Blog Notes d'Alain Juppé

Vous avez dit « valeurs? »

Publié le 07/07/2012 par Alain Juppé

On lit, ici ou là, qu’un débat sur les valeurs de l’UMP est inutile, pour la bonne raison que nous serions parfaitement au clair, dans nos têtes, sur les dites valeurs. Soit. Mais comment expliquer alors qu’une proportion croissante de nos électeurs estime qu’elles sont compatibles avec les idées du Front national? Nous avons, au minimum, un problème de communication!

En vérité une clarification est nécessaire. Je comprends qu’elle puisse gêner ceux qui préfèrent rester dans   l’ambiguïté. Je crois pour ma part que nous avons tout à gagner à en sortir.

Je voudrais contribuer modestement à ce travail de clarification en posant quatre grandes questions.

Et d’abord la question économique, qui est celle de l’emploi et donc de la croissance. Il ne s’agit pas ici de proposer un programme économique mais d’en poser les principes. Nous n’aurons pas de mal à nous mettre d’accord pour affirmer que nous voulons une France entreprenante, compétitive et travailleuse:

– entreprenante parce que nous croyons que la libre entreprise et l’économie de marché sont seules créatrices de richesses, à condition bien sûr que le marché respecte un corps de règles et de bonnes pratiques. On a trop vu les dégâts qu’a causés la dérégulation de « l’économie financière » pour croire encore aux vertus d’un libéralisme à tout crin. Les futurs « mouvements » de l’UMP apporteront, sans aucun doute, d’utiles nuances à cette ligne conductrice.

– Compétitive parce que nous faisons confiance à l’ouverture de notre économie sur l’Europe et le monde. La concurrence et l’échange poussent à l’innovation et au progrès. Nos entreprises ne doivent donc pas supporter des charges ou des normes qui les affaiblissent dans la compétition internationale.

– Travailleuse, parce que, dans notre conception de la personne humaine en société, le travail n’est pas aliénation mais libération. A condition que la reconnaissance du mérite individuel permette un réel enrichissement des tâches et qu’en travaillant plus, ce qui est un facteur essentiel de compétitivité, les Français puissent aussi travailler mieux.

La question sociale ensuite. Nous voulons une France généreuse, c’est-à-dire une France dans laquelle ceux qui ont le plus aident ceux qui ont le moins. Le besoin de justice et d’égalité qui caractérise depuis si longtemps la mentalité française n’a jamais été aussi puissant, peut-être parce que les injustices et les inégalités se sont accrues. C’est pourquoi la protection sociale que nous avons édifiée principalement depuis la dernière guerre mondiale est notre bien commun. Pour la préserver et la conforter, il faut la fonder plus que jamais sur le principe de responsabilité: responsabilité de ceux qui contribuent à l’effort de solidarité, ce qui implique que cet effort ne soit pas confiscatoire et ne décourage pas la prise de risque; responsabilité des bénéficiaires de la solidarité nationale qui doivent être mis en situation de se ré-insérer aussi rapidement que possible dans le cycle du travail et de la vie sociale. Quant à l’aspiration à l’égalité, il faut y répondre en garantissant l’égalité des chances, et pour ce faire, ériger l’éducation nationale en priorité nationale.

La question européenne en troisième lieu. Nous sommes profondément attachés à l’identité de la France, je vais y revenir. Mais nous sommes aussi tout à fait conscients que la meilleure manière de continuer à affirmer cette identité, c’est d’être pleinement impliqués dans la construction d’une Europe plus forte. La mondialisation n’est en soi ni un bienfait ni un fléau. C’est un fait. Elle sera surtout ce que nous en ferons. La meilleure manière de la tirer dans la bonne direction, c’est de le faire ensemble avec nos partenaires européens. La France doit donc être le moteur d’une Europe forte, capable de faire respecter ses frontières, décidée à  défendre ses intérêts économiques et sociaux dans la compétition mondiale en y faisant adopter le principe de réciprocité, prête à se doter des outils politiques nécessaires à la stabilité de sa monnaie et à la croissance de son économie. Dans ce domaine aussi, il y aura des nuances entre nous. Certains voudront aller plus loin et plus vite vers des transferts de souveraineté pour faire de l’Union un véritable acteur politique mondial. Mais ce débat ne sera pas médiocre et ne remettra pas en cause les fondements de notre engagement européen.

Enfin, la question nationale. Oui, à nos yeux, la Nation est une valeur essentielle. Dans le monde globalisé que j’ai évoqué de manière très elliptique, nous avons besoin de repères, de racines, d’une base solide sous nos pieds. Le village global d’un côté, mais la patrie de l’autre. Et il faut rejeter une bonne fois pour toutes le terrorisme intellectuel qui voudrait faire du sentiment national la propriété de la droite extrême et de ses penseurs. N’est-ce pas l’éditorialiste du Nouvel Observateur, Jean Daniel, qui vient de publier un livre intitulé « Demain la Nation », dans lequel il fait précisément l’apologie de la Nation? Et bien d’autres, de toutes sensibilités. L’amour de la patrie, l’attachement à la Nation française définie comme le vouloir-vivre ensemble de ses citoyens transcendent les clivages partisans. Pour moi, ils sont au coeur de l’idéal de notre UMP, qui signifie , je le rapppelle, union pour un mouvement populaire. Quelles conséquences en tirer ? D’abord la fidélité au modèle d’intégration républicain qui veut que la Nation française n’est pas une addition de communautés régies par leurs règles propres (même si chacun garde ses racines) mais une seule communauté de citoyens à égalité de droits et de devoirs. La communauté nationale est accueillante aux étrangers dès lors qu’ils respectent ses lois et ses valeurs. Mais elle lie le droit de vote et la citoyenneté. Et elle se reconnaît le droit de réguler le flux d’entrée des nouveaux arrivants à la mesure de ses capacités d’intégration, notamment en matière d’emploi et de logement.

Enfin, notre modèle républicain fait de la laïcité un principe fondamental de la cohésion nationale. ce qui concrètement signifie que la République sépare sans ambiguïté l’ordre du politique et l’ordre du religieux, l’un n’interférant pas dans l’autre et réciproquement. La République respecte et fait respecter les croyances et les non-croyances, toutes les religions y compris l’Islam de France qui a toute sa place en France. Elle combat tous les extrêmismes, tous les fanatismes qui contreviennent à ses lois, de quelque religion qu’ils se réclament.

J’ai jeté ces quelques idées sur le papier. Je les livre bien sûr à la critique.

J’ajouterai seulement qu’un fil conducteur les relie: la confiance dans la liberté de la personne humaine comme principe de tout esprit de création et comme source de toute générosité, infiniment supérieur aux  machineries bureaucratiques ou étatiques. Il ne s’agit pas d’une profession de foi individualiste, mais au contraire de la conviction que chacun ne s’épanouit pleinement qu’en allant vers les autres.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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