Blog Notes d'Alain Juppé

Raymond Aron

Publié le 07/03/2005 par Alain Juppé

A l’occasion du centenaire de sa naissance, A.G. Slama -et d’autres – rendent hommage à Raymond Aron dans les colonnes du Figaro d’aujourd’hui.
Je retrouve dans ces lignes les mots qui me viennent à l’esprit quand je pense à R. Aron : intelligence, lucidité, amour de la raison, amour de la liberté…

On m’a souvent demandé quels avaient été mes « maîtres à penser » . Je citerai sans aucun doute Aron en tête de liste.
Je retrouve dans ma bibliothèque un petit livre qu’il a publié en 1968 et intitulé: « La révolution introuvable, réflexions sur la révolution de mai ».
Comme le souligne son éditeur (Fayard), « pendant ces semaines de mai où la crise atteignait son paroxysme, R. Aron a été le seul à garder la tête froide. »
La lucidité pousse parfois au pessimisme. Il est malgré tout utile de relire quelques phrases de la conclusion de « La révolution introuvable »:
« Un Souverain qui veut changer par décret les moeurs et obliger tous les Français – sauf lui – au dialogue; une intelligentsia, partagée entre l’hermétisme, le maoïsme et le culte de la violence; un gouvernement de fonctionnaires, capable d’obéissance et de commandement mais non d’art politique; un Parti communiste, resté intérieurement stalinien, aux prises avec des factions révolutionnaires et soucieux de maintenir ses positions dans les syndicats et les administrations; une Université déchirée entre le P.S.U. et autres révolutionnaires, les communistes et les défenseurs de la tradition libérale, ces derniers peut-être les plus nombreux mais les moins organisés et presque désavoués par les pouvoirs publics; une foule d’étudiants dans les facultés des lettres, pas assez d’ingénieurs et de savants; le gauchisme devenu le conformisme commun aux victimes et aux bénéficiaires du progrès économique : qui ne reconnaîtrait dans ce tableau véridique un pays qui recule devant la modernité et, aspirant à l’impossible, se condamne lui-même au sous développement, dont le révolutionnarisme encore verbal et peut-être effectif redevient le point d’honneur spirituel?

Dur, dur. Les temps ont changé. Mais ça peut encore servir!
07/03/05

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3 commentaires pour « Raymond Aron »
  • pascal niffoi
    Le 28 Mars 2005 à 21 h 05 min
    Bonsoir monsieur Juppé,

    ravi de voir que Aron était un de vos "maîtres à penser" et ravi également de partager cette petite réflexion avec vous.

    Au delà de Raymond Aron, on a eu récemment une émission sur les 100 plus grands français de tous les temps, classement élaboré par les français eux-mêmes.
    On y trouve David Douillet et Jean Ferrat, Dalida et Francis Cabrel. On trouve aussi Drucker, Gainsbourg, Jospin ou Reggiani.

    Bravo les gars. On se demande pourquoi Jospin, un des plus grand français de tous les temps, n’a pas été élu à la Présidence de la République. On est vraiment idiots.

    Aujourd’hui, un animateur de télé a donc plus d’importance pour le pays qu’un prix Nobel.
    On a Drucker mais on n’a pas De Broglie ou Kasler. J’ai été intéressé d’apprendre que Dalida a plus apporté au pays que Saint Vincent de Paul, que Renaud est plus « grand » que Poincaré.

    C’est vrai que le dernier grand savant universel, qui a été le dernier génie à maîtriser toutes les mathématiques de son temps, n’est pas un héros puisqu’il n'est pas revenu de 10 ans de galère dans l'alcool.

    On ne trouve ni Blaise Pascal ni Pierre de Fermat, ni Richelieu, ni Louis IX, ni Hugues Capet ni Clovis. On trouve Zola mais pas Albert de Mun, Jules Ferry mais pas François de Sales.

    On trouve Jean-Paul Sartre mais pas Raymond Aron. Gilbert Bécaud est plus important que le Maréchal Leclerc. Robespierre, le boucher de la Révolution Française, figure en bonne place.

    Cherchez bien, on ne trouve pas non plus Descartes, Proust ou Tocqueville et tant d'autres qui ont fait la France.

    Il est grand temps de voter la loi Fillon (ouf!, c'est fait) parce que, en matière de socle commun, je n'ai rien à voir avec ces élèves et leur abrutis de parents qui ont fait ce classement.

    Please, revenez sur le devant de la scène politique, on a besoin de vous...

    Des bises / Pascal
    pascal niffoi
  • Philippe Auriol
    Le 07 Mars 2005 à 17 h 05 min
    Je cherche une raison pour aller voter lors du référendum en vue de l'adoption de la constitution Européenne.

    Hier encore, je me disais que cette constitution hybride, mal fichue, négociée était un moindre mal.

    Aujourd'hui, nos représentants Européens ont montré qu'il était impossible de leur demander à EUX de :
    -Respecter les lois et réglements qu'ils votent
    -Tenir compte de l'avis de leurs concitoyens
    -Avoir une vision stratégique de l'avenir et non de céder au lobbying des groupes Américains.

    C'est l'adoption suivante (http://wiki.ffii.org/Cons050307Fr ) qui m'amène à me dire aujourd'hui que décidément, non, je ne veux pas d'une Europe comme celle-là.

    Je rêve d'une Europe ambitieuse, libre et collaborative : pas d'un clone des Etats-Unis soumis à ce dernier.

    Avez vous quelques arguments pour nous permettre de croire encore à la politique?
    Philippe Auriol
  • roland jondeau
    Le 07 Mars 2005 à 15 h 23 min
    Raymond Aron a été mon maître à Sciences Po et à la Sorbonne. Je l'ai beaucoup apprécié. Peut-être même, ais-je été, à l'époque, un peu amoureux de sa fille Dominique, qui tient une grande place dans ses mémoires. Sa pensée avait une grande acuité.
    Mais...Mai 68 est ce à quoi il n'a rien compris. Absolument rien. Comme le général de Gaulle. Le phénomène ne trouvait pas de place dans ses catégories. Ce que j'en sais tient à ma propre expérience. Sans hostilité ni sympathie particulière, mais mu par le démon de la curiosité qui me possède, j'avais suspendu mon activité professionnelle pour élire domicile à la Sorbonne afin de saisir et de comprendre "ce qui se passait" réellement, et même expérimenter pour confirmer quelques hypothèses, quand c'était possible.
    Ce qui se passait n'avait absolument rien à voir avec ce qu'on en a dit depuis. Le seul qui ait pubié quelques propos pertinents à ce sujet est Didier Anzieu.
    roland jondeau

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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