Blog Notes d'Alain Juppé

Reniements en chaîne

Publié le 04/10/2012 par Alain Juppé

La vitesse et l’ampleur de la volte-face du pouvoir socialiste par rapport aux engagements de F. Hollande pendant sa campagne électorale sont stupéfiantes. Il semble d’ailleurs, à en juger par la chute du Président et du Premier Ministre dans les sondages, que les Français n’en reviennent pas.

Les exemples sont nombreux. Je n’en donnerai que deux:

– D’abord le traité européen sur la stabilité, la coopération et la gouvernance (TSCG). M.Hollande s’était solennellement engagé à le renégocier. Or le texte qu’il demande au Parlement de ratifier aujourd’hui est à la virgule près le même que celui que Nicolas Sarkozy avait signé en mars dernier, avec 24 autres chefs d’Etat et de gouvernement. Et qu’on ne nous dise pas que le nouveau Président français a remporté une grande victoire en « finalisant » la négociation du Pacte pour la croissance. Ce texte était dans les tuyaux depuis plusieurs mois, à l’initiative de N. Sarkozy et d’A. Merkel notamment; il ne change rien aux règles de stabilité budgétaires qu’instaure le traité TSCG. On peut comprendre qu’une partie de la majorité se sente flouée. J’espère que les parlementaires UMP seront constants et voteront le texte qu’ils auraient voté si N. Sarkozy le leur avait proposé. Il en va de la stabilité de la zone euro et donc du redressement de notre économie.

– Deuxième exemple : la compétitivité de nos entreprises. Pendant toute la campagne électorale, et ici même sur ce blog, je n’ai cessé de dire que c’était le problème central de l’économie française et donc l’enjeu prioritaire de toute politique en faveur de l’emploi et de la croissance. On avait alors le sentiment que ce mot était tabou à gauche. On le prononçait à peine, et , quand on le faisait, c’était pour ajouter que le coût du travail n’était pas l’explication la plus pertinente. Et voici qu’aujourd’hui on nous annonce un « choc de compétitivité » de plusieurs dizaines de milliards d’euros; il consisterait à transférer une partie importante des charges sociales qui pèsent sur le travail vers un autre prélèvement obligatoire qui concernera forcément les ménages. Merci MM. Rocard, Gallois, Chérèque et quelques autres d’avoir ouvert les yeux de nos dirigeants politiques.

Vers quel impôt se fera ce transfert? C’est encore un mystère… ce qui contribue à entretenir l’attentisme et la défiance de nos entreprises au moment où elles ont absolument besoin de visibilité et de stabilité. J’ai expliqué dans mon dernier blog (Eloge de la TVA) ce que je pensais. Je n’y reviens pas. Un mot cependant: j’ai pris connaissance d’un papier du Monde intitulé « Les approximations de M. Juppé ». Il m’a fait sourire. Car les approximations de mon « approximateur » étaient drôles. Sur la question de « l’ardoise » prétendument laissé par le précédent gouvernement, j’ai relu le rapport de la Cour des Comptes qui est clair: il n’y a pas eu d’ardoise. Mon « approximateur » mentionne le chiffre de 1,5 md d’euros pour ajouter:  » Comparé aux 294 mds de dépenses budgétées, cela ne pèse pas grand-chose ». OK. Plutôt drôle… et en tout cas un peu court pour expliquer nos difficultés actuelles par « l’héritage »!

Sur la question de l’impact d’une hausse de la TVA sur les prix, mon contradicteur commence par affirmer que ce qu’a fait mon gouvernement en 1995 n’est pas probant car, à l’époque, la hausse de la TVA aurait servi à combler le déficit et non à alléger les charges sociales. Ignorance ou oubli? C’est faire peu de cas de ce qu’on a appelé la ristourne Balladur-Juppé dont l’effet sur la croissance et l’emploi a été très bénéfique… le gouvernement Jospin en sait quelque chose. Mais peu importe. L’auteur de l’article du Monde chiffre à 0,6 point l’impact sur les prix du relèvement de 2 points de la TVA décidé à l’époque (inflation 94 :1,5%; 95: 2,1%.) CQFD. Merci. Je reconnais que l’exemple allemand est moins probant mais va dans le même sens. Enfin je ne crois pas avoir écrit que la TVA-compétitivité faisait l’unanimité des économistes. Ce serait une première! J’ai seulement écrit que la TVA, impôt inventé par un Français, avait fait le tour du monde fiscal, qu’elle avait été adoptée dans une quarantaine de pays, dont tous les pays de l’Union Européenne.

De toute façon, je prends rendez-vous, y compris avec le spécialiste en approximations: il y aura de la TVA-compétitivité dans le cocktail fiscal que nous prépare le gouvernement. On rétablira en tout ou partie l’excellente mesure prise sous Sarkozy et Fillon, que le nouveau gouvernement s’est hélas! empressé de supprimer. Je le concède: il tient parfois ses promesses, surtout quand elles sont mauvaises.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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