Pour tous ceux qui y croyaient (et j’en étais), pour tous ceux qui s’étaient mobilisés depuis des mois, pour tous ceux qui avaient lancé un “ultimatum climatique” aux dirigeants de la planète et qui attendaient une sorte de “big bang” écologique à Copenhague, le résultat de la conférence de l’ONU est une immense déception.
Qu’on en juge: l’accord, si l’on peut parler d’accord, est quasiment vide.
Certes les “parties” affirment leur volonté de limiter le réchauffement de la planète à 2°C. La belle affaire dès lors que cette déclaration de principe n’est accompagnée d’aucun engagement concret! Tout juste l’annonce d’offres nationales de réduction des émissions de gaz à effet de serre. A venir et sans sanction. Un mécanisme de vérification est, lui aussi, annoncé mais ses modalités restent à négocier.
Seul point positif: des chiffres sont avancés pour financer la nécessaire adaptation des pays en développement, premières victimes du dérèglement climatique et dépourvus des moyens d’y faire face: 30 milliards de dollars sur 2010/2012 (dont 10,6 promis par l’Union Européenne, 11 par le Japon et 3,6 par les Etats-Unis), puis 100 milliards de dollars par an à échéance de 2020, grâce à des financements innovants… qui ne sont pas arrêtés.
De nouveaux rendez-vous sont pris pour 2010 à Berlin, puis à Mexico. mais rien n’est prévu pour changer la méthode de négociation qui s’est révélée calamiteuse. Pour avoir passé deux jours dans le centre de conférence de Copenhague, le Bella Center, j’ai pu mesurer l’ampleur de la pagaille: comment 193 délégations officielles peuvent-elles sérieusement négocier, au milieu de dizaines de milliers de participants/observateurs? La présidence danoise n’est pas seule en cause. C’est l’ONU qui doit revoir ses procédures. On comprend combien il est nécessaire de créer une “organisation mondiale de l’environnement” digne de ce nom. Hélas! la proposition portée par la France n’a pas été retenue. Demain, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.
Le Président Sarkozy a déployé une considérable énergie pour “désembourber” la conférence et ses efforts méritent d’être salués. Mais il faut regarder la réalité en face: tout s’est joué dans la confrontation entre les deux partenaires qui sont à la fois principaux responsables de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, et détenteurs de la puissance économique, voire politique dans le monde recomposé: les Etats-Unis d’un côté, la Chine et l’Inde de l’autre. Obama, prisonnier de son Congrès, a manqué l’occasion d’entraîner la planète vers un autre modèle de développement. La Chine s’est montrée à la fois consciente des enjeux, y compris pour sa propre survie, mais fortement allergique à toute contrainte internationale, fût-elle librement consentie. L’Europe, hélas! n’a pas vraiment pesé, faute de vraie conviction partagée;
Et maintenant? Ne pas désespérer. Les seuls moments stimulants que j’ai vécus à Copenhague ont été les rencontres du Sommet des Maires. Une centaine de maires de grandes villes à travers la planète (dont Bordeaux) ont échangé leurs expériences et comparé leurs projets. Un seul slogan :”Cities act”. Les villes agissent. Je suis convaincu depuis longtemps que tout commence par le “local”, sur le terrain, par la modification de nos comportements au quotidien. Nous allons continuer et amplifier nos politiques de développement durable, dans leurs trois composantes: écologique, économique et sociale.
Moments rafraîchissants également que les deux heures passées au Forum Climat organisé par les ONG. Et, finalement, moins brouillon que la conférence officielle. Il y a dans la “société civile” des trésors de générosité et de foi, laquelle, comment chacun sait, peut soulever des montagnes
Mais on ne peut évidemment se passer du “global”. Un nouveau combat commence. Les plus déterminés doivent se regrouper pour repartir à l’assaut des conservatismes et des inconsciences.
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5 janvier 2010 à 14:09
Attention, le commentaire ci-dessus et jusqu’à un certain point la vision de M. Juppé - opportune et sûrement exacte dans le “ressenti” puisqu’il a été à Copenhague - me semblent quand même négliger quelques points d’importance: Bonne année à tous, nonobstant Copenhague ! |
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Il faut raison garder…La Conférence de Copenhague est finie. A juste titre, si une conférence est de mettre sur la table un sujet il me semble évident que son but premier n’est pas une prise de décision mais un moment de réflexion. Dans ce sens, cette conférence est le troisième pion avancé dans la partie d’échec qui oppose l’homme et son environnement, la Terre. Si aucune décision utile n’était à attendre de ces 10 jours je dirais que la partie va être longue… 20 ans,50 ans,le temps d’épuiser nos ressources actuelles mais heureusement pas notre intelligence et notre désir d’exister .
Copenhague a eu le mérite de faire descendre le débat dans la rue, sur nos écrans, bref dans la société mais l’objectif est impossible à atteindre pour le moment, et pour cause, la croissance des uns ne peut se faire par un mouvement de levier sur la décroissance des autres .Le non développement des pays pauvres mais esclaves des pays riches ne peut être admissible au regard des Droits de l’Homme. Demander à la Chine de rester à une voiture pour cinquante habitants pour limiter l’industrie n’est pas humainement acceptable. Demander aux Etats Unis, à l’Inde, à la Chine de stopper demain matin la production de charbon est techniquement impossible. Mieux vaut donc pour l’instant utiliser le temps qui nous sépare de Mexico en 2010 pour que l’exigence écologique marque des points et que la recherche reste sous pression pour donner une réponse à l’exigence humaine à savoir le même droit pour tous. Le droit à la nourriture, le droit à un toit, le droit à la médecine, le libre accès à l’information en bref le droit à la liberté. L’homme doit se respecter pour respecter son environnement .
Je vous laisse méditer pour nous “homosapiens”cette citation de Gandhi: “Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité.”