Blog Notes d'Alain Juppé

Questions sur le Mali.

Publié le 26/01/2013 par Alain Juppé

On peut regarder l’intervention de la France au Mali par le petit bout de la lorgnette. On peut  y voir un « tournant du quinquennat », la transformation d’un Président réputé faible en un authentique chef de guerre, et se demander combien de points cela lui fera gagner dans les sondages. On peut montrer du doigt l’opposition, lui reprocher de ne pas manifester plus d’enthousiasme, gloser sur les nuances qu’apportent les uns ou les autres, spéculer sur l’avantage comparé que Copé ou Fillon tirera de la situation. Bref on peut faire de la politique à la petite semaine, dans une circonstance où la gravité s’impose.

Des milliers de soldats français sont en opération sur le terrain. Nos aviateurs accomplissent de nombreuses missions de bombardement. Tous risquent leur vie pour nous défendre. Nous leur devons le soutien sans faille de la communauté nationale. 

Les terroristes contre lesquels ils se battent constituent une menace grave pour le Mali tout entier auquel ils veulent imposer un régime d’obscurantisme; on a vu les effets de leur  violence barbare dans les villes qu’ils ont prises. Ils menacent l’ensemble de la sous-région qu’ils prétendent transformer en un califat d’un autre âge. Ils menacent l’Europe qu’ils veulent déstabiliser par leur propagande, leurs trafics criminels, leurs attentats.

Il fallait donc les arrêter et c’est pourquoi, dès le début, j’ai estimé que l’intervention française était justifiée. Je n’ai pas changé d’avis. Cette intervention  répondait à un appel des autorités maliennes et se situait dans le cadre de la légalité internationale tel que l’ont défini les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elle a reçu un soutien quasiment unanime de la communauté internationale.

Mais, cela dit, faut-il considérer qu’elle ne soulève aucune question et qu’en tout cas, nous devrions nous interdire d’en poser aucune, au nom de l’unité nationale? Ce serait une curieuse conception du fonctionnement de notre démocratie. Quand la France, avec ses alliés au premier rang desquels la Grande-Bretagne, est intervenue en Libye, le parti socialiste, alors dans l’opposition, a approuvé cette décision. Mais, tout au long de l’opération, il ne s’est pas privé d’exercer son droit de questionnement. J’étais alors ministre des affaires étrangères et j’ai le souvenir précis des échanges que nous avions dans les commissions parlementaires concernées de l’Assemblée Nationale et du Sénat. Il me fallait régulièrement répondre à l’inquiétude des députés et sénateurs devant ce que beaucoup redoutaient comme un risque d’enlisement. De même, à la Défense, j’ai rendu compte dans le détail des conditions dans lesquelles s’était déroulée la tentative de libération de nos deux compatriotes pris en otage au Niger. Et les questions étaient nombreuses. Il était normal de les poser et d’y répondre.

Nous avons aujourd’hui le même droit, et j’ajouterai le même devoir de questionnement. Il ne s’agit pas de contrarier l’initiative qui a été prise, en tout cas pas dans mon esprit, mais de clarifier les conditions de sa réussite.

Et d’abord, que se passe-t-il à Bamako? On sait que les conséquences du coup d’Etat qui a renversé le président du Mali en exercice l’an dernier n’ont pas été surmontées. L’autorité est diluée entre des militaires qui ne sont pas tous rentrés dans le rang, un pouvoir présidentiel provisoire, un gouvernement instable… Où en est la médiation conduite par le CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) pour contribuer à rétablir l’ordre constitutionnel? Quelle part y prend la France? De quels interlocuteurs peut-on obtenir que les exactions apparemment perpétrées par des troupes maliennes dans les villes reconquises soient punies et stoppées?

Où en est concrètement le déploiement de la force africaine dont la présence est indispensable, tant pour des raisons politiques qu’opérationnelles, dans l’entreprise de reconquête du Nord Mali? Tant qu’il s’est agi d’arrêter par des frappes aériennes, l’attaque des colonnes terroristes en direction du sud et de Bamako, on comprenait que la  France prenne l’initiative. Mais, très vite, l’enchaînement nous a conduit sur le terrain. Dès lors, nous ne pouvons pas rester seuls. Comment les contingents africains sont-ils entraînés, équipés, transportés, encadrés et quelles sont les missions qui leur sont données en articulation avec les troupes françaises?

Que fait concrètement l’Europe, ou du moins que font nos partenaires européens qui ont les moyens de nous aider? Une mission  dénommée EUTM Mali a été décidée pour aider à la formation de l’armée malienne. Elle est placée sous l’autorité du général français François Lecointre. Quels sont ses moyens? Quel est son calendrier? Ne serait-il pas utile qu’au delà du rôle de la responsable de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, une rencontre au sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement donne les impulsions nécessaires?

Parallèlement à l’intervention militaire, que se passe-t-il sur le plan politique? Les groupes que nous combattons ne sont pas homogènes. Certains terroristes sont étrangers à la sous-région. Les touaregs sont, évidemment, présents dans toute la bande sahélienne. Beaucoup d’entre eux se battent, depuis des décennies, non pour imposer la charia mais pour faire valoir leurs droits. Nous avons affirmé notre détermination à garantir l’intégrité territoriale du Mali et c’est un principe fondamental. Mais dans ce cadre, des solutions de décentralisation poussée, voire d’autonomie sont envisageables. L’un des trois groupes qui occupent le Nord Mali, Ansar Dine, vient de se scinder en deux. La fraction qui a pris le nom de Mouvement Islamique de l’Azawad appelle à une solution politique et se dit prête au dialogue. Qu’en pensons-nous? Comment réagissons–nous?

Enfin, le risque de voir se fissurer le consensus international autour de l’intervention française existe. Les Frères Musulmans au pouvoir au Caire ou à Tunis ont commencé à faire entendre des critiques, voire à exprimer une opposition. De même au Qatar. Quelles sont les actions que mène la diplomatie française pour y parer?

 Ces questions ne sont ni des critiques ni des objections. Ma volonté d’y voir clair vient seulement de ma sincère espérance de notre succès.

 

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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