Blog Notes d'Alain Juppé

Rêve européen , pas mort ?

Publié le 07/06/2005 par Alain Juppé

Certains d’entre vous me demandent quelle est mon opinion sur le nouveau gouvernement.
Je veux rester fidèle à ma ligne : m’abstenir de tout commentaire, pendant de longs mois encore, sur l’actualité gouvernementale et parlementaire, « politicienne » comme on dit, bien que je n’aime pas ce mot.
J’ai du mal. Je me fais encore parfois piéger. Et je reste admiratif devant la capacité d’affabulation d’une certaine presse sur ce que j’aurais dit ou fait, sur qui j’aurais rencontré ou contacté au téléphone… J’aurais quelques exemples savoureux d’invention pure et simple à donner. Mais ne serait-ce pas tomber à nouveau dans le piège?

En revanche, j’ai bien l’intention de continuer à exprimer ici ce que je pense ou ressens sur les questions de fond.
Je ne me résigne pas, par exemple, à renoncer à mon rêve européen.
Certes le peuple français s’est prononcé, et sa décision doit être appliquée. La Constitution, sous sa forme actuelle, n’est donc plus à l’ordre du jour.
Mais ce n’est pas une raison pour renoncer à ses convictions.
Je continue à être convaincu que la construction d’une Europe plus efficace et plus solidaire est une bonne chose pour nous, Français, et pour nous, Européens.
Et je m’interroge : comment allons-nous pouvoir contenir les forces centrifuges qui se sont mises à l’oeuvre? Comment éviter le « détricotage » de l’acquis communautaire, c’est-à-dire de tout ce que les générations de l’après-guerre ont bâti, au prix de considérables efforts? Comment conjurer les premières attaques portées contre l’euro?
Il faut avoir la lucidité de reconnaître que nous sommes dans le brouillard…
Notre capacité d’initiative est amoindrie. Le moteur franco-allemand est en panne. La vision libérale- atlantiste de l’Europe a le vent en poupe…
J’aimerais connaître les idées de tous ceux qui affirment leur attachement à l’Europe, qu’ils aient voté OUI ou NON?
Il nous faut chercher ensemble.
07/06/05

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9 commentaires pour « Rêve européen , pas mort ? »
  • Vincent Ammi
    Le 13 Juin 2005 à 20 h 21 min
    Quand on a voté oui avec conviction, qu'on a été déçu par le résultat, on ne baisse certainement pas les bras! Il ne faut pas se ranger à la décision des peureux, des xénophobes, et des trotskistes, qui ne feront jamais rien avancer.
    Vincent Ammi
  • Pascal R
    Le 13 Juin 2005 à 17 h 06 min
    Je dois avouer que le vote du non à 55% m'a dans un premier temps fait un peu froid dans le dos. On entend dire que les français ont voté contre le bilan de Chirac, que la France va perdre de son leadership dans le processus de construction européenne, que l'Union Européenne ne sera désormais plus qu'un espace économique... bref, que les gens qui ont voté contre la traité de constitution n'auraient pas réfléchi aux conséquences et qu’ils ont précipité l’Europe dans le modèle anglo-saxon alors qu’ils souhaitaient dans leur majorité le contraire ! Je crois que tout cela est très exagéré : les français ont bien lu la constitution, les français ont conscience que la construction européenne va continuer même si elle vient de prendre un coup. Les crises ont toujours relancé la construction européenne : par exemple, je ne suis pas mécontent de voir la notion de préférence communautaire reapparaître sur le devant de la scène (notion qui je vous le rappelle était incrite à l’origine dans le Traité de Rome). Nous sommes bien loin du séisme que les défendants du oui nous promettaient. Encore une fois, les hommes politiques se sont discrédités. Si l'on compare le vote de Maastricht au vote du traité pour la constitution européenne, la plus grande progression du non concerne les français les plus diplômés. Je crois que, dans le fond, le vote du non rélève plus de la raison que de la passion. Les français veulent plus de démocratie européenne à travers une meilleure représentativité des institutions européennes. Or, les citoyens français ont bien senti que les partis politiques ne sont intervenus dans le débat européen que pour préparer 2007 (résurrection de Jospin, Fabius nous refaisant le coup de Mitterrand, Sarkozy évitant de trop intervenir pour ne pas s’égratiner). Je n’ose imaginer le score du non sans l’intervention de nos « vieux sages » au-dessus des clivages politiques : Barre, Simone Veil, Badinter... Pourtant, le référendum posait bien une question sur l'Europe. Le président Chirac n'aurait pas du intervenir (en plus, je m'excuse d’avance mais il a été très très mauvais au cours de sa première prestation à la télé face aux étudiants : comment peut-on donner autant l’impression d’être aussi peu au fait des soucis des franaçais ? Mais force est de constater que les questions étaient déconcertantes et sans rapport avec l’objet.). Il aurait fallu faire intervenir les représentants européens à la place des chefs de parti. « N’ayez pas peur Mr Chirac ! », les français ne détestent pas autant que vous l’imaginez les représentants européens. PEDAGOGIE !!! Cela demande du temps et du courage de nos hommes politiques, mais le jeu en vaut la chandelle. Pour la première fois, nous aurions pu donner un visage à nos gouvernants européens, casser leur image de technocrates loin des réalités en s’emparant du débat. Cela aurait permis de détruire cette facheuse habitude française qui consiste à tout mettre sur le dos de l'Europe quand ça va mal. Le vote est la manifestation de la volonté de voir plus de démocratie en Europe, de respecter la représentation nationale. Peut-être que le vote du non est un pas en arrière, mais je ne m’attache ici qu’aux motifs du vote. Et puis, en terme de stratégie, pourquoi avoir été aussi ambitieux avec cette constitution ? Pourquoi avoir rappelé les traités existants ? Ce sont sur les traités existants que les défenseurs du non ont trouvé du grain à moudre. Les espagnols ont eu la prudence de ne pas rappeler les traités existants. Mr VGE a été bien mal inspiré sur ce coup !
    Pascal R
  • Georges Riche
    Le 08 Juin 2005 à 17 h 43 min
    Je n'avais pas tout lu !
    Votre analyse générale est excellente, le portrait de la situation est juste; personnellement je suis heureux d'avoir voté NON car si <<< Notre capacité d'initiative est amoindrie. Le moteur franco-allemand est en panne. La vision libérale- atlantiste de l'Europe a le vent en poupe...>>> je ne veux pas d'une Europe à l'image d'une France bureaucrate et paralysée a 70 %, et si je vous dis avoir de la famille aux U.S.A. comme en Allemagne qui accueillent ce vote français comme un acte d'intelligence et d'amitié occidentale, vous comprendrez que la réconciliation Franco-Allemande n'est pas menacée, seule une façon de disposer de nous est à revoir.
    Georges Riche
  • Jean Marc SIMON
    Le 08 Juin 2005 à 16 h 17 min
    Ne pensez-vous pas que l'on s'enferme progressivement dans un "piège" en acollant, de plus en plus systématiquement et quelle que soit la couleur politique, la notion de solidarité à celle d'Europe ?
    Plusieurs raisons à cela:
    Tout d'abord, on sous-entend ainsi que l'Europe peut contribuer à apporter un plus en matière de solidarité là où l'Etat n'en n'est pas capable(des exemples ?) et on réduit d'autant le champs du possible de la politique nationale!
    D'une certaine manière, on contribue aussi à acréditer une idée largement répendue dans l'opinion: la demission du politique après de longues années d'échecs successifs à apporter les réponses satisfaisantes...
    Enfin, on prend le risque de créer une "bureaucratie" européenne dédiée à ces questions; avant même le premier effet positif, on aura créé un millier de postes de fonctionnaires européens...

    Je partage votre conviction européenne mais vouloir l'Europe ne signifie pas pour autant accepter de tout lui confier.
    J'ai dans mon entourage, tout comme vous, des gens que j'aime beaucoup mais à qui je ne confierais pas certaines choses...
    Je suis convaincu qu'il faut dissocier nettement le projet politique national de celui de l'Europe; le projet européen doit nous permettre d'atteindre des objectifs que nous ne pourrions pas poursuivre seuls(monnaie, défense, poids économique dans les négociations internationales, environnement, grands travaux... Et là, il s'agit d'être encore plus ambitieux pour créer un véritable idéal européen!
    Progressivement, c'est exactement l'inverse qui s'est produit, réduisant le projet politique français comme une peau de chagrin, au point que personne n'y croit plus !

    Jean Marc SIMON
  • Antoine Brachet
    Le 08 Juin 2005 à 15 h 48 min
    Que pouvons-nous encore faire pour que continue à vivre le rêve européen?
    Après une semaine de terrible "gueule de bois européenne", je me remets peu à peu du verdict français. Je persiste cependant à penser que le point de vue d'Erhard Friedberg dans le Monde daté du 6 juin dans lequel il met violemment en cause notre "gallo-centrisme" reste fondé.

    Raison pour laquelle la première étape pourrait consister à faire preuve –pour la première fois- de pédagogie. Non, nous ne sommes plus la France des Lumières, nous sommes désormais plus proche de « la France qui tombe » chère à N Baverez ; montrer concrètement le mode de fonctionnement d’une « démocratie à l’européenne », fondée sur une communauté d’Etats Nations, pourrait permettre de lever certaines peurs. Et contribuer à répandre l’idée que nous avons tout à y gagner. Cela pourrait se faire via des forums, via également l’organisation de journées « européennes » dans les écoles, ou les collèges ; ce sont ces générations qui auront, à terme, vocation à reprendre le flambeau européen.
    Mais on peut estimer que dissiper le malaise ambiant en France, tel qu'il est apparu dans les urnes, est la priorité. Auquel cas, une solution pourrait-être de redescendre d’une marche l’échelle, vers le local. Diminuer le nombre d’échelons administratifs en France, aboutir à la création de moins de 10 grandes régions, mises en concurrences, ayant vocation à collaborer avec d’autres grandes régions européennes (länders allemands, provinces italiennes, …). Montrer que c'est à cette échelle que peut également se construire la lutte contre le chômage, fléau attisant toutes les peurs. Il est sans doute politiquement délicat d’impulser ce genre d’idées, dès lors qu’elle heurte de plein fouet un tempérament français à tout le moins jacobin. Mais c’est à mon avis une idée forte ; ne mérite-t-elle pas d’être examinée avant d’être immédiatement rejetée ? Elle permettrait peut-être d’approcher différemment l’Europe, et ce qu’elle peut nous apporter
    Qu’en pensez-vous ?
    Antoine Brachet
  • germain ghorbal
    Le 07 Juin 2005 à 16 h 26 min
    Votre article sue l'Europe est très intéressant mais aussi très préoccupant.
    Lorsqu'un Continent comme l'Europe est en peine mutation, les périodes nécessaires pour amorcer un tournant décisif proposé par un Traité Constitutionnel à ratifer par 25 pays, ne se mesurent pas en mois mais en années.
    La démarche au niveau des Chefs d'Etat et de Gouvernement s'est faite à l'envers.
    Avant de soumettre un tel projet, il fallait consacrer du temps pour essayer d'abord d'obtenir un consensus sur le cadre, la forme et le contenu de la Constitution en consultant longuerment les peuples afin de connaître leurs aspirations.
    La leçon principale que l'on tire de ce désatre européen est celle qui consiste à prendre désormais en compte l'opinion des peuples au lieu de vouloir s'en remettre à la décision de leurs représentants.
    Le menu proposé aux peuples était indigeste et incompréhensible.
    Dans un tel contexte, il fallait le refuser et attendre qu'il en soit proposé un meilleur.
    La sagesse semble qu'il faille se faire un allié du temps.
    Mais s'il faut du temps pour parfaire un tel projet et que les évènements mondiaux se précipitent, on peut voir apparaître des incompatibilités qui feront naître des difficultés qui ne seront pas nécessairement insurmontables.
    Les Britanniques n'ont pas tout à fait tort lorsqu'ils prônent le "Wait and see".
    germain ghorbal
  • jacques deisting
    Le 07 Juin 2005 à 16 h 22 min
    D'entrée cette constitution était mal partie.
    On a commencé à dire que c'est la constitution Giscard qui veut en être le père. Comme les français n'ont un bon souvenirs de Giscard c'était déjà une erreur.
    Sur la forme présenter le texte sous la forme 'un petit opuscule de quelques pages et envoyer aux français ce document illisible, mal présenté, brouillon c'est aussi une erreur.
    La forme ce n'est pas grave mais c'est important.

    Sur le fond la partie 3 était en trop. Un texte court simple sans ambiguïté ne pouvait pas être rejeté de la sorte.
    Enfin sur la méthode aussi tout est faux. Il aurait fallu organiser un référendum européen et faire voter tous les européens le même jour.
    Et puis pendant des années dire ce n'est pas de notre faute c'est l'Europe il ne faut pas s'étonner que les français aient dit non
    Pour ce qui est de l'avenir il ne faut pas exagérer ce n'est pas le fin de l'Europe; c'est un loupé. Les remous actuels sont normaux car en cas de difficulté il est plus simple de s'échapper en accusant les autres ou comme les italiens l'Euro.
    Alors que faire ?
    La question qui se pose est faut il persévérer et risquer de perdre plusieurs mois ou renoncer sans faire injure à ceux qui ne sont pas encore prononcé?
    Il faut peut-être accélérer le processus pour le plus tôt possible constater le résultat et décider de la suite à donner.
    Il faudra aussi se poser les bonnes questions. Faut il une Europe politique ou simplement une Europe du commerce, de la défense, de la sécurité?

    Enfin il faut reconnaître qu'en France la question venait au mauvais moment avec un gouvernement impopulaire affaiblie et discrédité. Il y a eu une erreur politique grave de Chirac qui n'a pas pris conscience de l'avertissement de 2004 et a maintenu un premier ministre qui a tout raté :
    Les réformes.
    Qui a perdu toutes les élections.
    Laissé les caisses plus que vides.
    jacques deisting
  • nicolas gascoin
    Le 07 Juin 2005 à 16 h 05 min
    je crois que l'Europe continuera quoi qu'il en soit. chacun en tirant ce qu'il peut (et autant qu'il peut) à l'image de la societe moderne qui se tire dans les pattes pour mieux courir vers sa perte, les yeux bandés...
    [ qui ouvrira les yeux? qui nous les fera ouvrir à tous? quand? ]
    alors je pense que certains (avec la peur du pire) parviendront à faire accepter des bouts de traité (on nous parle d'un ministre europeen, d'un president moins tournant). c'est une bonne chose.
    la politique exterieure de l'europe restera intacte comme bien d'autres domaines (cooperations scientifiques, etc...). C'est plutot tout ce qui a trait à la concurrence, les subventions europeennes ou nationales qui va changer. pas parce que le traité n'est pas passé, mais parce qu'en ne s'imposant pas, les appêtits de tout bord se sont aiguisés (les barrieres ne seront pas mises en place avant quelques années) et peuvent a présent s'exprimer en sachant qu'on peut encore attendre longtemps. la voie est libre. les britanniques ouvrent le bal.
    ce que les tenants du NON craignaient arrivera d'autant plus vite à présent. le rejet du traité n'a fait que montrer qu'on pouvait (et allait) fonctionner sans règle...sic!
    nicolas gascoin
  • Philippe Engrand
    Le 07 Juin 2005 à 15 h 57 min
    J'ai personnellement voté OUI, pour les mêmes raisons que vous, M. Juppé.
    Jusqu'au bout je me suis battu, localement et sur Internet, pour que le OUI gagne, et j'y ai cru jusqu'à dimanche 21:57 ... et les "on a gagné" entendu chez Le Pen et De Villiers.

    La construction européenne est en panne, probablement. Mais ce qui m'inquiète le plus, c'est que la vie politique française est en panne, elle aussi. Il y a une vraie fracture politique en France, dont la fracture sociale n'est qu'une composante. Le peuple n'a plus confiance en ses hommes politiques. Ceci explique que chaque gouvernement depuis 20 ans s'est fait battre aux élections, et ceci explique que les partis "modérés" se sont fait battre au référendum. La cause : le chomage, bien sur, mais aussi les mauvais exemples de nos politiques : de Noel Mamère qui fait de la désobéissance civique sa tasse de thé, à Hervé Gaymar, découplé de la réalité, et de l'image qu'il a donné aux français.
    Avant d'aller au chevet de l'Europe, je crains qu'il ne faille aller au chevet de notre France. On a besoin de changement en profondeur, dans notre façon de voir et d'aborder la politique. Je pense que les comportements habituels basés sur une façon archaique de concevoir la politique sont dépassés. Ces archaismes ont 2 visages: clivage droite gauche; et réflexes partisans.
    Les éventuels bons résultats qu'obtiendront notre nouveau gouvernement ne suffiront pas à traiter le mal qui nous ronge. Cessons de considérer que les défaites des uns sont les succès des autres. En ce moment, nous perdons tous, à chaque élection. Tous, sauf quelques extrémistes ...
    Philippe Engrand

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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