Blog Notes d'Alain Juppé

Vive la belle langue française

Publié le 26/05/2013 par Alain Juppé

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le projet de loi sur l’enseignement supérieur présenté par Mme Geneviève Fioraso ne soulève pas l’enthousiasme. Ni de ceux qui, à gauche, espéraient la rupture avec les bonnes réformes réalisées sous le quinquennat précédent, à l’initiative de Valérie Pécresse. Ni de ceux qui regrettent la détérioration de la gouvernance de nos universités et de leur autonomie que cette loi porte en germe.

La discussion du texte s’est d’ailleurs déroulée dans l’indifférence générale, à l’exception de la controverse qu’a suscitée l’une de ses dispositions: l’autorisation donnée à nos universités d’organiser, dans certaines conditions, des cours en langue anglaise. 

Cette « innovation » ne me choque pas. Plusieurs établissements prestigieux la pratiquent depuis longtemps, par exemple HEC ou l’Ecole Polytechnique. Pourquoi avoir peur de recourir à ce qui est devenu la lingua franca de notre siècle? A condition bien sûr que les étudiants étrangers qui sont les bienvenus dans nos universités restent tenus de passer leurs examens en français! Mais il est indispensable que les jeunes français deviennent réellement bi-lingues (voire tri-lingues bien sûr). Ne soyons pas frileux.

Toutefois cette réforme manquerait son but et pourrait même avoir des conséquences désastreuses si elles apparaissaient comme un signal de renoncement. Renoncement à la défense et illustration de la langue française qui est un de nos trésors partagés.

Je fais donc deux propositions:

– D’abord que nous lancions un programme ambitieux de développement de l’offre de langue française à l’international. La demande existe. Dans de nombreux pays que je visite, en Afrique du Nord, en Afrique sub-saharienne, au Moyen-Orient, en Amérique latine et même en Asie, j’entends la même demande de cours de français, de profs de français, d’établissements d’enseignement du français tant au niveau secondaire que supérieur. Notre magnifique réseau de lycées français à l’étranger qui attirent non seulement les enfants de nos expatriés mais beaucoup de nationaux qui apprécient leur qualité est souvent saturé. Les Alliances françaises ont également un grand succès. Comme notre ministère des affaires étrangères n’a plus les moyens d’étendre le dispositif public , nous devrions essayer de mobiliser nos entreprises qui ont tout intérêt à s’appuyer sur un réseau d’anciens élèves qui gardent, le plus souvent, de la connaissance de notre langue et donc de notre culture des affinités électives avec la France. Et puis nous devrions aller beaucoup plus loin dans l’extension d’une grande université numérique mondiale capable de proposer des cours de français et en français à travers la planète. Quelques tentatives ont été faites mais elles restent encore timides.

Encore faudrait-il que nous soyons convaincus que la langue française, dont l’avenir comme langue de communication internationale se joue en Afrique, est un bien précieux et un atout majeur pour le rayonnement de notre pays. On peut en douter quand on voit comment nous la traitons chez nous. Pardon, j’aurais dû dire : at home.

La prolifération exponentielle de mots anglais dans notre langue courante me révolte, comme elle révolte tous les francophones qui vivent hors de France, tout particulièrement nos amis Québécois. Ils constatent avec tristesse le désintérêt que nous portons à la qualité de notre langue et à la cause francophone. Il est vrai que les médias et les « communicants » s’en donnent à cœur joie. Les exemples sont tellement nombreux que chacun en trouvera aisément. Un « cas » cependant qui franchit toutes les bornes: celui d’un magasin de cycles où je faisais réparer mon vélo et qui vient de changer de nom; il s’appelle désormais : « The bike factory ». Si le ridicule tuait, les victimes seraient innombrables. Snobisme et ignorance se conjuguent pour aggraver le mal : comme nous parlons en général très mal l’anglais, nous voulons faire croire le contraire en nous déclarant « ready » machin ou « friendly » zozo. Aveu de faiblesse. Une langue qui s’étiole, c’est un pays qui décline.

Deuxième proposition donc : puisqu’on va assouplir la loi Toubon pour permettre de faire des cours en bon anglais, pourquoi ne pas la renforcer pour arrêter l’épidémie de mauvais français ?

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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