Blog Notes d'Alain Juppé

Vive la France !

Publié le 08/01/2013 par Alain Juppé

L’année 2013 sera dure, c’est entendu, voire très dure. On nous a prévenus, chez nous en France, mais aussi en Europe et plus largement dans le monde.

Les raisons de le penser sont nombreuses et fortes:

– la crise, malgré quelques signes positifs, n’est pas totalement surmontée, ni dans la zone euro, ni aux Etats-Unis, ni au Japon;

– les conflits, ouverts ou latents, agitent bien des régions de la planète, l’Afrique sahélienne, le monde arabe, le Proche et le Moyen-Orient, mais aussi la mer de Chine ou la péninsule coréenne ( que faut-il attendre à court terme du nouveau cours politique annoncé par le dictateur nord-coréen?)… la liste n’est pas exhaustive. Les conséquences économiques de ces conflits sont évidemment négatives pour tout le monde.

– Les défis environnementaux ne sont pas maîtrisés, à commencer par le réchauffement climatique et il faut une grande dose d’optimisme pour faire une lecture positive des conclusions des dernières grandes rencontres internationales consacrées au développement durable.

– Et puis, le monde change, rapidement, profondément, continûment. Changement porteur à la fois de grands risques et de belles espérances, mais en tout cas dérangeant comme tout changement.

Faut-il dès lors céder à notre inclination nationale: la morosité, voire le pessimisme?

Pour ma part, je m’y refuse absolument. Je suis plus que jamais convaincu que la France est un pays, certes original (les 75%!!! Ubu roi…), mais plein de ressources et merveilleux à vivre. Pas pour tout le monde, bien sûr, mais soucieux plus que d’autres de justice et de fraternité.

Nos atouts sont connus. Je n’en ferai pas la liste. Je n’en citerai ici que trois: notre population, qui atteint presque 65 millions d’habitants, ce qui est le ressort de tout dynamisme; nos créateurs et nos entrepreneurs qui nous tirent tous vers le haut; et puis une exigence d’équilibre entre l’économie de marché ouverte sur le monde et un système de solidarité qui a l’ambition de ne laisser personne sur le bord du chemin

Alors, pourquoi cela ne va-t-il pas mieux? Pourquoi, à court terme, les perspectives de croissance et d’emploi restent-elles mauvaises?

C’est que nous avons tardé et que nous tardons encore à mettre en oeuvre les réformes profondes, drastiques qui doivent nous permettre de corriger nos erreurs et nos carences. Car il y en a eu, et il y en a encore.

La lecture de la feuille de route que le Premier ministre vient de donner à son gouvernement dans les colonnes du Monde daté d’aujourd’hui est-elle de nature à nous rassurer? Ce n’est pas mon sentiment.

C’est, sans doute, un énoncé de bonnes intentions. C’est même un tournant courageux dans une direction moins “socialiste à gauche toute”, et plus “réalpolitique”. On y lit un vibrant plaidoyer en faveur de la mondialisation -régulée comme il se doit- mais enfin de la mondialisation  qui permet “d’élargir la diffusion de nos produits, d’attirer des entreprises et des emplois, de bénéficier d’innovations venues d’ailleurs”. Fichtre! Le chantre de la dé-mondialisation, toujours membre du gouvernement Ayrault, doit se retourner dans sa marinière.

Mais au delà de ces bonnes intentions, quoi de concret et de courageux? Comment l’objectif de réduction de 60 milliards des dépenses publiques, indispensable pour arrêter la spirale de l’endettement, sera-t-il atteint? Mystère. M. Ayrault se borne à condamner la méthode du gouvernement précédent qui “taillait indistinctement”… sans nous dire où lui-même “taillera” intelligemment. Pour l’instant il annonce plutôt de nouvelles dépenses, sans doute généreuses et nécessaires (lutte contre la pauvreté, prise en charge de la dépendance), sans indiquer aucune piste d’économie.

Il est vrai que les réformes incontournables sont en même temps difficiles. J’en énumère quelques-unes:

– une révolution éducative visant à développer massivement l’alternance sous toutes ses formes ainsi que les filières professionnelles

– une refonte de l’organisation administrative de notre pays, dans les ministères assurément, mais aussi dans les territoires où les niveaux d’administration sont trop nombreux

– une ré-orientation totale de notre fiscalité qui doit cesser de pénaliser le mérite et le travail , et contribuer à ré-orienter notre abondante épargne nationale vers l’investissement productif

– une rénovation des relations et du droit du travail qui concilie mieux la sécurité des salariés et la souplesse d’adaptation des entreprises, à commencer par les PME ( je souhaite de tout coeur que la négociation en cours sur ces questions aboutisse à un résultat non dérisoire)

– et puis, j’ose le mot, une réforme morale qui nous permette de ré-introduire de la responsabilité dans notre fameux “modèle social”, et de la modération dans notre non moins fameux “modèle républicain” qui doit mieux concilier notre légitime exigence d’unité et le respect de notre diversité, y compris religieuse.

Voeux. Voeux pieux? Voeux très réalistes, je crois. La France peut faire tout cela. Car la France est un pays merveilleux. Oui, en ce début d’année, je me fais plaisir en disant haut et fort: vive la France!

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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