J’ai pensé que vous pourriez être intéressés par le bref discours que j’ai prononcé hier à Bordeaux, en prélude au dernier forum d’échange d’idées de l’UMP. En voici le texte:
Je vous souhaite à tous la bienvenue à Bordeaux, ma ville qui vient de nous témoigner à nouveau sa confiance, à mon équipe et à moi-même.
Je veux redire ici mon attachement à l’UMP : avec d’autres et notamment avec Jean-Pierre RAFFARIN, j’ai contribué à sa fondation. Je suis heureux que sous l’impulsion de Nicolas SARKOZY, elle s’affirme – et de loin - comme la première formation politique de France. Je crois plus que jamais qu’il n’y a pas de démocratie moderne sans grands partis fédérateurs.
C’est pourquoi j’ai appelé chacun et chacune à respecter les règles de bonne conduite que vous vous êtes fixés :
Il y a le temps du débat. Nous y sommes : bravo à toutes celles et à tous ceux qui y participent. Un salut particulier à notre aquitaine Michèle ALLIOT-MARIE.
Il y aura à la mi-janvier, le temps de la décision. Je suis confiant que chacun aura à cœur de la respecter et que tous, nous nous rassemblerons autour de notre candidat.
Enfin viendra le temps de la campagne électorale que nous mènerons tous ensemble.
La bataille sera rude. Il faudra y mettre toutes nos forces, en nous appuyant sur ce que nous avons réalisé ensemble : sur l’action du Président de la République dont la lucidité et le courage sur la scène internationale ont permis à notre pays d’affirmer son influence; sur le travail de nos gouvernements successifs qui ont mené à bien de nombreuses et belles réformes.
Il faudra surtout toucher, par la voix de notre candidat, le cœur et l’esprit de nos concitoyens qui sont dans l’espérance de temps nouveaux.
Voici quelques-uns des messages que, pour ma part, j’aimerais entendre au cours de cette campagne :
N’ayez pas peur de la mondialisation!
Ce n’est pas un fléau qui menacerait de nous détruire ; c’est un mouvement vieux comme le monde, avec son cortège de bienfaits et de risques. Nous devons l’humaniser et le démocratiser. Oui, un autre monde est possible. Nous devons aussi nous y adapter pour en tirer le meilleur profit non par le repli sur nous et le retour au protectionnisme mais par l’innovation, la recherche et le travail.
Ayez confiance dans la France!
Notre pays n’est pas en déclin.
Certes, nous avons des problèmes. Certes, les inégalités, les injustices, la pauvreté fragilisent notre société. Certes, des changements profonds –et parfois des ruptures- sont nécessaires.
Mais nous avons en nous-mêmes tous les atouts du sursaut, à commencer par une jeunesse formidable, avide de justice, ardente au travail quand elle en trouve, prête à entreprendre et à créer.
Notre premier devoir est de lui donner toutes ses chances en rendant plus efficace et plus juste notre éducation nationale, en diffusant, de l’école à l’université, la culture de la responsabilité.
Soyez des militants de la Terre!
Il y a urgence : pour la première fois de son histoire, l’humanité s’est donné les moyens de détruire la planète, tant par les armes de destruction massive que par l’épuisement de la nature et la rupture des équilibres de la vie.
Ici encore, le sursaut est possible. Nous pouvons réussir, nous l’avons déjà prouvé par exemple en sauvant la couche d’ozone. Nos peuples ont pris conscience qu’il ne fallait plus attendre.
C’est une grande chaîne d’initiatives qu’il nous faut construire : du local au global, des changements de nos comportements quotidiens jusqu’à la création d’une organisation mondiale de l’environnement.
Acceptez la diversité de la France et respectez vous les uns les autres!
Notre plus vieil ennemi, en tous temps et en tous domaines, c’est le fanatisme, c’est l’intégrisme. Le monde actuel n’en est pas exempt, bien au contraire.
Au cœur même de notre société, la peur de l’autre nourrit les discriminations qui détruisent le lien social. Il nous faut les combattre par les seules armes qui soient compatibles avec nos valeurs : l’esprit de laïcité et le droit à l’égalité.
Ne renoncez pas au rêve européen!
La construction européenne, dans un monde chaotique, est un miracle.
Certes, le peuple français a exprimé ses doutes, ses incompréhensions devant certaines évolutions, son refus de certaines dérives. Il faut en tenir compte.
Mais il faut le faire en cherchant des voies nouvelles :
- une pause dans l’élargissement car notre capacité d’intégration a des limites
- de nouvelles règles de gouvernance pour éviter la paralysie d’une trop lourde machine
- des projets concrets pour répondre aux attentes réelles des Européens, par exemple la sécurité énergétique, la lutte contre les pollutions, la préservation de la santé, ou la maîtrise des flux migratoires
- la relance enfin, pour ceux qui en ont le désir, d’un vrai projet politique qui donnera à l’Europe les moyens de conduire une stratégie cohérente de croissance et d’emploi, tout en défendant sa vision de la marche du monde.
Je ne veux pas être plus long même s’il y aurait encore beaucoup à dire sur tous ces sujets et sur bien d’autres.
Je veux simplement affirmer, en terminant, ma conviction que les Français sont un peuple plein de bon sens. Les paillettes ne les éblouissent pas longtemps.
Ce qu’ils attendent, c’est du fond, de la conviction, de la volonté, du leadership !
Je veux aussi répéter devant vous ma résolution à tout faire pour que le plus tôt possible nous nous rassemblions de bon cœur et de tout cœur autour de notre candidat, celui qui fera gagner la France.
Bonheur de lancer des projets, d’écouter et de dialoguer. Envie de vous faire partager ma journée d’hier.
A 9h, le Président de la République lance, à l’Elysée, son projet de conférence internationale sur l’environnement. Date: 2 et 3 février prochains.
Objectif: dresser un constat partagé de la situation de la planète, notamment de l’évolution du climat; proposer un plan d’actions prioritaires; mobiliser les gouvernements qui soutiennent l’idée d’une Organisation des Nations Unies pour l’environnement.
Ce ne sera pas facile. Tous les Etats membres de l’Union Européenne marchent avec nous; une bonne vingtaine d’autres pays soutiennent l’initiative. Mais les résistances seront fortes, principalement aux Etats-Unis et surtout dans les pays émergents, tels la Chine, l’Inde ou le Brésil qui ne veulent pas qu’on bride leur croissance. Encore que, même dans ces pays, les opinions publiques évoluent; beaucoup de collectivités locales y sont en pointe dans le combat pour le sauvetage de la planète.
Un comité d’honneur a été constitué pour aider à la préparation de cette conférence. On y trouve Nicolas Hulot, le philosophe Edgar Morin, le climatologue Jean Jouzel, Bertrand Collomb, ancien président du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable, Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères et Laurent Stéfanini, ambassadeur délégué pour l’environnement. La présidence de ce comité d’honneur m’a été confiée. La tâche est excitante.
Retour à Bordeaux en début d’après-midi.
Je reçois deux jeunes bordelais passionnés d’art lyrique, qui font merveille aux Etats-Unis en tant que directeurs artistiques de l’Opéra français de New York. Ils ont plein d’idées sur l’Opéra National de Bordeaux dont ils me vantent les capacités artistiques, tant celles de l’orchestre que celles du ballet, sans doute le meilleur ballet néo-classique de France après Paris. A suivre.
A 18h, débat sur l’architecture à Arc en rêve. On y discute de la relation entre l’architecte et le politique. Un des architectes présents donne cette définition de son métier: “provoquer une inquiétante étrangeté”. Stimulant. Nous nous accordons sur un point: le bon architecte doit allier la compétence technique ( il est d’abord “constructeur”) et la capacité d’émouvoir.
Nous avons en tout cas de la chance d’avoir à Bordeaux un lieu de réflexion, mais aussi d’exposition et de pédagogie d’aussi grande qualité qu’Arc en rêve. AGORA qui est organisé par ses soins est devenu un rendez-vous incontournable de l’architecture française et même européenne.
Enfin, en soirée, rencontre avec Jean-Claude Guillebaud, à l’invitation du journal La Croix et de la revue Etudes. La grande salle de l’Athénée municipal est pleine à craquer. Thème: retrouver la confiance.
Nous abordons de nombreux sujets. Nous nous retrouvons sur la conclusion: “N’ayez pas peur”!
J’insiste: “N’ayez pas peur de la mondialisation!” Ce n’est pas un tsunami qui menace de nous submerger. C’est un mouvement vieux comme le monde qui peut devenir une chance, pour peu que nous sachions l’humaniser et le démocratiser. Réminiscences de mon cours à Montréal…13/12/06
J’ai très envie de reprendre le dialogue avec vous sur mon blog-notes. Je vais essayer de trouver le temps nécessaire. Ne soyez pas surpris si je vous y parle beaucoup de Bordeaux. C’est à nouveau ma vie quotidienne et j’en suis profondément heureux.
Vendredi soir, dîner-débat devant 500 militants UMP de la 8ème circonscription de la Gironde (qui va du Cap-Ferret à Bazas!)
Je leur parle, tout au long de mon intervention, de “l’urgence environnementale”. Ils m’écoutent avec beaucoup d’attention. La prise de conscience de l’opinion est vraiment frappante.
Au moment des questions, un intervenant, qui travaille dans un centre de recherche et connaît apparemment très bien le sujet, exprime ses réserves sur les bio-carburants : compte tenu de la consommation d’eau,d’énergie, d’engrais, de pesticides… nécessaires à leur production , leur bilan écologique serait négatif. A creuser…
Journal télévisé de TF1, 20h, vendredi dernier. Claire Chazal m’a invité pour parler du livre que je publie cette semaine : “France, mon pays”, sous-titré: “Lettres d’un voyageur”.
Le dernier sujet du JT, juste avant l’interview, présente une étude scientifique récente qui annonce la disparition, d’ici 2040/50, de toutes les espèces de poisson que nous consommons aujourd’hui.
La transition est toute trouvée avec mon livre, tout particulièrement avec la lettre que j’écris à mes petits-enfants pour les inviter à devenir des “militants de la Terre”. Je mets ci-dessous cette lettre en ligne, dans son intégralité, et j’aimerais connaître vos réactions.
Un mot encore: comme le souligne Al Gore dans son film, “Une vérité qui dérange”, il ne faut pas tomber du refus de voir la réalité en face (”denial”), dans le désespoir (”despair”). On peut agir, et réussir.
A preuve: ce qu’a fait la communauté internationale pour sauvegarder ou reconstituer la couche d’ozone.
Les poissons ne disparaîtront que si nous restons inactifs! Le moment de l’engagement est donc venu.
Lettre à mes petits-enfants
Te souviens-tu, Lucas, de notre opération « plages propres » dans ton petit village breton ?
Nous étions venus, Isabelle et moi, passer le week-end dans la presqu’île de Rhuys pour découvrir votre nouvelle maison. Une vraie cachette, blottie au pied de l’église : quelques maisons tranquilles, silencieuses autour de leur clocher, de leur boulanger, de votre école. De bon matin (tu connais mes habitudes !), j’étais allé vous chercher des croissants et des « chocolatines », pour parler « bordeluche » …ou québécois ! Il faisait très beau ; l’épicerie-boulangerie-maison de la presse-bistro-tabac venait juste d’ouvrir ; elle était déjà pleine et animée. Pour une fois, je prenais mon temps. Je changeais de rythme. La paix ambiante calmait mes impatiences.
A 8h30, tu es parti à l’école. Et tu nous as donné rendez-vous une heure plus tard, sur la plage, pour l’opération « nettoyage ». Il faut dire que ton école, veinard, est à 5 minutes à pied du golfe du Morbihan. Nous t’avons rejoint comme convenu, Isabelle, ta petite sœur Adèle et moi. Vous étiez nombreux autour de vos maîtresses. Votre cortège s’étirait le long de la mince bande littorale. Nous fermions la marche, munis, comme vous, de râteaux, de pics et de pelles, de larges sacs-poubelles. Pendant deux heures, nous avons ramassé toutes sortes de déchets : bouteilles et sacs en plastique, canettes de bière, morceaux de bois noircis par le goudron, et les inévitables et dangereux tessons de bouteille. Je vous regardais. Vous étiez joyeux et bavards. Concentrés au début et bientôt dissipés. Je m’émerveillais de la chance que vous aviez de vivre et grandir dans cette bulle où tout ne semblait que sérénité, beauté, amitié. Sans doute la réalité quotidienne était-elle, dans vos familles respectives, moins idyllique que ne pouvait le faire croire cette matinée d’exception. Mais je goûtais l’instant avec gourmandise.
A la fin de la promenade, pardon ! du travail, vos maîtresses vous ont rassemblés et vous ont expliqué le sens de ce que vous veniez de faire : contribuer à la propreté et donc à la beauté de votre village et de votre Bretagne dont vous êtes si fiers ; apporter aussi votre petite pierre à la préservation de la nature que, souvent, les hommes maltraitent si méchamment.
Vous écoutiez sagement. Je me demandais ce qui se passait dans vos têtes : étiez-vous déjà en train de programmer vos jeux de l’après-midi ? Prêtiez-vous vraiment attention au message qu’on vous livrait… et aux remerciements adressés à « Monsieur le Maire sans qui l’opération n’aurait pas été possible » (mais oui ! la reconnaissance, ça existe !) ? Peu importe. J’étais sûr que quelque part, au fond de votre cœur et de votre intelligence, une petite trace s’était imprimée : « Moi, Lucas, Quentin, Malo…, je peux faire quelque chose pour protéger ma terre ». Beau travail de pédagogie.
En admirant les jeux de lumière sur l’île aux Moines, au cœur du golfe, je me souvenais de mes colères devant un autre paysage qui m’est cher : celui de ma côte landaise.
De Vieux Boucau à Hendaye en passant par Biarritz, j’ai passé toutes mes vacances d’enfant et d’adolescent sur cette côte. A partir de l’embouchure de l’Adour, elle devient côte basque et présente des caractéristiques physiques différentes : rocheuse et escarpée, elle rappelle plutôt votre Bretagne. J’ai fini par convaincre mes parents de se fixer à Hossegor. C’est là, vous le savez, que nous aimons nous retrouver en famille, avec Laurent et Marion qui y ont leurs racines. Nous y avons vécu tant de joies ! J’aimerais vous transmettre l’amour que nous éprouvons pour ce havre sous les pins.
L’un de mes plaisirs favoris, qui est aussi un sport, est d’arpenter, pendant des heures, la plage qui s’étire à l’infini. Je pourrais y marcher des jours et des jours, sur plusieurs centaines de kilomètres, jusques et au-delà du bassin d’Arcachon. Je m’épuise bien avant !
En dehors de la période du 14 juillet au 15 août, il y a peu de monde. Le regard ne porte que sur le sable, qui est ici fin et blond ; sur les dunes que le conservatoire du littoral ou les communes s’efforcent de fixer en y protégeant les oyats et autres plantes peu sensibles au vent d’Ouest ; sur l’Océan, rarement paisible, souvent rugissant, toujours fascinant pour les surfeurs, menaçant pour les nageurs.
Longtemps mon plaisir a été gâché par le spectacle des détritus en tous genres que chaque marée amoncelait le long du rivage, comme sur celui du golfe du Morbihan : bouteilles de produits ménagers ou morceaux de bassines en plastique, canettes de bière, de coca-cola…, verre brisé de toutes provenances, objets non identifiables soudés entre eux par un épais mazout, j’en passe et des meilleurs ! Tu connais, Lucas… Mais ici, on ne faisait pas dans le détail. Et la collecte de quelques bambins bien encadrés n’aurait pas suffi à évacuer les tonnes et les tonnes de repoussantes cochonneries qui dénaturaient notre patrimoine.
L’hiver, quand les services municipaux ne passaient plus régulièrement pour ratisser le sable, c’était l’apocalypse !
L’été, quand nous rentrions de la baignade, il y avait un point de passage obligé avant de pénétrer dans la maison : la difficile opération de dissolution des tâches d’hydrocarbures qui maculaient nos plantes de pied. Chaque année, nous testions une méthode nouvelle : le sable, le beurre, l’huile, tel ou tel détergent, ou le dernier produit miracle vendu par le pharmacien.
Vous ne pouvez pas vous imaginer dans quel état d’indignation me mettait cette pollution de nos côtes !
Je mets mon récit au passé. Et oui ! les choses ont changé ! A force de harceler nos voisins espagnols pour qu’ils cessent de déverser leurs ordures dans la mer et qu’ils aménagent de vraies décharges contrôlées, nous avons gagné ! Depuis quelques années, je rentre de mes promenades estivales… les pieds propres !
Comme quoi, il n’y a que les batailles qu’on ne livre pas qui…
Il y a, bien sûr, des rechutes, des accidents.
En novembre 2002, nous avons subi les conséquences du naufrage du Prestige, au large de la Galice. Ce pétrolier transportait 77 000 tonnes de mazout lourd dont une partie est venue souiller nos plages. J’ai failli dire : en Bretagne, vous avez l’habitude. Hélas !
L’émotion et la colère furent immenses, en Gironde notamment et tout le long de la façade atlantique. Il fallut fermer les pêcheries et les sites de conchyliculture sur des centaines de kilomètres de côtes. Tu imagines le drame, par exemple à Arcachon. Sans parler de la saison touristique compromise.
Un soir, en voyant au journal télévisé les images des boulettes de mazout qui parsemaient nos plages et menaçaient d’entrer dans le bassin, je décidai de mobiliser mon équipe municipale. Dès le lendemain, nous prîmes un car qui nous amena jusqu’à Lège Cap Ferret ; nous revêtîmes les combinaisons règlementaires et, armés de pelles et de râteaux, nous passâmes plusieurs heures, dans un froid vif, à ramasser les fameuses boulettes. Geste dérisoire, sans doute.
Mais il avait fait baisser mon taux d’adrénaline : face au scandale, nous avions tenté de réagir, si modestement que ce fût.
La pollution des mers, vous le comprenez, m’est particulièrement insupportable. Et celle de la Méditerranée, peut-être, plus que tout autre. On m’a enseigné, dans ma jeunesse, que c’était « notre mer », le berceau de notre civilisation ! L’amour que je lui voue est plus charnel qu’intellectuel. En France, en Espagne, en Italie, en Algérie, au Maroc, en Grèce, en Turquie, au Liban, j’ai le souvenir de tant d’heures délicieuses passées à nager dans ses eaux maternelles que la seule évocation de son nom me procure un plaisir physique. Combien de fois ai-je pesté, sur une plage de Corse, d’une île grecque, ou de la côte turque en constatant la négligence, la saleté qui la défigurent, le mépris de l’environnement qui s’étale partout.
C’est ainsi que, peu à peu, je me suis intéressé au combat écologique.
Vos parents, et tous les jeunes de la famille m’y ont encouragé.
A Paris, votre maman, ma belle Marion, et Clara m’ont sensibilisé à la pollution de l’air. Je les ai souvent vu faire une grimace de dégoût au passage d’un camion dont le pot d’échappement déversait généreusement dans l’atmosphère ce que nous avons appris à dénommer des « gaz à effet de serre ».
Quand je demande à Clara pourquoi elle manifeste si peu d’enthousiasme pour notre belle capitale, où elle est née, sa réponse fuse avec toute la sévérité de son âge : « Paris sent mauvais ; les rues sentent partout le pétrole ! »
Il est vrai que son jugement n’est pas toujours objectif : sa tendresse pour Bordeaux est si grande qu’elle y perd parfois l’odorat. A Bordeaux, tout n’est que beauté…
Vous êtes chanceux : vos parents ont voulu vous épargner, en s’installant dans un village breton, la pollution urbaine, la congestion des transports, le bruit …
Le bruit ! Ah ! les maudites pétrolettes dont le vacarme inimitable vrille, vers deux heures du matin, le cerveau des honnêtes citoyens de tout un quartier ! Pour être tout à fait honnête, on l’entend parfois, aussi, à la même heure, au fin fond des villages bretons ! Et pas plus chez vous qu’au cœur de Paris, personne n’y fait rien. J’ai voulu réagir, à Bordeaux, contre ce fléau. J’avoue (n’en déplaise à Clara) que ce ne fut pas ma plus grande réussite ; la police a toujours d’autres priorités, et je le comprends.
Nous pensions trouver au Québec sensibilité et vigilance aux problèmes d’environnement. Au début, nous avons constaté que la « bagnole » y était vraiment reine. On est en Amérique du Nord ! La grosse « bagnole », donc, la 4X4 dévoreuse d’une essence dont le prix reste, malgré l’envolée du baril, sensiblement inférieur aux tarifs européens. Je reconnais que moi-même…
Pourtant, les défis environnementaux sont visibles. En particulier le réchauffement climatique.
Nous nous étions méthodiquement préparés à affronter l’hiver québécois. On nous avait mis en garde. Lorsqu’à l’automne, nous faisions part à nos amis de nos premières impressions, qui étaient enthousiastes, ils nous répondaient immanquablement : « Attendez l’hiver ! ». Nous nous sommes équipés de manteaux conçus pour protéger leurs heureux propriétaires de températures frisant les -30° (Celsius !). Et nous avons attendus. Nous avons bien affronté un -34° en janvier au sommet des pistes de ski du Mont Tremblant… mais pour le reste, ce fut, nous dit-on, l’hiver le plus clément depuis deux ou trois décennies.
Lorsque, en février, Isabelle et les enfants, qui sont devenues au Canada des fanas du patin à glace, ont voulu se lancer, à Ottawa, sur le canal Rideau, la plus grande patinoire de plein air au monde, elles trouvèrent « piste close » : la glace n’avait pas pris !
J’ai intitulé l’un de mes blog-notes, en septembre 2005, « alerte blanche ».
J’y rendais compte d’un sujet que venait de diffuser la chaîne de télévision anglophone CTV et qui m’avait frappé: « Global warming causing record Arctic ice melt », « Le réchauffement climatique provoque une fonte record des glaces de l’Arctique »
Il en ressortait que les scientifiques sont maintenant à peu près tous d’accord : si les taux actuels de réduction de la calotte glaciaire se maintiennent, l’Arctique pourrait être complètement libre de glace l’été d’ici la fin du siècle. La débâcle se produit de plus en plus tôt en Alaska et en Sibérie. Entre janvier et août 2005 la température a été supérieure de 2 à 3° aux moyennes constatées dans l’Océan Arctique au cours des 50 dernières années. Les conséquences du phénomène sont multiples. Je cite dans le désordre : les territoires de chasse et de pêche des Inuits se rétrécissent, les conditions de vie des ours polaires sont de plus en plus précaires et le lien avec la multiplication des cyclones sur le golfe du Mexique est établi.
Nous avons eu la chance de visiter la capitale du Nunavut, Iqaluit, pas très éloignée du cercle polaire. J’ y ai interrogé l’un de nos hôtes, installé dans la capitale inuit depuis deux décennies. Sa réponse a été sans hésitation : « Si je compare la situation actuelle à celle que j’ai connue à mon arrivée, je constate que l’hiver s’achève un mois plus tôt et revient deux mois plus tard ».
Ce que nous appelons le « permafrost » et que les Canadiens francophones traduisent par le terme « pergélisol », c’est-à-dire le sol gelé en permanence, n’offre plus le support suffisant aux maisons modernes qui se passaient, jusqu’à présent, de fondations ! Ni aux routes, ni aux pistes d’atterrissage qui, faute d’assise stable, commencent à se déformer.
Un expert d’Hydro Québec (l’équivalent québécois d’EDF), rencontré sur les extraordinaires barrages de la Grande Rivière, qui se déverse dans la baie James, ajoute à mes inquiétudes : le « pergélisol », en fondant, libère des capsules de CO2 prises dans la glace, ce qui contribue au réchauffement de la zone !
Comment ne pas saluer au passage l’effort gigantesque que fait le Québec depuis plus de trente ans pour tirer le meilleur parti possible d’une de ses richesses naturelles majeures : l’hydroélectricité ? En 2003, 96% de la production d’électricité dans la province était d’origine hydroélectrique. Or les émissions de dioxyde de carbone dues à l’hydroélectricité sont à l’indice 15, là où le pétrole atteint le niveau … 986, le charbon 977 et le gaz naturel 542. Le Québec, contrairement à notre impression première (les « bagnoles »…) est bien à la pointe du combat. Il s’est nettement distingué du gouvernement fédéral canadien en s’engageant dans un plan concret de réduction de ses GES, en conformité avec les normes fixées dans le protocole de Kyoto.
L’inquiétude ne vient pas seulement du Grand Nord ! Nous avons vécu, en Amérique du Nord, avec une intensité et un sentiment de solidarité particuliers, le drame qu’a été le passage du cyclone Katrina sur la Louisiane et la Nouvelle-Orléans. Ses effets ont été ressentis jusqu’au Québec.
En parcourant les Rocheuses, début juillet, et notamment le somptueux parc national de Banff, l’amoureux de la forêt qui sommeille dans le cœur du Landais que je suis a été mis en éveil par le spectacle affligeant de milliers d’arbres morts . Je me suis renseigné. On m’a expliqué que le réchauffement climatique favorise la prolifération d’insectes (« beetles ») qui s’attaquent aux différentes espèces de pin qui peuplent les forêts du nord-ouest du Canada. On estime que ces « beetles » ont d’ores et déjà détruit autant de bois que n’en consomme le marché domestique américain… pendant cinq ans ! Les raisons de cette invasion ? D’abord les sécheresses qui se succèdent depuis une décennie ; ensuite la nouvelle clémence des hivers qui, naguère, détruisaient, à coup
de -40°, une grande partie des larves.
Je pourrais allonger la liste des situations, témoignages, articles de presse, conversations etc. qui nous ont convaincus que nous sommes d’ores et déjà en état d’urgence environnementale. Par exemple, cette pleine page du journal Le Devoir, d’avril 2006 : « Le retour des pluies acides. Dans l’est du Canada, 25% du territoire accuse un excès d’acidité et 75% est menacé. Forêt et acériculture (culture de l’érable et de ses produits, dont le sirop bien connu) sont en péril au Québec »
Si notre attention se relâchait, il nous suffisait chaque dimanche soir, à 20h, de retrouver Nicolas Hulot dans le magazine Ushuaia diffusé par Radio Canada pour renouer avec le sentiment de l’urgence. La famille réunie ne manquait jamais ce rendez-vous qui nous apportait tout à la fois le bonheur de merveilleuses découvertes, animalières ou paysagères, et l’angoisse de menaces de plus en plus pressantes sur la biodiversité ou l’intégrité des sites naturels. Nicolas nous fascinait à la fois par ses prouesses physiques et la force de son engagement.
Si je vous raconte tout cela, c’est pour vous montrer que la cause environnementale n’est pas pour moi une lubie ou une mode. Je crois vraiment qu’il y a péril. Et péril mortel : nous avons les moyens de détruire notre planète et notre espèce, certes par l’utilisation des armes de destruction massive dont nous nous sommes dotés et dont nous avons le plus grand mal à arrêter la prolifération, mais aussi, tout simplement par notre inaction face à la destruction progressive des équilibres naturels. Il suffit de laisser faire !
Dans un livre récent, intitulé « Après nous le déluge ? *», Jean-Marie Pelt, professeur émérite de biologie végétale et de pharmacologie, et Gilles-Eric Séralini, chercheur en biologie moléculaire, font part de leur inquiétude sur la situation de la planète : la transformation des milieux est si radicale, selon eux, qu’elle hypothèque le retour à un état satisfaisant.
Selon un bilan de l’ONU, 60% des écosystèmes sont déjà dégradés ou surexploités, et l’ampleur des dégâts est telle que de nombreux scientifiques pensent qu’un nouvelle extinction des espèces est en marche, la sixième après celles que provoquèrent, il y a plusieurs centaines de millions d’années, des éruptions volcaniques énormes ou des chutes d’astéroïdes gigantesques.
Voilà pourquoi je voudrais vous persuader que cette cause doit devenir votre combat.
J’entends déjà, bien sûr, la question que vous ne manquerez pas de me poser quand vous lirez ma lettre :
«Mais, que pouvons-nous faire ? Y a-t-il des solutions ? Sont-elles à notre portée ? »
Je crois que nous pouvons infléchir le cours des choses et je voudrais vous faire partager, aussi, cette conviction.
Lors d’une rencontre internationale organisée en septembre 2004 par Metropoli, et consacré à la gestion des villes, Jaime Lerner, ancien maire de la ville de Curitiba au Brésil, nous confia, dans son anglais rocailleux, qu’à chaque fois qu’un de ses administrés lui faisait part de ses angoisses environnementales et l’interrogeait sur ce qu’il fallait faire, il avait l’habitude de lui répondre : « Separate your garbage and use less your car ! », « Triez vos ordures et utilisez moins votre voiture ! »
C’est aussi la première réponse que j’ai envie de vous faire : commencez sur le terrain de la vie quotidienne ; modifiez vos comportements individuels.
Nous avons tous une responsabilité personnelle dans la dégradation de notre environnement : nous gaspillons, nous salissons, nous polluons, de mille manières.
Voulez-vous quelques exemples de ce que chacun de vous pourrait faire pour commencer à agir ?
Quand vous aurez un chien, ne le laissez pas souiller les trottoirs de votre ville : vos concitoyens et vos édiles vous en seront reconnaissants. Je sais d’expérience la plaie que les « déjections canines », selon la terminologie administrative, constituent pour les services municipaux… et pour le piéton ordinaire. De ce point de vue les Canadiens, et plus généralement les Américains du Nord sont exemplaires.
Quand vous irez faire vos courses, refusez les sacs plastiques que vous distribueront généreusement les commerçants (à moins que d’ici là, on ne les ait enfin retirés de la circulation !). Il faut beaucoup d’énergie et de temps pour les détruire une fois que vous les avez jetés dans la nature, c’est le cas de le dire. 400 ans si j’en crois l’affichette apposée sur le comptoir de notre boulangerie préférée à Montréal, Premières Moissons, dont il faut saluer l’engagement civique et écologique …bien qu’elle persévère à distribuer généreusement lesdits sacs à ses clients.
La coopérative Mountain Equipment, où nous avons acheté l’équipement de Clara pour son « summer camp », son camp d’été, va plus loin : au moment du paiement, la caissière vous informe que, si vous renoncez au sac plastique, 5 centimes seront versés à une fondation de défense de l’environnement. En deux mois, 2000 dollars auraient été ainsi collectés.
Quand vous ouvrirez le robinet de votre évier ou de votre lavabo, rappelez-vous que vous jouissez là d’un privilège dont sont privés la plupart de nos contemporains dans un grand nombre de pays du monde ; ne laissez pas couler l’eau potable plus qu’elle ne vous est strictement nécessaire ; vous sous-estimez sûrement l’importance de l’économie que votre collectivité réalisera ainsi sur la consommation d’une ressource de plus en plus précieuse.
Et surtout, quand vous serez en ville, laissez votre voiture au garage ! La majorité des déplacements urbains, a-t-on observé, se font sur une distance inférieure à … 1km. C’est la bonne distance pour la marche à pied ! Soyez exigeants avec vos élus : ils doivent vous donner des moyens alternatifs de déplacements : des itinéraires piétons agréables et protégés, un bon maillage de pistes cyclables larges et sûres, des transports en commun confortables. Ce devrait être l’un de vos critères de choix quand vous deviendrez électeurs.
Car les citoyens ne peuvent évidemment tout faire. Les gouvernements locaux ont une responsabilité éminente dans la mise en œuvre d’une politique ambitieuse de préservation de l’environnement.
Il est juste de souligner que toutes nos villes s’y sont mises, avec plus ou moins d’ardeur. En France, partout on trie et on recycle les déchets.
Il y a encore, bien sûr des insuffisances ou des retards : installer un système efficace de tri sélectif dans les immeubles anciens et les ruelles étroites de certains quartiers historiques n’est pas toujours chose facile !
Mais les progrès sont sensibles.
En France, partout on cherche à réduire la place de l’automobile dans la ville.
A Bordeaux, par exemple, la pratique du vélo s’est spectaculairement développée en quelques années, d’abord pour pallier les embarras du chantier du tramway, mais ensuite de manière durable, grâce au système très incitatif de location de bicyclettes que la ville a mis en place et à l’installation de garages adaptés.
Le tramway, que les usagers ont plébiscité, a eu une double vertu. D’abord, il a évidemment permis d’augmenter l’offre de transports en commun. Mais il a aussi été un puissant instrument de changement du paysage urbain : plusieurs sites prestigieux de la ville qui étaient envahis par la circulation automobile ont été rendus aux piétons : la place de la Bourse, la place de la cathédrale, la place du Grand Théâtre, le cours de l’Intendance, le cours du Chapeau Rouge etc. Les commerçants et les riverains qu’on dit en général très réfractaires aux voies piétonnes ont pleinement joué le jeu car ils ont compris à quel point la qualité de la vie en ville y gagnait.
Je crois que nos villes, grandes, petites et moyennes, doivent aller beaucoup plus loin dans cette reconquête de l’espace urbain.
Les villes nord-américaines sont, dans ce domaine, très en retard et elles y perdent beaucoup en attrait, pour l’habitant ou le touriste.
Quant aux gigantesques métropoles, dix fois millionnaires en habitants et plus, qui continuent à croître un peu partout à travers la planète, elles deviendront ingérables et invivables si le taux de motorisation de leurs habitants rejoint celui des pays développés. Une grande partie de la bataille pour la diminution des gaz à effet de serre se joue là. Car les sources d’émission de ces gaz sont bien connues : si j’en crois, par exemple, une étude réalisée au Québec en 2000, 38% des émissions proviendraient des transports, 32,5% de l’industrie, 13,5% du chauffage non industriel et 9,5% de l’agriculture. On voit que les transports sont la cible prioritaire.
Nos villes ont aussi un rôle à jouer en matière de logements ou d’équipements publics : le respect des normes « haute qualité environnementale » devrait être strictement exigé de tous les constructeurs. Une piscine, par exemple, peut être plus ou moins consommatrice d’énergie selon la conception qu’en ont eue, dès le départ, l’architecte et l’entrepreneur.
On construit à New York ou à Montréal des immeubles « verts » où tout est étudié pour économiser l’énergie et les ressources rares : les parois extérieures sont équipées de panneaux solaires ; l’eau de pluie est récupérée sur le toit ; l’isolation est renforcée ; les circuits de chauffage, d’aération, de climatisation permettent le meilleur recyclage possible. Je suis sûr que l’innovation technologique peut nous apporter des solutions de plus en plus performantes.
On voit apparaître, en Europe comme en Amérique, la notion « d’éco quartier », pour désigner des quartiers de ville dans lesquels tout est agencé pour garantir le meilleur environnement possible : habitat, circulation, espaces verts et ludiques, équipements…
Ici encore, soyez exigeants : les lois du marché ne garantissent pas spontanément le respect des équilibres naturels ; il faut les humaniser en créant la demande qui pourra développer une offre nouvelle.
Pour y parvenir, les gouvernements locaux devront s’appuyer sur des législations nationales plus contraignantes ou plus incitatives. Les Etats, dans le domaine de l’environnement comme dans beaucoup d’autres, resteront des acteurs essentiels.
A nouveau, je voudrais vous donner quelques exemples. Je reviens à la voiture individuelle.
Voici près de deux décennies que je rencontre des inventeurs, des industriels, voire des constructeurs automobiles qui me disent : « Ca y est ! Nous disposons enfin d’un modèle de voiture électrique assez fiable et autonome pour pouvoir être largement commercialisé ! » Et puis, rien ne se passe ! Les explications ne manquent pas : la technologie n’est pas vraiment au point ; les coûts sont trop élevés ; le marché n’est pas porteur etc.
Sans forcément mettre en cause d’éventuelles manœuvres des compagnies pétrolières, on peut néanmoins s’interroger : pourquoi cet immobilisme ?
Les Chinois s’intéressent à la question, comme je l’avais constaté dans le cadre du jumelage Bordeaux/Wu Han. Les Japonais semblent se lancer, dans plusieurs
directions à la fois : le véhicule électrique, le véhicule hybride.
Il me semble qu’en France, une initiative forte des pouvoirs publics pourrait être efficace : pourquoi ne pas détaxer généreusement le véhicule électrique, ce qui pourrait débloquer enfin le marché et faire baisser les coûts ? Il existe déjà des crédits d’impôt intéressants, mais sans doute insuffisants. Voilà une dépense fiscale qui pourrait rapporter gros.
Deuxième exemple de champ d’action gouvernementale : une vraie politique d’économies d’énergie.
Je me souviens de la panique qui avait saisi l’Occident, et la France notamment, au lendemain du premier choc pétrolier, au début des années 70 du siècle dernier. Il fallait à tout prix lutter contre « le gaspi » ! Alors on éteignait les lumières des magasins et même l’éclairage urbain plus tôt dans la nuit ; on instaurait l’heure d’hiver et l’heure d’été ; on encourageait l’isolation des maisons etc. Il y a belle lurette que tout le monde a oublié la lutte contre le « gaspi ». C’est la responsabilité de l’Etat d’en refaire, par un jeu équilibré de mesures dissuasives et incitatrices, une cause nationale.
De même, la politique énergétique est une cause nationale. Et européenne.
Et quand je parle de politique énergétique, je ne pense pas seulement à la sécurité de nos approvisionnements actuels en pétrole et en gaz.
Ou à la nécessité de mettre en œuvre un nouveau programme électronucléaire qui prendra la relève de celui que lancèrent, avec un courage visionnaire, Georges Pompidou, puis Valéry Giscard d’Estaing, il y a trois décennies, et dont nous recueillons aujourd’hui les fruits : moindre dépendance vis-à-vis du pétrole et faiblesse relative, par rapport à d’autres grands pays industriels, de nos émissions de gaz à effet de serre.
Comme le disait Anne Lauvergeon, PDG d’AREVA, l’un des champions mondiaux de la filière électronucléaire, devant la 12ème Conférence de Montréal, en juin 2006 :
« Pour les 50 prochaines années, le nucléaire n’est pas LA solution, mais il n’y a pas de solution sans le nucléaire. »
Je pense aussi à « l’après pétrole ». L’Union Européenne, au terme d’une compétition longue et difficile, va pouvoir accueillir sur son sol - et plus précisément à Cadarache, en territoire français – le projet ITER qui, dans dix, vingt ans ou plus, nous apportera peut-être la solution, c’est-à-dire une énergie propre et pratiquement inépuisable issue de la fusion des atomes et non plus de leur fission comme dans la réaction nucléaire classique. Les scientifiques nous annoncent que l’eau des océans permettrait à elle seule de subvenir aux besoins mondiaux pendant … un milliard d’années !
Mais il faut aussi pousser la recherche et le développement de toutes les énergies alternatives.
Au Brésil, sept nouvelles voitures sur dix roulent à l’éthanol. Après une tentative en 1996, la France a relâché ses efforts en ce domaine. Sans doute parce que les spécialistes ne sont pas d’accord. Certains n’hésitent pas à affirmer que « l’éthanol est le combustible qui a le plus haut coût énergétique et qui offre le moins d’avantages. » Bref que c’est un produit « plus mythique que miraculeux » (Le Devoir, 4 juin 2006). Ce qui n’empêche pas le gouvernement d’Ottawa d’annoncer à quelques jours de distance qu’il se donne comme objectif d’intégrer 5% d’éthanol dans toutes les essences au Canada d’ici 2010. Les responsables politiques ne savent pas toujours à quel saint, ou du moins à quel savant se vouer…
Quant à l’énergie solaire ou éolienne, personne ne semble y croire vraiment. Et pourtant, ce pourrait être, à l’évidence, un complément précieux. Pourquoi ne pas rendre obligatoire la pose sur toutes nos maisons et immeubles, du moins dans les régions méridionales, de panneaux solaires susceptibles d’apporter une énergie de complément ?
J’ai vu récemment à la télévision canadienne un modèle nouveau d’éolienne, constitué de panneaux mobiles qui tournent verticalement, dont les performances semblaient très supérieures aux modèles traditionnels.
J’ai vu de même des éoliennes de taille réduite qui, couplées avec des panneaux solaires, peuvent équiper des maisons individuelles.
Recherche et innovations technologiques peuvent modifier radicalement la donne dans les années qui viennent. J’espère que vous verrez le fruit des efforts qu’il nous faut encourager dès maintenant.
Les Etats eux-mêmes n’y suffiront pas.
C’est la planète qui doit sauver la planète ! Les pollutions ne s’arrêtent pas aux frontières. Une action européenne et internationale puissante est donc nécessaire. Les chantiers sont nombreux et immenses :
-défense de la biodiversité et protection des espèces menacées
-lutte contre la déforestation
-lutte contre la pollution des mers
L’Union Européenne a déjà réformé sa politique agricole commune, pour l’adapter bien sûr à la concurrence mondiale, mais aussi pour la rendre moins productiviste, plus soucieuse des équilibres environnementaux, moins polluante. C’est un rude défi pour nos paysans mais c’est un changement indispensable
La communauté internationale a donné la priorité à la réduction des émissions des gaz à effet de serre.
Vous entendrez sans doute parler de la Convention de Rio signée en 1992 et du Protocole de Kyoto qui est entré en vigueur en février 2005 après de longues et difficiles tractations. Le débat va rester à l’ordre du jour pendant de nombreuses années encore.
De quoi s’agit-il ? Nos sociétés industrielles émettent des quantités de plus en plus importantes de gaz, comme le gaz carbonique, qui constituent une sorte de serre autour de notre planète et empêchent les rayonnements solaires renvoyés par la surface terrestre de se disperser au delà de notre atmosphère. Vous trouverez facilement dans vos futurs livres de classe une description plus précise du phénomène. (Demandez à Clara de vous aider, elle est incollable sur le sujet.) Résultat : la Terre se réchauffe et l’augmentation de la température moyenne, ne serait-ce que d’un ou deux degrés, peut avoir à terme des conséquences cataclysmiques.
L’ennui, c’est que les scientifiques ont mis du temps à s’accorder sur le diagnostic : les uns contestaient la réalité même du réchauffement ; d’autres l’attribuait à des phénomènes cycliques que la Terre a déjà connus dans sa longue histoire.
Aujourd’hui, ça y est ! Le consensus est établi : la Terre se réchauffe et à un rythme plus rapide qu’on ne le pensait il y a quelques années encore ; l’activité humaine est responsable de ce réchauffement.
D’où Kyoto : les pays industrialisés se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2% en 2012 par rapport au niveau atteint en 1990.
Ce chiffre peut vous sembler ridiculement bas. Mais c’est un début. Il faudra déjà des efforts considérables et une volonté tenace pour atteindre l’objectif à la date annoncée. La France est bien placée pour y parvenir, car elle émet peu de GES grâce à la part prépondérante de l’électricité d’origine nucléaire dans sa consommation énergétique globale. Ailleurs, c’est plus compliqué, par exemple au Canada où la mise au point d’un programme de réduction des émissions de GES dans chaque province se fait dans la douleur.
J’ai eu la chance d’assister, aux premières loges si je puis dire, à la Conférence de Montréal sur les changements climatiques qui a rassemblé les représentants de 189 pays et 10 000 participants du 28 novembre au 10 décembre 2005.
J’ai même pu participer, dans la délégation française, grâce à l’obligeance de notre ministre de l’Environnement, Nelly Ollin, à une journée de débats.
J’ai d’abord été frappé par l’omniprésence de ce qu’il est convenu d’appeler la société civile internationale: il y avait, dans les salles du Palais des Congrès de Montréal, beaucoup plus de membres d’ONG, d’associations, de groupes divers engagés dans le combat écologique que de représentants officiels des gouvernements. Et tous participaient activement aux travaux, multipliaient les déclarations, pratiquaient un « lobbying » actif, notamment à l’encontre des Etats-Unis dont la résistance risquait de bloquer la Conférence. On voyait se déployer, sous nos yeux, une nouvelle manière de négocier et de conclure des accords internationaux.
Car les Etats-Unis, en matière de réchauffement climatique, font de la résistance. Ils n’ont en particulier pas signé le Protocole de Kyoto et ils ont tout fait pour torpiller son entrée en vigueur.
Pourquoi ? L’actuelle Administration américaine a commencé par nier la réalité du problème. Puis, devant le consensus des scientifiques, elle a estimé que la méthode n’était pas la bonne. Elle continue à refuser toute contrainte internationale et prétend définir elle-même sa politique et les moyens qu’elle compte mettre en œuvre.
Deuxième constat intéressant, fait lors de la Conférence de Montréal : le point de vue de l’Administration Bush ne recueille pas l’unanimité aux Etats-Unis. Etaient présents en effet des gouverneurs, des maires, des représentants du secteur privé, sans parler de ceux de grandes ONG, qui sont parfaitement conscients du péril et décidés à agir. Les initiatives concrètes sont nombreuses dans le pays. Bill Clinton est venu en personne haranguer les délégués et proclamer que défense de l’environnement et croissance économique ne sont pas incompatibles. Il faut aussi saluer la campagne de sensibilisation que mène l’ancien vice-président Al Gore (futur candidat démocrate en 2007?) en présentant à ses auditoires un film-choc sur les dangers qui menacent la planète ; ce film, « An Inconvenient Truth », («Une vérité qui dérange»), de Davis Guggenheim, a même été présenté à Cannes, en mai 2006. Signe des temps !
Troisième constat : la pression des ONG et la détermination de certains gouvernements, dont la gouvernement canadien, et l’Union européenne ont emporté la décision. A en croire la presse montréalaise, même les écologistes sont repartis satisfaits.
Qu’a-t-on décidé en fait?
En premier lieu, on a défini les mécanismes concrets de fonctionnement du Protocole de Kyoto. C’est un peu compliqué et je vous fais grâce des détails, par exemple des conditions d’échanges des « permis de polluer » entre pays en avance sur la réduction des leurs émissions et pays en retard. Ce qui compte, c’est que le processus est lancé, et ce n’est pas un petit succès.
En second lieu, on s’est mis d’accord sur une feuille de route pour mener les discussions en vue de ce qu’on appelle parfois Kyoto II, c’est-à-dire le nouvel accord qui s’appliquera après 2012. Deux problèmes à cet égard : l’opposition des Etats-Unis qui ont toutefois renoncé à bloquer le mouvement, sans pour autant prendre aucun engagement autre que de discuter ; et puis le sort à réserver aux pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil qui ont été exonérés de toute contrainte dans Kyoto I, au nom des nécessités du développement, mais qui ne pourront indéfiniment continuer à gaspiller et à polluer sans limite.
Ils en sont conscients et amorcent déjà quelques gestes de bonne volonté : le Brésil, par exemple, s’engage à réduire de 30% au cours des 3 prochaines années le taux de destruction de la forêt amazonienne.
Mais en Europe de l’Est, on continue à consommer sept fois plus de pétrole pour produire une unité de PNB qu’à l’Ouest. Sans parler de la Chine ! L’amélioration des l’efficacité énergétique des processus de production est une mine d’économies !
Ne tombons pas toutefois dans l’angélisme : la tâche est immense ; les accords conclus sont timides ; certains gouvernements sont tentés de faire marche arrière, tel le gouvernement conservateur canadien. Et pourtant, selon de nombreux scientifiques, le point de non retour est déjà franchi et le monde aurait besoin d’un remède de cheval. J’ai tendance à le penser.
C’est dire que vous allez hériter d’un ensemble de problèmes redoutables. Il vous faudra une grande énergie, une immense ténacité pour éviter le pire.
Bien sûr, il n’est pas interdit d’espérer. Dans la sagesse humaine. Et aussi dans l’intelligence des chercheurs et des découvreurs : les optimistes, qui ne sont pas rares, sont convaincus qu’au pied du mur, l’espèce humaine trouvera en elle-même toutes les ressources de la science et de la technologie pour se sortir du piège.
Quand j’étais encore au Canada, j’ai été fasciné par la lecture, dans un grand journal anglophone, le « Globe and Mail » (3 juin 2006), d’un article décrivant quelques unes des solutions imaginées par de très sérieux chercheurs, ou de géniaux Jules Verne : des miroirs géants dans l’espace pour renvoyer la lumière du soleil loin de la surface terrestre ; la dispersion d’un nuage d’aérosols dans l’atmosphère, toujours pour atténuer son réchauffement, comme le font les poussières des éruptions volcaniques ; la fertilisation des océans pour augmenter la production du plancton qui absorbe le gaz carbonique ; le pompage du CO2 , après liquéfaction, dans la roche ou au fond des océans… etc.
Coût pharamineux assuré. Effets secondaires non garantis. Il faut continuer à faire confiance à la science et à la technologie…
En tout cas, c’est la voie à suivre, de préférence à celle de la « décroissance » dont certains se font les zélateurs.
L’idée n’est pas nouvelle : déjà, dans les années 70 du siècle dernier, les experts du Club de Rome prônaient la croissance zéro.
On la voit resurgir périodiquement. L’un de mes amis bordelais, stupéfait, m’a transmis le sujet proposé aux candidats à l’un des BTS de la session 2006. Il s’agit d’un extrait du livre de S. Latouche : « Décoloniser l’imaginaire : la pensée créative contre l’économie de l’absurde * », publié en 2003.
Voici l’une des phrases que l’Education Nationale propose à la réflexion des jeunes candidats :
« Le mot d’ordre de décroissance a surtout pour objet de marquer fortement l’abandon de l’objectif insensé de la croissance pour la croissance, objectif dont le moteur n’est autre que la recherche effrénée du profit par les détenteurs du capital. »
Comme je suis d’un naturel optimiste, j’ai tenté de rassurer l’ami, parent d’élève, qui me faisait part de ses inquiétudes : le but de l’exercice, lui ai-je dit, était évidemment de permettre aux candidats d’exercer leur esprit critique vis-à-vis d’une thèse si péremptoire !
C’est ce que j’aurais fait, au risque de déplaire à tel ou tel examinateur, car l’idée de décroissance ne m’est pas très sympathique.
D’abord parce qu’elle fait fi de la satisfaction des besoins des pays en développement dont les populations sont encore au dessous du seuil de pauvreté.
Ensuite parce que, dans nos pays développés, ce n’est pas tant d’une décroissance que nous avons besoin que d’une autre croissance, durable ou soutenable comme on dit, peut-être moins matérielle et plus tournée vers la satisfaction de besoins nouveaux. Je sais bien que le PIB est un instrument de mesure très imparfait. Mais enfin, quand un pays augmente l’effort qu’il consent pour le maintien à domicile de ses personnes âgées dépendantes ou pour le financement du soutien scolaire aux enfants qui « décrochent », ces politiques se traduisent par une augmentation de son Produit Intérieur Brut dans lequel les services pèsent de plus en plus lourd. Ne jetons donc pas la croissance avec l’eau du bain. Essayons plutôt d’en changer le contenu ou la nature. Croisons les doigts. Ou plutôt, retroussons-nous les manches !
Une idée encore que j’emprunte à Jacques Chirac : pourquoi ne pas créer, comme on l’a fait pour la paix et la sécurité avec l’ONU, pour la stabilité financière et monétaire avec le FMI, pour le commerce mondial avec l’OMC, pour la justice pénale internationale avec la CPI, une Organisation Mondiale pour la Sauvegarde de la Terre, dotée de moyens et de pouvoirs nouveaux ?
Ce pourrait être l’apport de votre génération à la gouvernance mondiale.
C’est surtout l’un des moyens… d’augmenter nos chances, vos chances de survivre.
La tâche sera rude. Ne vous faites pas d’illusions : il vous faudra changer du tout au tout les habitudes et les comportements dont notre génération a tant de mal à se défaire. N’attendez pas d’y être contraints par l’urgence. Anticipez !
Vous n’avez plus le choix : vous devrez être des militants de la Terre.
Hier soir, dans la grand amphithéâtre de la Sorbonne, devant un bon millier d’étudiants, débat avec Jacques Attali et le professeur Ezra Suleiman qui m’avait accueilli, il y a quelques mois, dans son université de Princeton, près de New York.
Le thème: “Gouverner au 21ème siècle.
Au cours des échanges, où la notion de “responsabilité” revient souvent, l’un des étudiants m’interroge sur le malaise de la jeunesse d’aujourd’hui qui n’a plus matière à rêver.
Je lui suggère quelques rêves possibles: s’engager pour sauver la planète du désastre qui la menace; militer pour l’éradication de la pauvreté dans les pays les moins avancés, et jusqu’au coeur de nos sociétés développées. Sans oublier le rêve européen qui garde, à mes yeux, toute sa force mobilisatrice.
La salle réagit bien.
Mais, ce matin, j’entends à la radio un bref reportage sur de nouveaux incidents graves dans les banlieues. A Grigny, un groupe de jeunes s’empare, en plein jour, d’un autobus, fait descendre les passagers, puis met le feu au véhicule. Quand les pompiers et la police arrivent sur les lieux, les jeunes les “caillassent”.
Je ressens cruellement la déconnexion de mon discours sur les rêves… Quel rêve proposer à cette jeunesse là? Comment relever le défi qu’elle nous lance?
En faisant respecter la loi et l’ordre, bien sûr.
Mais qui ne voit qu’il faut d’autres réponses?
Economiques, pour donnner de réelles opportunités d’emploi.
Sociales et éducatives, pour combattre les discriminations de tous ordres.
Mais plus fondamentalement morales: réapprendre à vivre ensemble en partageant les mêmes valeurs, à commencer par le respect de l’autre.
Je ne veux pas croire que la tâche est surhumaine.
23/10/06
Bouffée d’oxygène hier soir au milieu des étudiants,sur le campus de l’université.
L’Institut d’Etudes Politiques m’avait invité à débattre avec un de mes anciens collègues de l’ENAP du Québec, Christian Dufour, auteur d’un livre décapant intitulé : Le défi français.
Pendant une heure, nous avons parlé Etat et mondialisation, identité française dans l’Union Europénne et identité québécoise au sein de la Fédération canadienne, politiques respectives d’immigration et d’intégration, valeurs de la francophonie et diversité culturelle.
J’ai mesuré toute la chance que j’avais eue de pouvoir, pendant un an, porter un regard croisé sur la réalité française et sur une société nord-américaine à la fois si proche et si différente de la nôtre. J’en reparlerai plus longuement dans le livre que je vais publier début novembre, sous-titré : Lettres d’un voyageur. A bientôt.
Moment d’intense émotion ce matin, quand je suis monté à la tribune après que le Conseil Municipal de Bordeaux m’eut élu maire. Ma joie était plus forte que la souffrance du départ, il y a un peu moins de deux ans.
Joie, mais aussi conscience de l’obligation de ne pas décevoir la confiance des Bordelaises et des Bordelais, si clairement exprimée. Tout au long de notre campagne, nous avons beaucoup écouté et beaucoup dialogué. Mon équipe et moi-même avons beaucoup appris des attentes, des insatisfactions, des idées de nos concitoyens. C’est cela la démocratie. Je me suis engagé à garder le contact, à faire vivre une authentique démocratie au quotidien.
Joie aussi de retrouver ce blog-notes après plusieurs semaines de silence. Ici encore, nous allons recommencer à dialoguer. A très bientôt. AJ.
Notre mois d’août a été bien rempli. Un déménagement transatlantique n’est pas une affaire de tout repos. Nous voici réinstallés à Bordeaux, chez nous, en famille. Joie des retrouvailles.
Au fil des dernières semaines, j’ai rencontré beaucoup de Bordelaises et de Bordelais qui m’exprimaient leur amitié et qui me demandaient : « Quand revenez -vous ? » A quoi je répondais : « Vous le voyez, je suis de retour. » Souvent, ils rétorquaient : « Quand revenez-vous à la mairie ? »
J’ai alors compris que, dans leur esprit, il suffisait que le Conseil Municipal se réunisse et me réélise maire. Pas si simple. Je ne suis plus conseiller municipal et seul le suffrage universel peut me confier à nouveau un mandat. Premier travail d’explication.
Il faut aussi expliquer pourquoi maintenant. Hugues Martin, mon successeur, et moi-même avons rappelé que nous voulions d’abord tenir parole. Je m’étais engagé, en décembre 2004, à revenir dès que possible me remettre au service des Bordelais. Hugues Martin s’était engagé à assurer la transition, ce qu’il a fait magnifiquement. Aujourd’hui nous respectons ce double engagement.
Et puis, au fond des choses, il s’agit d’un double mouvement de cœur.
Oui, j’ai la passion de Bordeaux et j’ai envie de travailler à nouveau, avec les Bordelais, à construire notre avenir.
Oui, nous avons senti chez beaucoup de nos concitoyens l’envie de voir se reformer l’équipe à laquelle ils avaient fait confiance en 2001.
Nous voici donc en campagne. Rien n’est gagné d’avance. C’est avec tous les Bordelais que nous comptons bâtir notre projet pour le Bordeaux de 2015. Je vais donc y consacrer tout mon temps et toute mon énergie. C’est pourquoi je vais interrompre provisoirement ce blog-notes. J’espère que vous le comprendrez.
Un mot encore, avant de nous séparer. J’ai été impressionné par l’action de la diplomatie française, sous l’autorité du Président de la République, dans le récent conflit au Proche-Orient. Dès le début, les positions de la France ont été claires et courageuses. Nous avons su mener à bien une concertation difficile mais fructueuse avec les Etats-Unis, qui a conduit au vote unanime de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Enfin, avant de déployer nos soldats sur le terrain, le Président de la République a eu la sagesse d’obtenir le maximum de garanties quant à leurs règles d’engagement. Je me souviens des conditions impossibles où était placé notre contingent en Bosnie, qui ne pouvait pratiquement tirer un coup de feu pour se défendre ou pour défendre les populations qu’il était censé protéger ! La mission reste éminemment périlleuse, mais c’est l’honneur de la France que de l’assumer.
Au revoir. ADISHATZ, comme on dit en gascon. Nous nous retrouverons, je l’espère, fin octobre.
30/08
J’ai toujours été et je reste, certes, un ami d’Israël.
Dans mon action publique, j’ai fait du droit d’Israël, non seulement à l’existence et à la sécurité mais aussi à la paix et au plein épanouissement dans sa région, un principe fondamental. Avec son corollaire: le droit d’Israël à se défendre.
Je n’en suis que plus libre aujourd’hui pour affirmer que ce que fait Israël au Liban (et à Gaza) est moralement inacceptable et politiquement déraisonnable.
Pour reprendre la formule d’une amie de Beyrouth, “le Liban subit la deuxième mort de Rafic Hariri”.
Ce pays, martyrisé par des années de guerre civile, avait réussi à sortir du chaos, à se réconcilier avec lui-même, à se reconstruire peu à peu. Notamment sous l’impulsion de son Premier Ministre Rafic Hariri. La France l’y avait aidé. Avant que les ennemis d’un Liban libre et prospère n’assassine l’artisan du renouveau.
En quelques jours, tout le travail de reconstruction a été anéanti.
Ponts et routes détruits, centrales électriques mises hors d’usage, quartiers d’habitation bombardés,et,surtout, des centaines de morts dans la population civile, dont beaucoup d’enfants, et des centaines de milliers de personnes en fuite.
Je n’oublie pas les nombreuses victimes civiles que les agressions du Hezbollah commettent dans les villes du nord d’Israël.
Mais la réaction du gouvernement israélien est démesurée.
Où peut-elle mener l’Etat hébreu? Comment ce dernier peut-il espérer construire, à long terme, la paix dans la région en exacerbant le rejet et la haine des peuples qui l’entourent? Aucun pays n’a jamais vécu durablement à l’abri d’un mur!
Face au drame et au risque de contagion qu’il comporte, la communauté internationale est déboussolée.
L’Administration Bush suit une ligne de conduite simple: laisser faire Israël.
Certains de nos partenaires européens n’ont qu’une priorité: ne rien faire qui déplaise à Washington.
Dès lors l’Union Européenne est paralysée.
Il y a, bien sûr, un bouc émissaire tout désigné: l’ONU. Mais l’ONU n’est pas autre chose, en matière de sécurité, que le concert des puissances. Quant une puissance bloque toute initiative, il est injuste d’en faire porter la responsabilité à l’Organisation plutôt qu’à ses Etats membres.
La seule voix claire qu’on entende sur la scène internationale est celle de la France qui propose les étapes d’une sortie de crise cohérente et d’une paix durable. Puisse-t-elle être mieux entendue!
A la “une” du Devoir ce matin, à Montréal (mardi 25 juillet):
“Liban: Rice pose ses conditions.
Pas de cessez-le-feu sans restitution des soldats israéliens capturés, affirme la Secrétaire d’Etat.”
La manière dont Washington donne à Israël le temps d’achever sa besogne d’élimination (ou de tentative d’élimination) du Hezbollah, au prix de la destruction d’une bonne partie du Liban, est un chef d’oeuvre de manoeuvre diplomatique.
Si l’Union Européenne était une force politique, elle aurait pu peser efficacement pour obtenir une cessation immédiate des hostilités, de part et d’autre, et, après feu vert du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le déploiement sur le terrain d’une force multinationale.
Mais l’Union Européenne n’est pas une force politique et l’on voit bien que chacune de ses puissances, prise séparément, ne peut pas grand chose pour infléchir la ligne des Etats-Unis.
J’en conclus, personnellement, qu’il nous faut absolument relancer le “rêve européen”.