action publique) qui devait succéder à la RGPP (revue générale des politiques publiques)?
Enfin, on voit déjà naître le conflit sur les contreparties : les syndicats veulent un encadrement strict que le MEDEF ne semble pas prêt à accepter.
– Quatrième question de crédibilité : ce nouveau discours et surtout les modalités de sa mise en œuvre par le Parlement et par les partenaires sociaux permettront-ils de recréer la confiance perdue des entrepreneurs et des investisseurs, condition sine qua non, selon le Président lui-même, de la reprise de l’activité et du recul du chômage? C’est là que tout se joue. On voit que tout reste à faire!

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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