Blog Notes d'Alain Juppé

Raison garder?

Publié le 27/10/2008 par Alain Juppé

Nous sommes tous assommés par la brutalité et l’ampleur de la crise qui bouleverse la planète.
Face à ce qui ressemble fort au chaos, peut-on réagir avec mesure? Il faut beaucoup de sang-froid pour ne pas céder à la tentation des explications péremptoires et des réquisitoires sans appel.

Est-ce la fin du capitalisme, du libéralisme, de l’économie de marché?
Dit comme cela, je ne le crois pas. Le libéralisme, c’est-à-dire, si l’on en revient au sens premier du mot, la conviction que la liberté vaut mieux que l’oppression, aussi bien sur le plan moral et politique que sur le plan économique et social, reste pour beaucoup d’entre nous la valeur de référence. Et l’on n’a pas trouvé meilleur mode d’organisation de la production pour créer des richesses que la libre entreprise.


Ce qui est en cause aujourd’hui, c’est la perversion du capitalisme, du libéralisme, de l’économie de marché que constitue l’ économie qu’il faut bien appeler « irréelle » (puisqu’on l’oppose à l’économie « réelle »!) qui fait de l’argent avec de l’argent. Reconnaissons que nous avons tous été peu ou prou fascinés par ces « golden boys » qui accumulaient à la vitesse de la lumière des salaires ou des patrimoines énormes en inventant des « produits financiers » impénétrables au commun des mortels.
C’est cette perversion qu’il faut faire cesser, en imposant des règles et des contrôles. Il n’y a pas de liberté vivable sans code de bonne conduite.

La crise marque-t-elle l’effacement durable de la puissance américaine? Ici encore, essayons de raison garder.
Depuis longtemps, de nombreux économistes mettent en garde les Etats-Unis contre l’accumulation de leurs doubles déficits (budgétaire et commercial). C’est un facteur de fragilité dont on mesure aujourd’hui le caractère potentiellement explosif. Mais les Etats-Unis ont toujours les moyens de se maintenir au premier rang de la puissance économique, scientifique, militaire. Ce qui est vrai, c’est qu’ils vont devoir partager cette puissance avec d’autres pôles émergents, eux aussi secoués par la crise, eux aussi fragiles mais qui seront des acteurs majeurs de la scène mondiale. L’Europe sera-t-elle l’un de ces acteurs? C’est le défi que nous avons à relever collectivement.

La crise sonnerait enfin le retour en force de l’Etat.
Certes, mais l’Etat avait-il jamais disparu du jeu? Y compris aux Etats-Unis, pays qui pratique depuis toujours l’interventionnisme et le protectionnisme quand cela l’arrange. Dernier exemple en date: l’annulation de la colossale commande d’avions ravitailleurs passée par le Pentagone à Airbus. La justice américaine a été saisie, a annulé le marché et rendu à Boeing toutes ses chances.

Au delà de la crise, ce qui nous attend, ce sont de profondes mutations
planétaires: déplacement du centre de gravité de la richesse, de la puissance et même des valeurs; transferts massifs de ressources entre pays consommateurs et pays producteurs d’énergie fossile et de matières premières non renouvelables; nécessaire révolution verte de nos habitudes de production et de consommation.
Sans gouvernance européenne et mondiale, il serait beaucoup plus difficile d’y faire face.

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2 commentaires pour « Raison garder? »
  • Nestor
    Le 11 Janvier 2009 à 10 h 46 min
    Pourquoi les banques ne vendent-elles pas leurs immeubles somptueux de la Défense et d'ailleurs au lieu de venir toquer à la porte d'un état soi-disant en faillite ? Cela ne serait-il pas le minimum à exiger d'entreprises libérales ?
    Nestor
  • Alain Chaillet
    Le 31 Décembre 2008 à 02 h 51 min
    La liberté sans règles c'est, comme l'a montré Thomas Hobbes, la loi de la jungle. D'un autre coté, la régulation c'est comme le cancer: cela finit par s'étendre sur tout l'organisme et par étouffer la liberté qu'elle souhaitait protéger. Qu'avons-nous entre les deux? l'Etat souverain qui ne vaut que ce que valent les hommes qui le dirigent. Autant dire que le pendule n'a pas fini de balancer entre la loi de la jungle et le goulag. Espérons qu'il ne passera pas trop vite quand il se trouvera au milieu!
    Alain Chaillet

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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