Blog Notes d'Alain Juppé

Villa Amalia

Publié le 11/04/2009 par Alain Juppé

Courez voir le film que Benoît Jacquot a tiré du livre de Pascal Quignard, Villa Amalia.

Pour Isabelle Huppert bien sûr, présente à chaque plan du film, non pas d’une présence lisse d’actrice, mais vivante, de chair et de souffrance. Admirable mélange de fragilité – sa silhouette est frêle,    jusqu’à la maigreur – et de force, voire de dureté. Il en faut pour rompre comme elle rompt avec tout ce qui fait sa vie, c’est-à-dire complètement: chasser son compagnon dont elle a découvert, dès les premières images du film, la trahison; interrompre sa carrière de pianiste célèbre; vendre son appartement; et même jeter ses vêtements; résilier son abonnement téléphonique; et partir, avec un simple sac à dos. Georges, ami d’enfance retrouvé par hasard, reste son seul lien avec la vie antérieure. Qui n’a rêvé de fuite?

L’errance d’Ann à travers l’Europe la mène jusqu’à l’île italienne innommée où elle tombe en amour avec la Villa Amalia, ainsi baptisée du nom d’une voisine. Simple cube de béton, aux murs violemment rouges, perchée sur une falaise difficilement accessible mais surplombant  la Méditerranée infinie. Ann nage, longuement,  voluptueusement. Mon vieux fantasme… La maison de mon rêve est blanche, dans une île grecque.

J’ai aimé le rythme insolite du film, lent et silencieux souvent, mais prenant. La belle musique de Bruno Coulais. Le gros plan, érotique, sur les pieds de la pulpeuse italienne qui a sauvé Ann de la noyade, et qui finit par la rejoindre sur sa couche.

Méditation sur la vie, sa vanité, la trahison, la solitude, l’amour perdu, refusé, inévitable, la mort, de vieillesse ou de maladie. Mais quand Ann rejoint son île et ouvre les persiennes de la Villa Amalia sur la mer infinie, c’est, au bout du compte, une grande bouffée de bonheur et de liberté qu’avec Isabelle, nous avons respirée.

Partager cet article

3 commentaires pour « Villa Amalia »
  • allegre
    Le 28 Avril 2009 à 08 h 09 min
    Villa Amalia signe surtout la rencontre d’une actrice et de l’indication d’un texte puisque ce dernier aurait été découpé à la hache pour faire un script (sur l’invite de l’écrivain qui songeait peut être à Huston) . Que reste t il du texte de Quignard? sans doute pas grand chose mais il s’agissait peut être au delà des intentions de livrer une forme commune, celle de la fugue de soi, l’aspect musical devait, aurait dû souligner cette fonte dans l’au delà de soi que l’actrice a perçu bien loin de la figure première imposée (on pourrait construire un monde rien qu’à partir des variations du visage d’Huppert) , on se plait à imaginer un autre film qui aurait pu surgir justement du parcours simplement du visage de l’actrice, refusant toute narrativité que celle construite par la phrase musicale (ce qui suppose le montage qui est le style même de l’écriture cinématographique), là nous en savons trop, ce côté empoisonnant du récit qui croit dire les choses et ne fait que traduire l’apparence, les figures du moi (c’est d’autant plus étrange que de nombreuses séquences du livre sont supprimées et que la plupart de celles qui sont gardées sont de trop), ici une femme se dés-identifie sur presque rien, un baiser pour une autre, plutôt une fausse note, un souvenir d’enfance, nous sommes là encore au bord de Lol, le moment de folie et la fuite vers le Sud, mais Jacquot n’est pas Antonioni. Ce film dès lors pose de multiples questions, sur la notion d’adaptation, d’interprétation, de réécriture du spectateur dans son champ de lecture spécifique et dans son rapport très particulier à une cinéphilie, elle même oscillant entre la puissance des images et la légende obscure de ces images.
    allegre
  • Seb
    Le 19 Avril 2009 à 23 h 16 min
    Vu ce film ce soir.

    Très beau moment pour toutes les raisons que vous citez.

    Si pour beaucoup "partir, c'est mourir un peu", pour Quignard, il semble que cela soit "mourir beaucoup" ! Mais peut-être dans l'espoir d'une renaissance, le temps de mettre des mots sur des interrogations qui demeurent et qui empêchent de vivre vraiment.

    Prendre le temps ... Voilà un film qui appelle à la contemplation, du monde (oui, cette vue depuis la villa, qu'elle fait du bien !), mais aussi, à l'introspection, presque la méditation : le voyage nous en apprend sur les autres mais aussi et peut-être davantage sur nous mêmes.

    Ce qui se perçoit comme une fuite et un refus de l'existence, est à mes yeux tout sauf une démission : c'est, au contraire, le courage d'être soi.

    Fuir pour se retrouver en quelque sorte.
    Seb
  • Fra m
    Le 18 Avril 2009 à 22 h 19 min
    Pannes de réseaux.. ou autres...
    Villa Amalia.Nous l'avons vu avant hier Bon Film, très bonne musique, très beaux paysages, Mais, comme toujours dans ce genre d' histoire rythmée, saccadée par des actions un peu insolites, j'ai besoin de temps pour "l'intégrer", pour me faire une opinion personnelle, après les premières réactions.
    Autre film de S.Frears dont la publicité était faite àla Une de S.O. il y a une huitaine de jours...Quelques indices m'ont fait penser que vous aviez lu cet entrefilet, et fait un rapprochement...
    "Vieille courtisane...jeune homme..."C'est
    tellement loin de ce que je pensais vivre
    que la,conclusion de ce film me parait être la seule réalité... Il en est ainsi et ne nous faut-il pas maintenant admettre cette réalité? Je pense très sincèrement que cela nous apportera appaisement et nous rendra libres...
    La confiance est toujours au rendez-vous.
    Fra m

Ajouter un commentaire

Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

Les derniers tweets

Sur Facebook

GALERIE INSTAGRAM

Bordeaux