Blog Notes d'Alain Juppé

Vous avez dit rigueur?

Publié le 07/05/2010 par Alain Juppé

Et si nous arrêtions nos circonlocutions autour du mot « rigueur »?

N’est-il pas évident aujourd’hui, pour tout responsable de bonne foi, qu’une gestion rigoureuse de nos finances publiques s’impose à tout gouvernement digne de ce nom? François Fillon a le courage de le dire et je lui tire mon chapeau.

Où en sommes-nous cette année ? Notre déficit public atteint 8% de notre produit intérieur brut, contre 6,6% en moyenne dans la zone euro; notre dette publique représente 83,6% de ce même PIB, contre 84,7 en moyenne dans la zone euro . Certes, notre situation n’a rien à voir avec celle de la Grèce. Mais elle n’est pas tenable et nous nous sommes solennellement engagés à l’améliorer, et notamment à ramener notre déficit à 3% d’ici 2013. C’est un défi considérable. Le retour de la croissance, qui restera modeste, ne suffira pas à le relever. Nous devrons donc agir sur les deux seuls leviers disponibles: la réduction des dépenses et l’augmentation des recettes.

Tout le monde, ou presque, est d’accord pour s’attaquer aux dépenses inutiles. Mais, sauf à se contenter de mesures cosmétiques ou démagogiques, toute vraie réduction des dépenses publiques, qu’il s’agisse de celles de l’Etat, des collectivités locales ou des régimes sociaux, est forcément douloureuse. Elle suscite inévitablement des protestations et des oppositions de la part des catégories touchées. Il faut s’y préparer, y compris au niveau local.

D’où l’absolue nécessité de faire en sorte que la rigueur s’accompagne d’une forte exigence de justice. Et c’est ici que le correctif fiscal peut et doit intervenir. On voit bien qu’il nous faut remettre un peu d’ordre dans la multitude des avantages fiscaux de toute sorte, qu’on qualifie par facilité de niches, et dont le cumul permet à certains contribuables d’échapper quasiment à l’impôt. Et puis, dans la grande difficulté où nous sommes, il ne serait pas inconvenant de demander un effort suplémentaire à ceux qui souffrent le moins de la crise. A condition, bien sûr, qu’on ne cible pas, comme trop souvent, les classes moyennes mais les vrais hauts revenus. Objection, nous dit-on: « Les riches s’en iront. » Parfois, il faut choisir le moindre mal. 

Ces efforts, ces sacrifices suffiront-il ? Nous sommes aussi entraînés dans la tourmente européenne, avec sa contagion mondiale qui fragilise notre monnaie. J’ai déjà écrit dans ce blog combien les lenteurs de la réaction européenne à la crise grecque (portugaise, espagnole…) m’inquiétaient. Les recherches en responsabilié, à ce stade, seraient contre-productives. Ce dont nous avons besoin d’urgence, c’est d’un front européen solide, autour d’une détermination franco-allemande sans faille. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, dans la lettre commune qu’ils viennent d’envoyer au président de Conseil européen , affichent leur volonté de « renforcer la gouvernance économique de la zone euro » (…) en renforçant la surveillance budgétaire et en élargissant la surveillance aux questions structurelles et de compétitivté  » . Excellentes intentions, souvent répétées. Mais les marchés, dans leur avidité et leur stupidité « court-termiste », ne se payent pas de bonnes paroles.

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10 commentaires pour « Vous avez dit rigueur? »
  • Antoine GED
    Le 15 Mai 2010 à 20 h 31 min
    Cher Monsieur Alain Juppé,

    On est aujourd'hui samedi 15 Mai. Il est, à peu de choses près, 20h30.

    Je ne sais pourquoi certains des messages qui vont ont été adressés postérieurement aux miens propres se sont déjà affichés sur mon écran alors que ceux que je vous avais envoyés sont toujours en instance de " modération ".

    Mais, à la vérité, peu importe et peu m'importe !

    Car une chose est sûre, c'est que les autres commentaires sont bien plus intéressants que ceux que je vous avais adressés qui s'apparentaient plus à de l'oséquiosité malsaine ou de la vaine flagornerie qu'à d'utiles commentaires " critiques ".

    Aussi, je ne saurais trop vous suggérer d'oublier tout cela et de vous en tenirà ces autres commentaires qui, bien plus que les miens, ont eu l'heur de me plaire.

    A une autre fois, peut-être ?

    Avec l'assurance de mon fidèle souvenir,
    Antoine GED
    Antoine GED
  • DD
    Le 14 Mai 2010 à 22 h 31 min
    "Mais les marchés, dans leur avidité et leur stupidité “court-termiste”, ne se payent pas de bonnes paroles."

    Il faut dire qu'avec le traité de Maastricht et l'europe des Nations (une juxtaposition de pays sans unitié et sans action coordonnée efficace) que vous avez construits, Monsieur Juppé, les spéculateurs peuvent librement s'en donner à coeur joie!

    Les plans de sauvetages, de rigueur ...etc... ce ne sont que des pansements qu'on met sur des plaies qui gangrainent. On ne fait rien d'autre que de se soumettre aux marchés.
    Ce n'est que de la réaction, pas de l'action ou de l'anticipation. Ce n'est pas de la force, c'est de la faiblesse.
    L'Europe de Maastricht ou la destruction du politque au profit du financier...

    Alors, Monsieur Juppé, concrètement, les "marchés", les spéculateurs, vous proposez quoi pour leur couper les c...?
    DD
  • Michel MARTIN
    Le 14 Mai 2010 à 13 h 54 min
    Monsieur Juppé,
    J'apprécie que vous assortissiez la rigueur (dans le sens de l'austérité, nul n'en doute) à la justice sociale. Que mettre en place pour que les salaires se remettent à croître et qu'il ne soit plus nécessaires pour les moins riches de faire appel au crédit pour compenser cette rigueur salariale? L'ensemble de la population a pris conscience que la finance parasitait l'économie au lieu de la servir, ainsi que les résultats mirobolants des banques continuent de le confirmer éhontément, n'y aurait-il pas une piste de ce côté? Je ne saurais que vous recommander de regarder avec attention cette vidéo de Paul Jorion qui nous explique très bien ce qui se passe, y compris pour les non initiés au jargon financier ou économique:
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=11619#comments
    Bien à vous
    Michel MARTIN
  • Mabertrand
    Le 13 Mai 2010 à 15 h 28 min
    Dans la recherche d'économies, il faudrait mettre fin à la gabegie des installations de panneaux solaires sur le toit de particuliers, avec obligation d'achat du courant produit par EDF au tarif exorbitant de 48 cts/kwh, soit 15 fois plus cher que le kwh électronucléaire de 3,8cts/kwh. J'entendais ce matin à la télévision une dame expliquer qu'elle avait fait un investissement de 17 000 euros avec un crédit d'impôt de 7000 euros et une subvention du département du Nord de 3000 euros, donc coût net de 7000 euros, qui lui rapportera entre 1500 et 1700 euros/an (donc remboursé en 5 ans, avec un contrat de 20 ans à la clef). Mirifique, sauf pour le client EDF qui paiera son électricité plus cher, qui paiera plus d'impôt sur le revenu à cause du crédit d'impôt, qui paiera plus d'impôts locaux grâce à la subvention. Pour l'investisseur, c'est l'aubaine, pour le citoyen la gabegie ! Quelqu'un a t'il dit: " l'écologie, ça commence à bien faire
    Mabertrand
  • roland
    Le 09 Mai 2010 à 09 h 18 min
    du courage voila ce qui manque aux politiques pour dire non aux renvendications
    des nantis
    du courage a la place de carrière
    roland
  • KLEBER
    Le 08 Mai 2010 à 18 h 09 min
    Monsieur Juppé,
    voilà une belle déclaration, à laquelle on ne peut que souscrire; ce sont d'ailleurs les propos que l'on tient dans tous les débats et interviews d'économistes, diffusés ces deniers temps.
    Il convient en effet de distinguer la problématique de la France et celle de la zone EURO.
    Pour la France, nous attendons toujours les dirigeants à la hauteur de la situation. N Sarkozy en fait il partie? J'en doute de plus en plus comme nombre de nos concitoyens.
    Sa déclaration récente à des députés: "à partir de mi 2011, on ne fera que de la politique" me consterne une fois de plus et me conforte dans mes doutes. Qu'est que cela veut dire? d'abord se faire réélire et après on verra?
    Pour la zone EURO, une monnaie unique sans gouvernement économique unifié est vouée à l'échec.
    Que font nos dirigeants dans ce sens? mais est ce possible et réaliste?
    Avant d'élargir l'Europe, il eut fallu d'abord l'approfondir.
    KLEBER
  • Etienne
    Le 08 Mai 2010 à 16 h 23 min
    De bons mots, une logique cohérente mais qui n'aboutie sur rien de conqret en ce moment.
    Comment contrer la dette ?
    Faut il penser au futur ?
    Est ce cela la priorité des dirigeants ?

    C'est bien beau de vouloir fermer le robinet, je suis pour, mais alors pourquoi s'en prendre au trader, par ex, et laisser l'état français empocher des commissions et des rétro-commissions ?
    Pourquoi ne pas avoir pris une part des banques lors de la crise.
    Les petites gens dont je fais partie ont l'impression que le monde marche à 2 vitesses.

    Les puissants d'un coté, et les autres de l'autre.

    Comment accepter que des produits achetés à l'autre bout du monde, qui ne sont pas taxés, qui sont polluants et qui ne respectent pas la dignitée de la personne puissent arriver à tres bas couts sur notre sol Européen ?

    Ce monde qui se dessinent ne plait plus aux gens. Les richesses de certains explosent, la majorité des gens (meme si on vit bien) sont dans des situations difficiles (financiere ou morale) et n'ont plus le regard sur le futur.
    On fait de moins en moins d'enfants en Europe...

    On se laisse gagner par la routine et la mélancolie !

    Alors que, tout est possible !!

    Les techniques actuelles sont surprenantes sur tout les points et, le monde est de plus en plus ouvert !

    Il faut de vrais Hommes d'Etat, fidèles à leurs valeurs (comme vous Mr) qui souhaitent reelement faire avancer les peuples.

    Pour que le bonheur de chacun puisse s'épanouïr, et faire de nos vies la plus belle des choses.

    Cela fait, et accomplie, il faudra penser à nos amis exterieur de l'europe et faire le bien pour eux, car nous seront tous gagnants-gagnants.

    La vie est trop courte et trop belle pour être négligée...

    Mon post est peut être un peu trop idéaliste et pas assez concret économiquement, c'est je pense le regard que n'ont plus certains sur la vie.

    Qu'est elle ?
    A quoi sert elle ?
    Qu'en faire ?

    A ces questions je n'aurais qu'une seule réponse :

    Créer, c'est vivre deux fois
    Albert Camus
    Etienne
  • Luc
    Le 08 Mai 2010 à 15 h 31 min
    J'ai jusqu'à une époque très recente été très reticent à la remise en cause du bouclier fiscal. La nécessité qu'un impôt ne soit ni un frein au développement économique (idée par nos vieux libéraux dans nos manuels d'éco) et qu'"un impôt exagéré détruit la base sur laquelle il porte" développée par JB Say et théorisée par Laffer ( et sa fameuse courbe) ne sont pas récentes et sont d'autant plus actuelles du fait de la facilité avec laquelle on peut organiser l'évasion fiscale.
    Un bouclier fiscal était donc une nécessité pour marquer jusqu'où il ne fallait ne pas aller trop loin.
    Né de la loi de finances de 2006, il évite au contribuable de payer un impôt supérieur à 60% du montant total de ses revenus. Couplé à une refonte du barême de l'impôt sur le revenu, il devait selon Dominique de Villepin "réconcilier les français avec l'impôt" et "restaurer l'attractivité de notre territoire".
    Le gouvernement Fillon a renforçé le dispositif en baissant le plafond à 50% et en prenant en compte la Csg et la crds.
    Mais la crise est passé par là : notre dette s'est envolée et notre déficit public approche les 8% du PIB.
    La tornade financière nous oblige non seulement à la solidarité avec la Grèce mais aussi à envisager un sérieux "tour de vis" en France : la stabilité des dépenses de l'État est un premier pas mais nous n'échapperons pas à court ou moyen terme à la recherche de ressources supplémentaires : il serait injuste que les plus aisés soient les seuls à échapper à ce qui sera forcément un effort collectif.
    A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles : par souci d'équité, il convient donc d'aménager le dispositif du " bouclier fiscal" en proposant par exemple sa suspension totale jusqu'en 2013, date à laquelle le déficit budgétaire devrait revenir sous les 3% du PIB.
    Luc
  • alain Price
    Le 08 Mai 2010 à 11 h 03 min
    Bonjour
    Inutile de jouer sur les mots en effet: quand pendant des années on a dépenser plus que l'on a perçu il faut soit diminuer les dépenses, soit augmenter les recette. Il suffit de lire les rapports des Cours des comptes (nationale et régionales) pour comprendre qu'il ya des gisements d'économies...
    Mais le plus inquiètant est le fonctionnement incohérant de la bourse et des marché finaciers: hier une erreur d'un trader faisait chuté un titre (e enpartie) la bourse de NY. Qu'a t on fait pour encadrer ces marchés? Lorsque j'étais étudiant en école de commerce, on m'a enseigné que la bourses était le meilleur moyen pour les entreprises de trouver de l'argent frais. Voire!! A quoi sert le "marché à terme" si ce n'est de spéculer autant à la hausse qu'à la baisse. Pourquoi ne l'a t on pas supprimé.
    Pourquoi n'y a-t-il aucune régulation quand la valeur boursière d'un titre est anormalement élevé (ou bas par rapport à sa valeur comptable)
    Je ne suis pas "boursophobe" par conviction, mais je pense qu'il existe dans notre pays une masse importante de capitaux détenu par de petits propriétaire qui ne s'investissent pas dans les entreprises simplement parce que la Bourse n'est pas rationelle, trop compliquée, en un mot folle!!!
    alain Price
  • gregory
    Le 07 Mai 2010 à 22 h 55 min
    Ce sont de beaux mots pour pousser à la réflexion et se préparer à la rigueur qui, en effet, va arriver.

    Pas une parole ou presque des hommes politiques pour s'attaquer au sujet complexe de la fiscalité, pas un politique de taille qui s'est réellement attaqué au sujet de la financiarisation de l'économie, pas ou peu de politique pour se poser la question de la véracité des comptes publics, de la corruption dans la fonction public ou dans le privé.

    Par contre, tous se focalisent sur ce jeune qui deale en bas de son immeuble, sur celle qui met une burqa. Ce sont probablement des sujets mais loin d'être les vrais.
    Comment expliquer à un jeune sans avenir qui constate que le monde est pas très beau que c'est mal de dealer ? Comment expliquer à un jeune brillant qu'il ferait mieux d'aller dans l'industrie alors même qu'il peut marger 10 à 100 fois plus dans la finance.

    La rigueur ?
    La rigueur, normalement, c'est tous les jours, c'est la gestion d'un bon père de famille qui ne gache pas les deniers publics (les miens, les siens, les votres, les notres).

    Non, nous n'avons pas besoin de rigueur.

    Nous avons besoin d'un système social et énonomique qui favorise l'entreprenariat, la création, le travail, qui n'incite pas à l'exclusion ou à la fénéantise.
    Nous avons besoin d'un projet économique et social qui court sur plusieus années et projète la France, de nouveau, dans la catégorie des pays développés.
    Nous avons besoin deréformer la fiscalité, l'éducation, les règles de commerce international, le fonction des marchés financiers, les retraites.

    Pour être un grand voyageur tant privé que professionnel, je constate presque chaque jour que nous sommes loin, très loin des réalités de ce monde. Nous sommes en particulier loin d'être un pays développé. Une personne développée ne se tire pas, chaque jour, une balle dans le pied.
    gregory

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
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