Blog Notes d'Alain Juppé

Réformer, pour quoi faire?

Publié le 01/10/2008 par Alain Juppé

Donner du sens aux réformes… facile à dire, pas facile à faire, j’en conviens.

Choisir des priorités est un exercice forcément réducteur. Je prends toutefois le risque de m’y essayer.

L’une des premières priorités pour la France, c’est de restaurer sa compétitivité.
Mot barbare. Il fait peur. Il est même rejeté par beaucoup.
Mais il nous ramène à cette vérité simple: pour créer des emplois, pour réduire nos déficits publics, il nous faut reprendre le chemin de la croissance. Et la croissance dépend en grande partie de notre capacité à rivaliser à armes égales avec nos principaux concurrents.
Or la compétitivité de la France se dégrade. Il y a un chiffre qui ne trompe pas: celui de notre déficit commercial. Depuis plusieurs années, il ne cesse de se creuser. Nous perdons des parts de marché à l’exportation et nous importons de plus en plus de biens fabriqués à l’extérieur. L’euro ne doit pas être le bouc émissaire de nos difficultés. Comme le note justement Jean Peyrelevade dans son dernier livre, « notre déficit le plus important, près de la moitié du total, est avec l’Allemagne. » Or l’Allemagne a la même monnaie que nous.

Le remède qu’on met généralement en avant, c’est la baisse des charges.
Le poids des charges qui handicapent tous ceux qui travaillent, entreprennent, créent dans notre pays est un vrai problème. Les gouvernements successifs ont essayé de les alléger. La ristourne Balladur/Juppé des années 1993/1997 y a contribué efficacement: l’INSEE estime qu’elle a directement favorisé la création de 400 000 emplois.
Mais ce n’est pas la panacée!
Car les charges sociales ont une contrepartie: les prestations que nos régimes de protection sociale (retraite, maladie, famille) versent aux Français. Ces régimes constituent l’un des piliers fondamentaux du pacte républicain. On peut certes améliorer leurs performances et y combattre les gaspillages. Mais il ne viendrait à l’idée de personne de les remettre en cause: dans un monde de plus en plus chaotique, ils sont la meilleure expression de la solidarité nationale.
Alors, quelle autre piste explorer?
A mes yeux, la plus prometteuse est tout simplement celle du travail.
Nous ne serons vraiment compétitifs dans un monde en permanente mutation que si nous travaillons au moins autant et, si possible, mieux que nos principaux concurrents.
Quantité de travail d’abord.
On pense immédiatement aux 35heures. Le problème aujourd’hui est en grande partie réglé grâce aux assouplissements de la législation et à la place accrue donnée au dialogue social. Et ce n’est peut-être pas l’essentiel.
Plus préoccupant est le fait que nous travaillons moins que les autres sur la durée de notre vie active: le pays développé (OCDE) où la génération des 55/64 ans a le taux d’activité le plus faible, c’est la France. Ce n’est pas sain économiquement et ce n’est pas digne humainement. Toutes les mesures que prend le gouvernement pour encourager le travail des « seniors » vont dans le bon sens.

Qualité du travail en second lieu. Quand ils sont bien formés, et quand ils ont des conditions de travail qui les motivent vraiment, les travailleurs français sont parmi les plus performants, les plus productifs du monde. Education et formation, motivation et participation sont les mamelles de la compétitivité.
Quitte à bâtir un être multi-mamelles, j’ajouterai évidemment: innovation, recherche, puissance universitaire.

Les blogs les plus courts sont les blogs les meilleurs. Je ne développerai pas davantage.

J’ajoute juste ma deuxième priorité: changer de modèle de croissance.
Passer de la croissance « ancienne mode, façon XIXème/XXème siècles », qui consomme beaucoup d’énergie et de matières premières non renouvelables, à une nouvelle croissance, la « croissance écologique », économe en énergie et en ressources rares, mais capable de tirer profit de toutes les opportunités nouvelles qu’offre le développement durable.
Si vous le voulez, on en reparlera.

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18 commentaires pour « Réformer, pour quoi faire? »
  • Jenny et Jean Ducasse
    Le 31 Décembre 2008 à 18 h 45 min
    Bravo pour cette présentation nouvelle et moderne de votre blog.
    Meilleurs voeux pour vous et votre famille,Bordeaux est devenue d'une beauté renversante:Merci mille fois
    Jenny et Jean Ducasse
  • Joël SOLARI
    Le 28 Décembre 2008 à 14 h 12 min
    Alain,

    Ce blog avait besoin d'un nouveau visage et c'est très réussi !

    Tous mes voeux !!!

    Joël
    Joël SOLARI
  • octavie
    Le 26 Décembre 2008 à 15 h 25 min
    Cher Alain Juppe,
    Bonne analyse. Lire votre vision, pensée, pésée au coin du bon sens, sans passion, lucide, tout vcela donne à espérer en cette période si dure pour tous. Bonnes fetes tous mes voeux pour 2009 pour vous memee et votre famille. on reparlera de tout cela.
    octavie
  • VALERIE
    Le 26 Décembre 2008 à 09 h 32 min
    c'est trés encourageant de cet acte d 'humanite de ce soutien au social chretien face à la crise je me suis tournée vers ce sens de la vie il y a quelques années et je crois face au vide il y a des valeurs auxquelles il faut s 'accrocher
    bonnes fètes de fin d 'année c est un trés beau cadeau
    VALERIE
  • VALERIE
    Le 26 Décembre 2008 à 09 h 25 min
    Félicitations pour votre nouvelle présentation joyeux noêl
    VALERIE
  • Professore
    Le 25 Décembre 2008 à 17 h 25 min
    Joyeux Noël et bon 2009 à vous et à votre famille. Merci pour le très bel entretien dans le journal Le Monde et pour l'affirmation de vos valeurs. Revenez plus souvent dans le débat national.
    Professore
  • Clo
    Le 25 Décembre 2008 à 03 h 41 min
    Bravo pour cette nouvelle présentation, tout en couleur. Bien réussie, bien vivante, j'aime bcq !

    Passez de bonnes fêtes,
    Au plaisir de vous croiser en 2009.
    Clo
  • Alain Lefebvre
    Le 24 Décembre 2008 à 19 h 59 min
    Je viens de découvrir la nouvelle présentation de votre blog.
    Bravo, c'est réussi et agréable à l'oeil !
    Joyeux Noël
    Alain Lefebvre
  • Gérard DENIS
    Le 06 Octobre 2008 à 12 h 03 min
    La crise existe depuis 10 ans, tout le monde le savait. Les américains ont sabordé le système financier et ont entrainé toute l'économie et le finance dans un bateau qui coule à grande vitesse.
    Quand les politiques vont arrêter de nous raconter des histoires. Assemblée, Sénat, Régions, Département, Communautés urbaines pour quel coût? Les politiques sont des salariés privilégiés, à gauche comme à droite. Je suis de droite, mais quelle misère!!
    Gérard DENIS
  • Bertrand LV
    Le 03 Octobre 2008 à 23 h 58 min
    Alain, voici peut-être la synthèse économico-sociale que les Français ont longtemps attendue, et ont commencé à désespérer de voir arriver. Bon courage, vos idées et la France ont rendez-vous.
    Bertrand LV
  • jp jpb
    Le 03 Octobre 2008 à 23 h 37 min
    il n'y a pas 50 priorités
    il y en a deux :
    - désendetter massivement la sphère publique
    - appliquer le principe de l'équilibre à tous les budgets de la dernière commune au régimes sociaux
    le temps de travail n'est qu'un moyen parmi d'autre
    jp jpb
  • MIGUEL moreno
    Le 03 Octobre 2008 à 21 h 46 min
    sympa mais rien de radicalemnt visionnaire mon cher alain.
    pardon de vous bleser,peut être mais je crains que ce ne soit un peu court jeune homme.
    MIGUEL moreno
  • cyrille bodolec
    Le 03 Octobre 2008 à 19 h 40 min
    un peu vite traité la seconde priorité n'est-il pas ? mais pour les décideurs et possédants, cela doit faire encore plus peur que la crie financière. j'espère votre timidité stratégique.
    en troisième priorité, vous avez sans doute déjà en magasin, car elle découle de la seconde, un urgent travail de sensibilisation à la nécessité de changer de valeurs, la consommation effrénée n'apportant aucune réponse à notre quête éperdu du bonheur, pour ne pas dire qu'elle est en fait un poison.
    cyrille bodolec
  • Jacques Colomès
    Le 02 Octobre 2008 à 22 h 36 min
    Changer de modèle de croissance, dont vous nous reparlerez, est certainement la vraie dynamique. Il ne sert à rien de combattre la "Chinindia" fonctionnant selon nos concepts de XXème sièce valables avec les paramètres économiques et sociaux de cette époque et qu'ils vivent eux actuellement! Nous devons nous démarquer avec la maîtrise de nos intrants énergétiques et industriels, une nouvelle stratégie de développement durable, la maîtrise de la demande d'électricité qui nous porte actuellement et qui finira aussi par montrer ses limites, un modèle d'urbanisation recentré sur les pôles fondamentaux d'habitat, transport, culture, ..., et non sur le superflu et l'inatteignable. Je suis sûr que, de cela, vous nous en reparlerez car il y a plus d'humanisme dans une Société reprenant ces valeurs et qu'en plus cela peut se transporter dans d'autres pays sans effets pervers comme ceux que nous vivons actuellement avec l'hypercapitalisme!
    Jacques Colomès
  • philippe ( Bordeaux)
    Le 02 Octobre 2008 à 17 h 10 min
    Depuis la fin de la dernière guerre, la durée effective de travail, comme prise en tenaille, n’a cessé de décroître. Le prolongement des études, et donc une entrée dans la vie active plus tardive d'un coté, l'abaissement de l’âge pour faire valoir ses droits à la retraite de l'autre : le nombre des cotisants s'est réduit de façon sensible toute proportion gardée. Si l’on ajoute à cela une meilleure espérance de vie, donc des retraites versées plus longtemps, ainsi qu'une légitime amélioration de la prise en charge des soins, on comprend bien certaines difficultés.

    On nous a présenté la loi sur les trente-cinq heures à la fois comme un progrès social et une mesure équitable fondée sur le postulat fallacieux que le travail, étant un bien rare, il fallait le partager. A mon humble sens, le travail, toutes précautions à prendre, n’est pas synonyme d’asservissement. De plus, produire, c’est créer de la richesse, donc de la demande, donc de l’offre, et donc encore et au final, du travail. Alfred Sauvy a brillamment expliqué cela, et sa thèse ne manque pas chaque année de faire l’objet de conférences ou de débats à l’ENA*.

    Beaucoup de choses sont donc à remettre à plat aujourd’hui. Cela, comme vous nous l'expliquez, avec cette contrainte nouvelle que la production et ses différents modes doivent être repensés, les façons de vivre et de consommer de chacun réorientées afin de prendre mieux en compte notre environnement et le respect qui lui est dû, cela de façon durable…

    Contrainte pour la France, oui peut-être. Mais ce peut-être aussi une chance…

    C’est une chance !




    * Martine Aubry était excusée ce jour-là pour cause de rhume. Sans doute le rhume le plus cher que l’histoire de la Sécurité Sociale a eu à connaître.



    philippe ( Bordeaux)
  • Faure M.Jacqueline
    Le 02 Octobre 2008 à 11 h 10 min
    bonjour Monsieur Juppé
    Quel plaisir de vous lire à nouveau plus souvent..
    Vous avez certes raison d'aborder la croissance , seule issue possible....
    En tenant compte de mon expérience (j'ai travaillé 6 ans en Allemagne et 14 ans en Suisse) je considère que l'un des problèmes de la compétitivité de la France ,c'est la mauvaise ou la non- formation des cadres moyens et des(petits )chefs ....Nos grands patrons sont reconnus et appréciés.
    mais au quotidien qui représente l'entreprise , le patron?
    il y a réel manque de dialogue , de formation ,de "management", de compréhension du rôle et des attentes .
    Autre différence en Allemagne le patron s'appelle "Arbeitsgeber" celui qui donne du travail , celui que l'on respecte donc.....une perception bien différente de la nôtre
    c'est un pays de consensus ,l'intérêt du groupe prime toujours avant celui de l'individu....
    il reste bien du chemin à parcourir....
    bonne journée,

    Faure M.Jacqueline
  • sebastien Dazy
    Le 02 Octobre 2008 à 00 h 44 min
    Cher Monsieur Juppé,
    avec tout mon respect, je suis un jeune chercheur expatrié, puis rapatrié et après de grave ennui de santé maintenant au chomage (si vous avez un job je suis preneur).
    L'innovation ne crée pas la croissance. C'est en favorisant massivement les crédits à l'investissement des entreprises et donc en rénovant les infrastructures productives qu'il sera possible alors d'y apporter de l'innovation et de retrouver une compétitivité internationale. Est ce que passer de plus en plus de temps à remplir des formulaires administratifs vous rend plus compétitifs et plus innovateurs ? J'en doute fort. Je ne sais pas si c'est possible mais je suis intimement convaincu que cette relance du crédit à l'investissement doit se faire au sein d'un espace économique de la francophonie encore à inventer afin que cette notion de justice sociale et de paix sociale entre les pays du nord et du sud puisse se développer et se maintenir pour que vive la france humaine de demain.
    Meilleures salutations
    Dr Sébastien Dazy
    sebastien Dazy
  • Didier CRUSE
    Le 01 Octobre 2008 à 18 h 02 min
    D'abord bravo pour reprendre le blog qui s'était (?) un peu essoufflé.
    Ensuite pour le thème choisi central où il faut être pédagogue et perseverant, mais la reforme n'est pas aussi un effort permanent plutôt que le coup de collier.
    Enfin la nouvelle croissance econome, frugale.... Un seul exemple : les transports : faire de Bordeaux un pole d'excellence ; il y a tout à Bordeaux : Delmas, Henry à l'université, Fossard chez Accus Services, l'experience de la CUB , Lucas et Mobil'Eco etc... : il faut un peu d'organisation et un "coach" (le maire ?)et Bordeaux deviendra vite exemplaire....
    Didier CRUSE

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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