Blog Notes d'Alain Juppé

Soixante ans après

Publié le 15/01/2005 par Alain Juppé

Lu l’interview de Simone Veil par Alain Génestar dans Paris Match: Auschwitz-Birkenau soixante ans après.
Le récit est d’une précision insoutenable. Je ne sais pas le « commenter ». Evoquer le souvenir que m’a laissé ma propre « visite » d’Auschwitz, il y a dix ans, serait indécent. Il faut lire et faire silence en soi-même.
S.Veil le dit :
« Les mots n’ont aucune valeur ».
Les nôtres sans aucun doute. Pas les siens.
Je voudrais citer une ou deux des phrases de S.Veil qui m’ont paru les plus fortes:

« Quand je pense à Auschwitz, le pire c’est de penser à tous les enfants, certains très jeunes, qui ont été parfois tout seuls jusqu’à la chambre à gaz(…)Et je pense à ce que seraient devenus tous ces enfants si beaux, si vifs, s’ils n’avaient pas été massacrés. »

A la question d’A.Génestar: « Comment réagir – et faut-il réagir ou traiter cela par le mépris? – quand on entend des individus se réclamer des thèses négationnistes? » , réponse de S.Veil:
« D’abord, il faut réagir, voire sanctionner parce que ce n’est pas supportable.
(…)Il y a deux choses très inquiétantes sur le plan du négationnisme…
La première, c’est qu’un certain nombre de pays ou de mouvements financent des radios, des journaux ou des télés diffusés par satellite qui s’adressent à des gens qui ne savent pas et sont donc très influençables. Cette propagande marche bien. Même ici en France. Il faut être vigilant.
La seconde, c’est la banalisation. Si tout le monde est coupable, personne ne l’est. Si tous les faits sont identiques, la gravité n’apparaît plus. »
15/01/05

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8 commentaires pour « Soixante ans après »
  • frédéric legyme
    Le 17 Janvier 2005 à 16 h 43 min
    Oui ce passge sur les enfants est insupportable.... Il faut lire aussi les témoignages des Sonderkommandos dans l'Express de cette semiane. Ces détenus juifs qui faisaient fonctionner les chambres à gaz et les fours crématoires. Trés peu ont survécu. Cetains ont dissimulé leurs écrits sous la terre ou dans de petites caches. Ces documents n'ont été traduits en français qu'en 2001. C'est effrayant, ecoeurant, terrible. Et si triste...
    frédéric legyme
  • Micheline André
    Le 16 Janvier 2005 à 15 h 33 min
    Dans l'édition Ouest-France du 11/01 p.2, Bruno Ripoche écrit :
    " Droit dans son blog? Pas vraiment car, à l'évidence, les réactions d'internautes sont filtrées avant publication"
    La remarque est, pour le moins,surprenante - Ouest-France ne "filtrerait" donc jamais? - et soulève un grave problème.
    Faudrait-il publier toutes les réactions rédigées dans une langue incompréhensible ou dans un jargon accessible aux seuls initiés?
    Faudrait-il publier des dizaines de réactions qui vont toutes dans le même sens?
    Faudrait-il accorder sur ce site une place plus importante aux propos contradictoires, voire aux idées des socialistes, ... ?
    Faudrait-il publier des décharges d'affects, ...?
    Tout cela n'est pas très sérieux. C'est accréditer - une fois de plus!- la thèse que tout est permis. La liberté d'expression a tout de même des limites!
    Micheline André
  • Marc BELLET
    Le 16 Janvier 2005 à 15 h 17 min
    Oui,se taire? Ne laisser que les survivants, témoins parler de qui nous sont revenus des bagnes allemands? Non, je veux croire en "la politique" qui "trouve les mots" pour dénoncer les tortures physiques et morales démoniaques imposées par les nazis et leurs collaborateurs à des otages innocents, mais aussi à celles et ceux qui avaient par avance accepté le sacrifice total de leurs ressources, de leur bonheur, de leur vie. Pour moi,ils ne mourront jamais, si nous acceptons ce qu'ils nous ont légué, leur courage et leur noblesse.
    Madame Simone Veil a fait et fait encore, pour notre compte,la démonstration de l'invincibilité du courage et du coeur, du triomphe de l'esprit sur la matière, mais surtout la supériorité de l'engament "politique" lorsque dans la détresse physique qui aurait pu être une excuse à certaines concessions n'allant pas contre le devoir dû à son pays, mais susceptibles de diminuer l'horreur de sa condition, elle a refusé de céder à la tentation.
    Quelle pure leçon pour celles et ceux qui s'engagent aujourd'hui en "politique".
    Marc BELLET
  • samuel guillou
    Le 16 Janvier 2005 à 10 h 28 min
    Bonjour et mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année.

    Je souhaiterais avoir votre opinion sur les deux questions suivantes qui détermineront, je le pense, l'avenir de la France.

    1) Que pensez-vous de l'évolution des clivages politiques actuels (gauche-droite, au sein des grands partis). Ne pensez-vous pas qu'il y a actuellement moins de différences entre certains hommes politiques appartenant à des formations différentes qu'entre représentants d'un même parti (voir les grands thèmes tels que l'Europe, l'action des pouvoirs publics sur l'économie,...)?

    Quelles conséquences voyez-vous sur le positionnement des hommes politiques dans la société pour les prochaines décennies (et même la fin de cette décennie)?

    2° Travaillant dans un ministère et contribuant à l'élaboration de la réglementation, je suis directement confronté à la nécessité d'efficacité des lois.

    Je m'aperçois également qu'une bonne réforme passe parfois par une évolution progressive et un suivi régulier sans à-coups intempestifs.

    Parallèlement, sans prendre parti sur les grandes lignes d'une future évolution du statut de la fonction publique, je constate que dans ma spécialité actuelle (le domaine juridique), nous manquons d'efficacité (voir l'élaboration des lois plus haut), pour deux raisons principales, me semble-t-il : d'une part, un manque d'expérience, dû clairement à une non-spécialisation (d'où le besoin de "métiers" dans la fonction publique); d'autre part, et de façon certaine, une motivation émoussée résultant d'absences de perspectives collectives et individuelles.


    Quel est votre avis sur cette deuxième question?

    Enfin, et surtout, quelles doivent être les grandes lignes d'un projet de société, dans l'avenir proche, d'un homme politique de votre tendance (sociale-libérale?) à une étape de sa vie lui donnant la faculté d'un temps de "vraie" réflexion?

    Avec toute ma considération.

    samuel guillou
  • Raphaël A.
    Le 16 Janvier 2005 à 09 h 04 min
    Auschwitz me fait tellement peur, j'ai une telle angoisse qu'un jour ça revienne que je ne veux pas le voir. Je ne veux pas en entendre parler. Les mots de Madame Veil sont si précis, scalpellisants, que c'en est plus effrayant encore. Je sais trop que cela a existé. J'imagine à peine la conscience des soldats américains qui libérèrent les camps. La honte, la culpabilité d'avoir laissé tomber ces gens... Il faut aussi écouter Jean Frydman parler de cette époque. Ses quinze ans qu'il lance dans la lutte.
    Quant aux propos de Monsieur Le Pen, passée la colère, on ne peut que se dire qu'il nous est bénéfique finalement. C'est un peu notre bcg à nous. Il nous rappelle que la bête grouille encore.
    Raphaël A.
  • Louis Tainturier
    Le 15 Janvier 2005 à 17 h 44 min
    Juste pour vous signaler ainsi qu' aux internautes que mes propos suite à votre " coup de gueule " par rapport à Le Pen étaient suivis par d'autres, notamment au sujet de Madame Simone Veil et de l'Holocauste, et auraient pu tout aussi bien trouver leur place dans cette rubrique. Avant de lire Paris-Match je l'ai vue dans l' émission Culture et dépendances sur France 3, au cours de laquelle sa force de dire alliée à sa maîtrise émotionnelle ne pouvait qu' inspirer le respect. J' en retiens pour ma part ses mots : " C' est au-delà des larmes. "
    Louis Tainturier
  • Emilie Leroy
    Le 15 Janvier 2005 à 17 h 32 min
    Vous avez raison, nos mots n'ont pas d'importance puisqu'ils ne peuvent saisir totalement l'horreur des camps, que nous n'avons pas vécu.

    C'est pourquoi leurs témoignages sont importants, celui de Simone Veil et celui des autres qui s'expriment sous diverses formes.
    J'ai découvert des poèmes et des dessins de Serge Smulevic (http://www.memoire-juive.org/index.html).

    Il y a encore quelques années, je pensais qu'il était totalement impossible qu'on puisse banaliser l'extrême droite et l'idéologie qu'elle véhicule, inimaginable que des lycéens puissent tenir des propos antisémites se rapportant à l'Holocauste.
    Naîveté?
    Jusqu'au jour où le candidat pour lequel j'aurais voté si j'avais eu un an de plus a été éliminé par le personnage que vous dénonciez hier.
    Ce jour d'avril, un candidat d'extrême droite qui avait tenu des propos très proches du négationnisme a été utilisé pour exprimer un sentiment de mauvaise humeur.

    Que dire alors?
    Promettre de se battr tous les jours contre cette idéologie.
    Eduquer comme le disait Simone Veil, dans le Nouvel obs, le "devoir de transmettre".
    Promettre de ne pas oublier et de transmettre ce que nous savons.



    Emilie Leroy
  • Fabrice SOBLER
    Le 15 Janvier 2005 à 16 h 48 min
    Les theses négationnistes sont malheureusement exploitees par certains leaders politiques partisans de la provocation. En attendant, ils obtiennent ce qu'ils recherchent : la "victimisation". Le pire c'est que ça marche à chaque fois. La réaction des médias ne se fait jamais attendre - mais comment ne pas réagir à de tels propos ? - ce qui sert tout particulièrement les auteurs de ces provocations puisqu'on parle d'eux à nouveau.
    Il est clair que cette triste période de l'histoire ne doit pas être banalisée - car avec le temps le risque existe. Je crois qu'il faut insister notamment au niveau de l'enseignement de l'histoire dans les collèges et les lycées européens par devoir de mémoire mais aussi pour tenter d'éviter que les exactions qui ont été commises ne se reproduisent à nouveau.
    Fabrice SOBLER

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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