Blog Notes d'Alain Juppé

Rien n’est réglé.

Publié le 16/07/2015 par Alain Juppé

Comme beaucoup , je me suis réjouis qu’un accord ait pu être trouvé entre le gouvernement grec et ses créanciers de la zone euro . La Grèce pouvait ainsi demeurer parmi nous.

Mais à y regarder de plus près, on se rend compte que M. Tsipras a accepté des conditions plus sévères que celles qu’il avait demandé au peuple grec de refuser par referendum. Pourra-t-il les remplir ? Lui-même en doute : il déclare qu’il a « signé un accord auquel il ne croit pas .  »  Il a quelques raisons . Le calendrier de mise en oeuvre des réformes est extrêmement ambitieux . Comment imaginer que la refonte du code de procédure civile se fera … en un semaine ? Ou bien encore que la hausse des impôts pourra permettre de réduire le déficit budgétaire tant qu’une administration fiscale capable de les collecter n’aura pas été mise en place ? On pourrait ajouter que la fragilité réelle du système bancaire grec est difficile à apprécier . Ou que les 50 milliards de recettes attendues des privatisations sont à mettre en regard de ce que , le 26 juin dernier , le FMI estimait réaliste , soit 500 millions/an. La perspective d’une nouvelle aide de plus de 80 milliards apportée  par le Mécanisme Européen de Stabilité éloigne sans doute le risque d’une crise de liquidité ou d’un défaut à court terme . Mais sur la durée , rien n’est réglé . Aucun plan de soutien à la croissance pour contrebalancer  l’effet récessif des nécessaires mesures de remise en ordre n’est pour l’instant présenté.

Aux difficultés techniques s’ajoute , plus grave encore , la crise politique qui se joue en Grèce . Le Premier Ministre a perdu le soutien d’une partie importante de sa majorité et n’a obtenu l’accord du Parlement que grâce aux voix de l’opposition . Le peuple grec a le sentiment d’avoir voté NON pour rien . Il se sent humilié et mis en tutelle par ses créanciers . Or c’est un peuple fier . Il va falloir du temps et du courage pour reconstruire la confiance.

Ce malheureux enchaînement d’incompréhensions et de tergiversations , de part et d’autre , devrait nous faire réfléchir, nous aussi . Il démontre d’abord l’inanité de la prétendue « politique alternative » brandie par l’alliance contre nature de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche françaises . Qui peut encore accorder quelque crédit à des responsables ou à des partis qui présentaient la sortie de l’euro (et pour certains de l’Union Européenne) comme la solution miracle ? A vouloir « renverser la table » , on se retrouve cul par dessus tête !

Le plus important , c’est de consolider la zone euro et ce qui en est le socle : la bonne entente entre la France et l’Allemagne . Je frémis quand j’entends ici ou là dénoncer le « diktat allemand » ou « la politique impériale allemande » . Prendre le risque de faire renaître en France et en Europe quelque forme que ce soit de germanophobie est tout simplement fou . La construction européenne s’est faite sur la réconciliation , puis l’entente et l’amitié franco-allemande . Fragiliser cet acquis est irresponsable . Un sursaut  des hommes et des femmes de bonne volonté s’impose .

La réaffirmation existentielle du projet européen appelle de nouvelles initiatives concrètes . La zone euro est le coeur de notre projet commun . Son « gouvernement » doit être renforcé pour remédier aux lenteurs et aux hésitations dont nous venons de donner le spectacle ; sa légitimité démocratique pourrait être améliorée  par la réunion d’une formation euro du Parlement Européen ; un programme de convergence fiscale et sociale est le complément indispensable des progrès accomplis en matière budgétaire et bancaire. Et surtout , la question de savoir si la monnaie unique peut avoir un sens durable si elle n’est pas portée par un projet politique ne pourra être longtemps éludée. L’Europe a-t-elle l’ambition d’être un acteur à part entière sur la scène internationale , ce qui signifie des positions diplomatiques communes et les moyens d’une sécurité commune ? La France et l’Allemagne ont la responsabilité de le proposer aux partenaires qui voudront les accompagner . Mais pour cela , la France doit retrouver sa crédibilité économique . Elle doit reconquérir la confiance de l’Allemagne . Or derrière une unité de façade et des déclarations lénifiantes , nous venons en réalité d’assister à un profond malentendu franco-allemand . Il est essentiel de le dissiper non point en nous alignant mais en construisant des positions communes , La tâche sera lourde .

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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