Blog Notes d'Alain Juppé

RTL ce matin Jean-Michel APHATIE

Publié le 18/11/2009 par Alain Juppé
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Alain Juppé.

Alain Juppé : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

François Fillon a confirmé, hier, devant les maires de France la réforme de la taxe professionnelle. Elle vous inquiétait, il y a quelques jours. Toujours inquiet ?

En partie. J’ai trouvé que le Premier ministre avait été courageux. Il a affronté la fronde des maires, comme l’a dit tout à l’heure Alain Duhamel.

Courtoise, en tout cas !

Au début un peu chahuté, à la fin courtoise ; mais les maires sont courtois, de façon générale. Il faut bien voir d’où on vient. Le premier état de la réforme était franchement inacceptable. Un seul point que j’aimerais souligner. Il était prévu que la dotation que l’Etat se proposait de verser aux collectivités locales pour compenser la perte de ressources fiscales, était dégressif chaque année. Et c’est là que j’ai dit que, voilà…   

On se moquait du monde !

Oui. J’ai utilisé une formule un peu forte, mais je n’ai pas été le seul à le faire.

Vous avez le droit !

Et depuis, les choses ont évolué. L’Assemblée nationale a amélioré le texte en augmentant, en particulier, la part de ressources fiscales propres qui reviennent à ce qu’on appelle le bloc communal ; et le sénat s’empare du dossier et je pense qu’il va encore améliorer les choses.

Donc, les recettes des communes sont garanties, d’après vous. Il y a moins de problèmes ? Plus de problèmes ?

Pas totalement garanties, je le répète. Prenons l’exemple de la communauté urbaine de Bordeaux dont je suis premier vice-président qui tire une grande partie de ses ressources de la taxe professionnelle ; dans l’état initial de la réforme, elle perdait 40% de ses ressources. Aujourd’hui, c’est un peu moins ; mais c’est encore 30% environ. Donc tout le problème est de savoir comment la dotation de compensation va évoluer ; et avec l’Etat, on sait comment ça commence, on ne sait pas comment ça finit. Ou plus exactement, on sait comment ça finit, c’est-à-dire toujours un peu moins. Et c’est là que nous voulons des garanties parce qu’on ne peut pas nous demander d’investir comme nous le faisons, de faire des tramways, de faire des stations d’épuration moderne, de construire du logement social et nous couper les vivres. C’est ça qui n’est pas acceptable.    

Les garanties, ce matin, Alain Juppé, vous estimez plutôt ne pas les avoir encore ?

Pas totalement, et je fais confiance au sénat où la sensibilité locale est très forte. Pour améliorer encore le texte, il faut notamment ..

En l’état actuel, si vous étiez sénateur, vous ne voteriez pas le texte, Alain Juppé ?

Je proposerais des amendements pour l’améliorer.

Donc, vous ne voteriez pas en l’état actuel ?

En l’état actuel, je pense qu’il n’est pas totalement acceptable encore. Il y a aussi un problème très sensible pour les élus locaux, c’est de rétablir un lien entre le nouvel impôt puisqu’il y aura un nouvel impôt, assis en partie sur les valeurs foncières et en partie, sur la valeur ajoutée. Que ce nouvel impôt garde un lien avec les territoires, sinon nos communes qui se battent aujourd’hui pour attirer des entreprises, eh bien ne seront plus motivées pour le faire et tout le monde y perdra.

Ce qui est frappant dans cette histoire, vous êtes un ancien Premier ministre Alain Juppé, ce sont vos amis qui gouvernent, vous avez du mal, vous mais d’autres, à vous faire entendre, comprendre du gouvernement et du Président de la République.

Pas tout à fait. Pas tout à fait puisque les choses évoluent. Alors cette réforme…

Mais difficilement !

… Cette réforme n’a pas été, c’est vrai, suffisamment bien préparée, eh bien c’est le mérite du débat parlementaire que d’améliorer les choses.

Elle n’a pas été bien préparée, donc ça révèle quoi ? Le Président va trop vite ? Le gouvernement va trop vite ?

Ah écoutez, je ne vais pas porter de jugement ; moi je soutiens l’action du Président de la République et du gouvernement. Donc, je trouve que les Socialistes en font des tonnes, franchement … ils n’ont pas beaucoup de choses à dire et donc, ils utilisent à des fins politiciennes, évidemment, tout ce débat en remontant les pendules des maires et en caricaturant la politique gouvernementale. Il n’est pas question notamment de recentraliser. Est-ce qu’il faut une réforme ou pas ? C’est bien la question quand même.

Tout le monde dit que « oui », y compris l’Opposition.

Même monsieur Delanoë, et c’est toujours là que le bât blesse. Quand on passe à l’acte, à ce moment-là, plus personne n’est d’accord. Vous savez quelle est la situation, aujourd’hui ? Moi je la vis quotidiennement. Nous avons le record du monde du nombre de communes en fonction de la population : 36.000. On a rajouté la couche de ce qu’on appelle l’inter-communalité ; puis, on a cent départements ; une vingtaine de régions ; l’Etat : l’Etat local et l’Etat central ; et l’Europe. C’est invivable. Ca coûte cher et c’est très long à faire avancer. Donc, il faut simplifier et il faut clarifier les compétences.
   
Je vais vous poser la question de la méthode parce qu’évidemment, on est surpris que vous ayez autant du mal à vous entendre. Nicolas Sarkozy disait, il y a quelques mois : ceux qui me disent que j’engage trop de réformes en même temps, je pense qu’ils n’ont vraiment rien compris. Vous avez compris, vous ?

J’ai dit au Président à un certain moment que l’accumulation des réformes donnait un peu le tournis. Voilà. Je ne sais pas s’il m’a entendu.

Qu’est-ce que vous pensez de la réforme des collectivités territoriales, et notamment pour se centrer sur un point puisque visiblement, lui aussi fait débat : la désignation des futurs conseillers territoriaux par des scrutins uni-nominaux à un tour, ce qui ne correspond pas tout à fait à ce que nous avons connu jusqu’ici ?

Quel était l’objectif de la réforme ?  Il faut toujours en revenir là : simplifier ; et en fait, s’orienter vers deux grands niveaux d’administration : le bloc communal et inter-communal et le bloc région-département. On ne peut pas supprimer le département parce que jamais le sénat n’ira dans cette direction ; d’où l’idée de faire une sorte d’union personnelle entre les conseillers généraux et les conseillers régionaux pour favoriser des évolutions futures. Je pense que c’est une bonne idée. Et donc, moi je soutiens la réforme des conseillers territoriaux.

Comment désigne-t-on les conseillers territoriaux ?

A partir de là, il y a le mode de scrutin. L’idée d’avoir une partie au scrutin uni-nominal dans des circonscriptions à revoir parce qu’aujourd’hui, le système est terriblement injuste. Dans un département comme le mien, vous avez des cantons et donc des conseillers généraux qui représentent 50.000 habitants et d’autres, 2.000, c’est-à-dire anticonstitutionnel. Si le conseil constitutionnel s’était prononcé sur ce problème, il l’aurait censuré. Donc, il faut revoir cela. Ce qui fait problème à mon avis, c’est le scrutin uni-nominal à un tour qui n’est pas dans les traditions françaises ; et là, il y aura sans doute un débat.

Vous ne souhaitez pas que ce scrutin à un tour voit le jour ?

Je demande à y réfléchir et à discuter. Il faut confronter les points de vue.

Quand vous demandez à y réfléchir, ça veut dire que vous n’êtes pas d’accord ?

Non. Non. Je demande à y réfléchir. Ne tirez pas mon point de vue d’un côté plutôt que de l’autre.

D’accord.

Je pense aussi que dans cette réforme des collectivités territoriales, il y a tout ce qui concerne le bloc communal, et qui va bien, et puis il y a les métropoles. Et là, on est un peu dans le flou artistique. Beaucoup de choses mériteraient d’être précisées dans le débat là encore.

Vendredi à Bordeaux, vous avez déjeuné avec Jacques Chirac qui va venir signer son livre si j’ai bien compris ?

Oui, j’en suis très heureux. Il me l’a envoyé avec une gentillesse dédicace, et il vient dans notre grande librairie Mollat  pour le signer.

Que pensez-vous de son renvoi devant le tribunal correctionnel pour l’affaire des emplois fictifs ?

Vous comprendrez que là-dessus, je me mette un boeuf sur la langue.

Pourquoi ?

Parce que je n’ai pas l’envie de me prononcer sur des procédures judiciaires que j’ai moi-même connues.

C’est douloureux encore pour vous ?

Oui.

Et c’est pour ça que vous ne voulez pas en parler ?

Oui.

Demain, vous allez parler du Grand Emprunt ?

Oui, nous allons remettre notre rapport au Président de la République…

Avec Michel Rocard…

… On a beaucoup travaillé. Ca a été une commission qui a très, très bien fonctionné et en écoutant, ce matin, vos commentaires sur RTL, je me disais qu’on était dans la bonne direction. Voyez, ce qui se passe entre les Etats-Unis et la Chine. Ils investissent massivement dans les véhicules du futur et dans les énergies nouvelles, notamment la capture du carbone. C’est très exactement ce que nous proposons pour la France et pour l’Europe.

Juste une question, sans déflorer le rapport : vous préconisez de faire appel à l’épargne des Particuliers ?

Non, d’abord, nous avons dit dès le départ que ce n’était pas notre problème.  Nous ce qu’on a voulu faire, c’est essayer d’identifier les dépenses utiles ; et d’ailleurs, nous avons intitulé notre rapport non pas « emprunter » mais « investir ». Le problème c’est pas d’emprunter, le problème c’est d’investir ; et ensuite, il appartient au gouvernement de voir comment il finance ce programme d’investissement que nous avons chiffré à 35 milliards d’euros, ce qui est une somme très substantielle.

Vous confirmez que dans le rapport, c’est 35 milliards d’euros ?

C’est 35 milliards et qui auront un effet de levier puisque nous souhaitons que des fonds privés viennent abonder les fonds d’Etat ; et donc c’est un ensemble d’investissements qui peut atteindre 60 milliards, c’est tout à fait considérable.

Une question qui m’amuse : vous avez dirigé l’UMP. Et aujourd’hui, l’UMP est associée au PC chinois par un mémorandum.

Ecoutez, moi j’ai fait un voyage en Chine quand j’étais président du RPR et j’avais été invité comme parti frère du PC chinois. Vous voyez, je n’aurais peut-être pas signé un texte ; mais enfin, il faut parler aux Chinois.

Alain Juppé, frère du PC chinois, était l’invité de RTL ce matin. Bonne journée.

Auteur : Jean-Michel Aphatie

 

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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