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Blog-Notes d'Alain Juppé
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7 mars 2010 20:16
Garder le bon cap

Depuis l’échec de Copenhague, les vents mauvais du doute se sont levés sur le développement durable.

Les climato-sceptiques, comme on dit, se déchaînent. Il ne faut certes pas les traiter par le mépris. La confrontation des points de vue est toujours utile. Mais quelles que soient les imperfections, voire les erreurs des rapports officiels (je pense à ceux du GIEC), même si la climatologie est une science jeune, le consensus scientifique reste solide: les changements climatiques, dans lesquels l’activité humaine a une part de responsabilité, sans doute pas exclusive mais importante, menacent, de multiples manières, nos conditions de vie. Il faut donc nous donner les moyens de les combattre. Qui peut le contester?

Je lis, avec un peu d’amusement, les déclarations fracassantes de Claude Allègre. Quand le bruit médiatique s’apaise, voici ce que je retiens de ses propos:

- “La planète est-elle menacée de réchauffement? Oui, de deux ou trois degrés dans …un siècle. Mais elle est aussi, peut-être, menacée de refroidissement. Faut-il continuer à s’agiter dans des colloques sans rien faire ou faut-il, comme nous le suggérons, s’adapter à toutes les éventualités?

- Le C02 est-il une menace? L’excès de CO2 évidemment. Et cet excès doit être combattu car, par exemple, il acidifie l’océan et de toute manière, il est de bonne pratique d’économiser les énergies fossiles. Mais , en l’état, tout lui imputer, donc tout imputer à l’homme , c’est s’égarer.” (Propos tirés d’un article du Monde en date du jeudi 4 mars 2010)

Sommes-nous si loin d’un terrain d’entente entre responsables de bonne volonté? Je crois que non, à condition de se garder, de part et d’autre, de tout fanatisme.

Il existe un intégrisme vert dans lequel je ne me reconnais naturellement pas. Quand j’entends prôner, en bloc, la “décroissance” comme valeur universelle, je me dis qu’on frise l’indécence. Allons-nous parler décroissance aux hommes, aux femmes, aux enfants qui, par centaines de millions, manquent de tout à travers la planète? Ils ont besoin de manger, d’accéder à l’eau potable, de se loger, de se soigner, de se former… Il faut donc produire de la nourriture, de l’eau propre, des logements, des hôpitaux, des écoles… Et tout cela, c’est de la croissance! En revanche, dans nos pays riches, nous gaspillons sans compter des ressources rares, et c’est à nous d’inventer une nouvelle croissance, une croissance sobre en énergie, en eau, en territoires… Rien ne doit nous détourner de cet impératif de survie, ni la crise qui dure, ni la mode qui change, ni le doute qui s’insinue.

Dans cette mobilisation pour une autre croissance, nos paysans et notre agriculture sont en première ligne. Parce qu’ils nous nourrissent et qu’ils peuvent nourrir, au delà de nos frontières, des millions d’êtres humains. Parce qu’ils donnent vie à la terre qui, sans eux, reste souvent stérile. Or ils traversent aujourd’hui un drame sans précédent et sans exemple. Aucune autre catégorie professionnelle n’a subi un tel effondrement de ses revenus, une chute de 50% en deux ans! Il serait criminel de laisser faire. La collectivité nationale, mais aussi l’Europe, si elle a du coeur, et si elle comprend où est son intérêt supérieur, doivent sans tarder engager des réformes de fond pour garantir à nos paysans des conditions de vie décentes, sur la durée, à l’abri des variations erratiques des cours mondiaux des produits agricoles.

Faut-il pour autant perdre de vue ou différer les efforts que nous devons tous faire pour mieux respecter notre environnement?  Je viens de dire pourquoi, à mes yeux, l’exigence d’un changement drastique de notre modèle de croissance ne devait pas faiblir. Ici encore, il faut éviter de tomber dans l’intégrisme. Agir dans la durée plutôt que dans la précipitation, c’est souvent se donner de meilleures chances de réussite. Certaines transitions sont préférables à de brutales ruptures. Ceux qui travaillent la terre le savent bien. Mais il y a des mouvements de fond qu’il ne faut pas contrarier. Celui qu’a amorcé le Grenelle de l’environnement, dont l’un des plus grands mérites a été d’asseoir autour de la même table des gens qui ne se parlaient pas, et, dès lors, ne se comprenaient pas, et parmi eux, les paysans et les écologistes, est un des plus riches de possibilités. Les choses sont en train de changer, dans la manière de produire et de consommer. Ne brisons pas l’élan.

1 mars 2010 22:00
Le génocide du Rwanda

A l’occasion du tout récent voyage de notre Président de la République à Kigali, la France et le Rwanda viennent de se réconcilier. C’est une bonne nouvelle pour les deux pays.

Leurs relations étaient tendues depuis longtemps, et même carrément rompues depuis novembre 2006. Cette rupture faisait suite aux mandats d’arrêt lancés par le juge anti-terroriste français Bruguière contre neuf personnalités rwandaises proches du Président Kagamé; le juge les  soupçonnait d’avoir commandité, en avril 1994, l’assassinat du Président rwandais de l’époque, Juvénal Habyarimana, mort dans un attentat perpétré contre l’avion qui le transportait en compagnie, notamment, de son homologue du Burundi.

Le Président Kagamé contestait formellement cette accusation et mettait en cause, de son côté, les extrémistes hutus qui, par cet attentat, auraient donné le signal du génocide qu’ils préparaient contre les Tutsis. Une commission d’enquête constituée à Kigali a établi et diffusé un rapport qui conclut en ce sens et qui taxe aussi de complicité de génocide plusieurs personnalités françaises dont Hubert Védrine, Edouard Balladur, Dominique de Villepin, François Léotard , moi-même et plusieurs officiers de l’armée française. Sur ce point, le rapport n’est évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères. Mais la technique du contre-feu est vieille comme le monde…

Je n’ai, pour ma part, aucun élément qui me permette de trancher entre les deux thèses en présence sur l’attaque de l’avion des Présidents du Rwanda et du Burundi. Je souhaite que la vérité soit faite un jour sur ces événements.

J’ai en revanche quelques convictions précises, voire quelques certitudes sur la politique de la France au Rwanda d’avril 1993 à avril 1995, période où j’ai été ministre des affaires étrangères du gouvernement Balladur, sous la présidence de François Mitterrand.

Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. Ce processus, lancé dès 1992 , a abouti en août 1993 à une série d’accords qui actaient la réconciliation nationale, le départ des troupes françaises présentes au Rwanda, la mise en place d’une force des Nations Unies, la MINUAR, pour surveiller la bonne application de l’accord, et la création d’un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés tutsis.

Nous avons presque réussi à convaincre les parties de respecter cet accord. Nous avons retiré les forces françaises de l’opération Noroît qui étaient présentes sur le sol rwandais depuis octobre 1990 pour protéger les 600 ressortissants français du Rwanda (à l’exception de 24 coopérants militaires dans le cadre d’un détachement d’assistance technique). Une Assemblée nationale de transition s’est installée en mars 1994. Bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française. 

Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité.

Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un “aveuglement” scandaleux. Malgré ce qui se passait sur le terrain et que l’on savait, malgré les appels de son Secrétaire général en exercice, Boutros Boutros-Ghali, qui réclamait l’envoi rapide de 5 000 Casques bleus, le Conseil de Sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994).

Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution  n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France.

Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis  aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994.

Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions,  ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre “Rwanda: cessons de diaboliser la France”. 

Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent.

Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire.

31 janvier 2010 18:30
Burqa

Débat complexe. Décision difficile. J’écoute, je lis, je discute.

Deux idées sont maintenant très claires dans ma tête:

- Le port d’un voile qui dissimule intégralement le corps et le visage d’une femme est incompatible avec nos valeurs républicaines fondamentales. Incompatible avec l’égalité entre les sexes. Incompatible avec la liberté et la dignité de la personne humaine, qu’elle soit homme ou femme. Il brise ce que Valérie Toranian, dans un bel article récemment paru dans le magazine Elle, désigne comme “l’espoir d’une société où les hommes et les femmes ont le désir d’inventer une relation débarrassée de la violence et de la domination, débarrassée des peurs et des fantasmes, où l’homme ne contraint plus la femme de peur qu’elle ne lui échappe.”

C’est évident quand le port de la burqa est imposé, que ce soit par le mari, la famille, la pression religieuse ou sociale. Mais c’est également vrai à mes yeux quand le voile intégral est perçu comme un refuge, librement choisi prétend-on, par des femmes qui veulent se soustraire à la violence des regards ou des paroles dont elles se sentent victimes dans les rues de leur vie quotidienne. Cette fuite là, qui est évidemment subie, n’est rien d’autre qu’un échec de la communauté nationale qui n’assure pas à chaque citoyen(ne) la liberté et la sécurité qui sont ses droits. 

- Deuxième idée claire: le port du voile intégral n’est pas une obligation prescrite par la religion musulmane. De hautes autorités de l’Islam sont, à ce sujet, formelles: rien dans le Coran ne l’impose. Tareq Oubrou, auteur d’un beau livre intitulé: “Profession imâm”, écrit ces lignes: 

“Le foulard n’est pas un objet cultuel, encore moins un symbole sacré. Lui donner ce statut est une aberration et une hérésie à laquelle ont contribué des discours plus idéologiques que canoniques (…) La pudeur de la femme se trouve ailleurs. ”

La burqa est tout au plus une pratique, en fait une dérive sociale, propre à certaines régions ou cultures du monde islamique. Dès lors, combattre la burqa ne peut être présenté à bon droit comme un acte d’hostilité envers l’Islam.

Ces principes posés, que faire pour éviter qu’ils ne soient battus en brèche?

Rien, nous disent certains qui redoutent une stigmatisation de l’Islam. Le phénomène reste limité et la pédagogie vaut mieux que la répression. J’ai déjà entendu ce raisonnement - qui, pour être tout à fait complet, est celui de Tarek Oubrou déjà cité - lors du débat sur le port du voile, ou de tout signe religieux ostensible, à l’école. J’avais, en son temps, milité pour que le législateur intervienne. Je ne le regrette pas. La loi est appliquée sans drames.

Il faut donc que l’Etat se donne les moyens de faire respecter nos valeurs républicaines.

Est-ce à dire qu’il faut, sans plus tarder, adopter un texte qui dirait: “Le port du voile intégral en France (dans l’espace public, je suppose) est interdit”? Ce serait se donner bonne conscience, sans avoir aucune certitude de pouvoir appliquer concrètement une telle prohibition. Sans parler d’éventuelles censures juridiques au niveau national (le Conseil Constitutionnel) ou européen (la Cour Européenne des Droits de l’Homme).

La démarche proposée par la commission parlementaire qui a planché sur la question pendant des mois, et adoptée par le Gouvernement, me semble plus judicieuse:

- commençons par réaffirmer solennellement les règles dans une résolution du Parlement dont on peut espérer qu’elle sera votée à l’unanimité;

- puis regardons les dispositions législatives ou réglementaires qu’il faut prendre pour compléter l’arsenal juridique dont nous disposons déjà. Je prends un exemple: il n’y a nul besoin d’une loi nouvelle pour poursuivre et punir les agresseurs de l’imâm de Drancy. Les violences verbales, à fortiori physiques, et les menaces de mort dont il est victime sont déjà réprimées par la loi. 

Le Premier Ministre François Fillon vient de demander au Conseil d’Etat de l’aider dans ce travail d’identification et de préparation des mesures nécessaires. C’est une sage précaution.

10 janvier 2010 19:56
Philippe Séguin

Nous n’avons pas toujours été d’accord sur tout, Séguin et moi, c’est le moins qu’on puisse dire. Nous nous sommes même opposés vivement en 1988/1989 sur la manière de conduire le RPR; ou bien encore en 1992 sur le traité de Maastricht qu’il combattait et que je soutenais. Nous avons aussi mené des combats côte à côte, en particulier la campagne présidentielle de Jacques Chirac en 1994/1995.

Mais au delà des divergences politiques, et de la différence de nos tempéraments, il y avait aussi une forme d’affinité entre nous, entre les deux produits de la “méritocratie” républicaine que nous étions. Et une estime mutuelle, pas toujours exprimée mais, je le crois, profonde. J’avais en tout cas pour lui de l’admiration et sa disparition prématurée me peine sincèrement. Il pouvait apporter beaucoup au débat politique, et à la France.

Je retrouve par hasard dans mes papiers une lettre de sa main, qu’il m’a adressée le  29 octobre dernier. Je la cite:

“Je n’avais pas eu le temps de te lire…  Et pourtant nous avons dit - à peu près - la même chose sur l’identité nationale … et son grand débat. Ma modestie naturelle m’empêche de dire que “les grands eprits etc etc…”

Il joignait à sa lettre une copie du script de l’interview qu’il avait donnée à Michel Grossiord le 29 octobre sur les ondes d’Europe1:

Question de M. Grossiord: “Un grand débat sur l’identité nationale vous semble-t-il utile aujourd’hui?

Réponse de Ph. Séguin: “Je suis tenu au devoir de réserve. La seule chose que je puis vous dire, c’est que si vous tapotez sur l’ordinateur que vous avez en face de vous, au mot nation on vous renverra probablement à Ernest Renan. Ernest Renan, il y a des pages qui sont tout à fait remarquables.”

Je citais ce texte de Renan dans mon blog le 27 octobre dernier.

5 janvier 2010 10:16
2010

Rituel des voeux. On peut s’en moquer. J’y vois pour ma part, une bonne tradition qu’il faut respecter. Les occasions sont si rares de prendre un peu de recul par rapport au brouhaha de la vie quotidienne, de faire retour sur quelques valeurs à partager, bref de nous réunir plutôt que de nous diviser.

La paix. La paix dans le monde, entre les nations, au sein de chaque nation, la paix dans nos cités, dans nos familles, dans nos coeurs. La paix n’est pas seulerment l’absence de guerre. C’est beaucoup plus: le sentiment de plénitude que procure la confiance. Confiance en soi, confiance en l’autre. “Pax hominibus bonae voluntatis”. Nous avons du mal à traduire cette formule latine. Dieu dit: “Paix sur la terre aux hommes qui m’aiment.” Il y a donc de l’amour dans la paix.

La santé, avant tout. Ici encore on peut donner une définition négative: l’absence de maladie, de souffrance, “le silence des organes” comme écrit joliment Michel Serres. Mais c’est beaucoup plus: l’harmonie avec soi-même, avec les autres, la capacité accrue de donner et de se donner. Ce n’est pas un droit, bien sûr. Le droit, c’est celui de l’égal accès aux soins. La France est sans doute le pays au monde qui le garantit le mieux. Il suffit de voyager pour s’en convaincre. Chez nous, il y a encore des failles: méconnaissance des droits, exclusion, précarité. La rue et la santé ne font pas bon ménage. Mais dans le monde, l’injustice fait scandale: systèmes de santé inexistants, y compris dans certains pays émergents; médicaments contrefaits; traitements des grandes pandémies inaccessibles, etc… Que de chantiers devant nous!

Du travail. Oui, je souhaite du travail à tous ceux qui en cherchent. Car le travail libère et anoblit. Mais le bon travail: le travail stable, reconnu et considéré, quelle que soit la nature des tâches, le travail justement rémunéré. L’égalitarisme, évidemment, est un piège, qui risque de paralyser tout esprit d’entreprise, toute volonté d’initiative et de création. Les différences existent: différences d’efficacité, d’énergie, de talent, de compétence, de niveau de formation. Tout mérite vaut reconnaisance. Mais rien ne justifie la distance sidérale que nous avons laissé se créer entre les plus bas salaires et les rémunérations extravagantes qui dépassent les bornes de la décence. Les Etats disposent de l’arme absolue pour rétablir de la mesure: l’arme fiscale.

Tous ces voeux, nous pourrons probablement les échanger à nouveau dans un an… si Dieu le veut.

Ce n’est pas une raison pour nous dispenser de les exprimer aujourd’hui. Ils constituent notre feuille de route, nos raisons de vivre et, quand la moindre parcelle s’en réalise, notre joie de vivre. Joyeuse année à tous.

19 décembre 2009 10:20
Immense déception

Pour tous ceux qui y croyaient (et j’en étais), pour tous ceux qui s’étaient mobilisés depuis des mois, pour tous ceux qui avaient lancé un “ultimatum climatique” aux dirigeants de la planète et qui attendaient une sorte de “big bang” écologique à Copenhague, le résultat de la conférence de l’ONU est une immense déception.

Qu’on en juge: l’accord, si l’on peut parler d’accord, est quasiment vide.

Certes les “parties” affirment leur volonté de limiter le réchauffement de la planète à 2°C. La belle affaire dès lors que cette déclaration de principe n’est accompagnée d’aucun engagement concret! Tout juste l’annonce d’offres nationales de réduction des émissions de gaz à effet de serre. A venir et sans sanction. Un mécanisme de vérification est, lui aussi, annoncé mais ses modalités restent à négocier.

Seul point positif: des chiffres sont avancés pour financer la nécessaire adaptation des pays en développement, premières victimes du dérèglement climatique et dépourvus des moyens d’y faire face: 30 milliards de dollars sur 2010/2012 (dont 10,6 promis par l’Union Européenne, 11 par le Japon et 3,6 par les Etats-Unis), puis 100 milliards de dollars par an à échéance de 2020, grâce à des financements innovants… qui ne sont pas arrêtés.

De nouveaux rendez-vous sont pris pour 2010 à Berlin, puis à Mexico. mais rien n’est prévu pour changer la méthode de négociation qui s’est révélée calamiteuse. Pour avoir passé deux jours dans le centre de conférence de Copenhague, le Bella Center, j’ai pu mesurer l’ampleur de la pagaille: comment 193 délégations officielles peuvent-elles sérieusement négocier, au milieu de dizaines de milliers de participants/observateurs? La présidence danoise n’est pas seule en cause. C’est l’ONU qui doit revoir ses procédures. On comprend combien il est nécessaire de créer une “organisation mondiale de l’environnement” digne de ce nom. Hélas! la proposition portée par la France n’a pas été retenue. Demain, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.

Le Président Sarkozy a déployé une considérable énergie pour “désembourber” la conférence et ses efforts méritent d’être salués. Mais il faut regarder la réalité en face: tout s’est joué dans la confrontation entre les deux partenaires qui sont à la fois principaux responsables de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, et détenteurs de la puissance économique, voire politique dans le monde recomposé: les Etats-Unis d’un côté, la Chine et l’Inde de l’autre. Obama, prisonnier de son Congrès, a manqué l’occasion d’entraîner la planète vers un autre modèle de développement. La Chine s’est montrée à la fois consciente des enjeux, y compris pour sa propre survie, mais fortement allergique à toute contrainte internationale, fût-elle librement consentie. L’Europe, hélas! n’a pas vraiment pesé, faute de vraie conviction partagée;

Et maintenant? Ne pas désespérer. Les seuls moments stimulants que j’ai vécus à Copenhague ont été les rencontres du Sommet des Maires. Une centaine de maires de grandes villes à travers la planète (dont Bordeaux) ont échangé leurs expériences et comparé leurs projets. Un seul slogan :”Cities act”. Les villes agissent. Je suis convaincu depuis longtemps que tout commence par le “local”, sur le terrain, par la modification de nos comportements au quotidien. Nous allons continuer et amplifier nos politiques de développement durable, dans leurs trois composantes: écologique, économique et sociale.

Moments rafraîchissants également que les deux heures passées au Forum Climat organisé par les ONG. Et, finalement, moins brouillon que la conférence officielle. Il y a dans la “société civile” des trésors de générosité et de foi, laquelle, comment chacun sait, peut soulever des montagnes

Mais on ne peut évidemment se passer du “global”. Un nouveau combat commence. Les plus déterminés doivent se regrouper pour repartir à l’assaut des conservatismes et des inconsciences.

7 décembre 2009 19:13
Copenhague et la crise

J’entends parfois dire que l’urgence, c’est de lutter contre une crise dont nous ne sommes pas encore sortis. Et que, pour le réchauffement climatique, on verra plus tard.

Je ne vous surprendrai pas en exprimant mon désaccord total avec cette vision des choses.

D’abord parce que la “croissance verte” peut, en elle-même, constituer une réponse à la crise. Les technologies vertes nous ouvrent de riches perspectives de création d’entreprises et d’emplois. Le président Obama en fait l’un des point forts de sa stratégie de sortie de crise. Et, dans les axes prioritaires d’investissement que Michel Rocard et moi-même avons proposés, elles figurent en bonne place.

Mais il y a une raison plus profonde. Je crois qu’à l’origine de la crise et au coeur du défi écologique, on retrouve les mêmes ressorts. Les deux sont en vérité le fruit amer de la démesure humaine. Culte de l’argent pour l’argent, cupidité, arrogance, d’un côté; gaspillages, avidité, égoïsme, volonté de domination de la nature à courte vue , de l’autre… les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Et les remèdes sont du même ordre: retour au sens de la mesure, recherche d’une vision à long terme des conséquences de nos décisions, respect des équilibres tout à la fois de la société et de la nature.

Ce n’est pas un hasard si le même avertissement a été lancé par ceux qui combattent la crise et par ceux qui prônent un développement durable: “Ne recommençons pas comme avant! Changeons de modèle économique!”

Déjà l’an dernier, le 24 décembre, dans une tribune parue dans le journal La Croix, je souhaitais, avec tous les autres signataires du texte, que nous trouvions les chemins d’une “sobriété heureuse”. SOBRIETE, et non DECROISSANCE GENERALE. Il nous faut évidemment organiser la décroissance des gaspillages multiples dont la “société de consommation” donne le détestable exemple. En revanche nous avons besoin d’une nouvelle croissance, plus respectueuse des équilibres naturels, pour subvenir aux besoins de tous ceux qui manquent encore du nécessaire. HEUREUSE, parce que  développement durable  ne rime aucunement avec privation, austérité ou punition; c’est au contraire une voie nouvelle vers un monde où les valeurs de partage et d’harmonie (avec nos semblables et avec notre environnement naturel) seront davantage à l’honneur. J’en conclus donc: sortie de crise et succès de Copenhague, même combat.

4 décembre 2009 09:50
Contrastes

Hier soir, conseil de quartier à La Bastide. La question de la construction d’une mosquée à Bordeaux vient en débat. Un groupuscule, dont il n’est pas difficile de deviner les affinités politiques, me prend à parti violemment et me somme d’organiser un référendum “à la suisse”. Je réponds que jamais je n’empêcherai des habitants de ma ville de pratiquer leur religion et que, dans la mesure de mes compétences, je les y aiderai même. C’est ma conception de la laïcité et du respect de la liberté religieuse. La salle semble partagée. Mais finalement, je l’emporte à l’applaudimètre.

Une heure plus tard, au coeur du Vieux Bordeaux, j’inaugure les nouveaux locaux d’une association exemplaire, PromoFemmes, qui, depuis 15 ans, sous l’impulsion d’une présidente admirable, Anne Conchou, et de son équipe, accueille dans notre ville les femmes migrantes confrontées à toutes les difficultés de l’intégration : méconnaissance de la langue, éloignement du marché du travail, charges de famille… La Ville, l’Etat et les collectivités départementale et régionale lui apportent régulièrement leur aide.

Je conclus mon petit discours ainsi: “Etrange société que la nôtre: d’un côté des gens qui passent leur temps à dresser les communautés les unes contre les autres et à propager le rejet de l’autre et même la haine, avec aujourd’hui une obsession particulière: l’islamophobie; de l’autre un engagement généreux au service des autres, la recherche de l’harmonie et de la compréhension mutuelle, le respect et l’amour.”.

Ce qui me fait chaud au coeur, c’est que les seconds ont l’air tellemment plus heureux que les premiers!

27 novembre 2009 12:43
Vertus du dialogue

Belle réunion, hier soir, au musée d’Aquitaine à Bordeaux. A la tribune, l’archevêque de Bordeaux, le Grand Rabbin, l’évêque orthodoxe, l’imam de la mosquée, le pasteur de l’Eglise réformée, la représentante des boudhistes.

Cette rencontre était le fruit du dialogue entre les grandes familles religieuses et spirituelles de notre ville dont j’ai pris l’initiative au début de cette année.

Pour moi, la laïcité qui est un des piliers de notre République ne signifie pas fermeture aux réalités sociales et morales, et ignorance du fait religieux. Certes l’ordre du temporel et l’ordre du spirituel doivent rester distincts. Chacun son rôle. Mais cette séparation n’interdit pas le dialogue et l’écoute mutuelle. C’est ce que nous avons essayé de montrer hier soir. Et avec succès.

Le thème que les participants avaient choisi de traiter était le suivant: ” Crise économique ou crise de l’humain?”

Les échanges ont été riches et intenses. J’en ai retenu les mots les plus forts. Les mots du diagnostic: EXCES, DEMESURE,AVIDITE, CUPIDITE, IDOLES, IRRATIONNEL…                 Les mots de l’espérance, aussi: ENGAGEMENT, DON, RAISON, GENEROSITE, PARTAGE, RECHERCHE …

Et “le” politique dans tout cela?

Il peut et doit agir dans son ordre: celui du concret, à savoir le logement, l’éducation, la lutte contre la précarité et la pauvreté… comme nous en avons affirmé l’ambition à l’occasion de notre récent Forum social.  

Il doit aussi être à l’écoute de tous ceux qui portent les interrogations et les recherches des hommes et des femmes qui ne trouvent pas l’équilibre et le bonheur dans les seules satisfactions matérielles. C’est tout le sens du dialogue inter-religieux dont Bordeaux, avec d’autres, donne l’exemple.

18 novembre 2009 17:09
RTL ce matin Jean-Michel APHATIE
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Alain Juppé.

Alain Juppé : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

François Fillon a confirmé, hier, devant les maires de France la réforme de la taxe professionnelle. Elle vous inquiétait, il y a quelques jours. Toujours inquiet ?

En partie. J’ai trouvé que le Premier ministre avait été courageux. Il a affronté la fronde des maires, comme l’a dit tout à l’heure Alain Duhamel.

Courtoise, en tout cas !

Au début un peu chahuté, à la fin courtoise ; mais les maires sont courtois, de façon générale. Il faut bien voir d’où on vient. Le premier état de la réforme était franchement inacceptable. Un seul point que j’aimerais souligner. Il était prévu que la dotation que l’Etat se proposait de verser aux collectivités locales pour compenser la perte de ressources fiscales, était dégressif chaque année. Et c’est là que j’ai dit que, voilà…   

On se moquait du monde !

Oui. J’ai utilisé une formule un peu forte, mais je n’ai pas été le seul à le faire.

Vous avez le droit !

Et depuis, les choses ont évolué. L’Assemblée nationale a amélioré le texte en augmentant, en particulier, la part de ressources fiscales propres qui reviennent à ce qu’on appelle le bloc communal ; et le sénat s’empare du dossier et je pense qu’il va encore améliorer les choses.

Donc, les recettes des communes sont garanties, d’après vous. Il y a moins de problèmes ? Plus de problèmes ?

Pas totalement garanties, je le répète. Prenons l’exemple de la communauté urbaine de Bordeaux dont je suis premier vice-président qui tire une grande partie de ses ressources de la taxe professionnelle ; dans l’état initial de la réforme, elle perdait 40% de ses ressources. Aujourd’hui, c’est un peu moins ; mais c’est encore 30% environ. Donc tout le problème est de savoir comment la dotation de compensation va évoluer ; et avec l’Etat, on sait comment ça commence, on ne sait pas comment ça finit. Ou plus exactement, on sait comment ça finit, c’est-à-dire toujours un peu moins. Et c’est là que nous voulons des garanties parce qu’on ne peut pas nous demander d’investir comme nous le faisons, de faire des tramways, de faire des stations d’épuration moderne, de construire du logement social et nous couper les vivres. C’est ça qui n’est pas acceptable.    

Les garanties, ce matin, Alain Juppé, vous estimez plutôt ne pas les avoir encore ?

Pas totalement, et je fais confiance au sénat où la sensibilité locale est très forte. Pour améliorer encore le texte, il faut notamment ..

En l’état actuel, si vous étiez sénateur, vous ne voteriez pas le texte, Alain Juppé ?

Je proposerais des amendements pour l’améliorer.

Donc, vous ne voteriez pas en l’état actuel ?

En l’état actuel, je pense qu’il n’est pas totalement acceptable encore. Il y a aussi un problème très sensible pour les élus locaux, c’est de rétablir un lien entre le nouvel impôt puisqu’il y aura un nouvel impôt, assis en partie sur les valeurs foncières et en partie, sur la valeur ajoutée. Que ce nouvel impôt garde un lien avec les territoires, sinon nos communes qui se battent aujourd’hui pour attirer des entreprises, eh bien ne seront plus motivées pour le faire et tout le monde y perdra.

Ce qui est frappant dans cette histoire, vous êtes un ancien Premier ministre Alain Juppé, ce sont vos amis qui gouvernent, vous avez du mal, vous mais d’autres, à vous faire entendre, comprendre du gouvernement et du Président de la République.

Pas tout à fait. Pas tout à fait puisque les choses évoluent. Alors cette réforme…

Mais difficilement !

… Cette réforme n’a pas été, c’est vrai, suffisamment bien préparée, eh bien c’est le mérite du débat parlementaire que d’améliorer les choses.

Elle n’a pas été bien préparée, donc ça révèle quoi ? Le Président va trop vite ? Le gouvernement va trop vite ?

Ah écoutez, je ne vais pas porter de jugement ; moi je soutiens l’action du Président de la République et du gouvernement. Donc, je trouve que les Socialistes en font des tonnes, franchement … ils n’ont pas beaucoup de choses à dire et donc, ils utilisent à des fins politiciennes, évidemment, tout ce débat en remontant les pendules des maires et en caricaturant la politique gouvernementale. Il n’est pas question notamment de recentraliser. Est-ce qu’il faut une réforme ou pas ? C’est bien la question quand même.

Tout le monde dit que “oui”, y compris l’Opposition.

Même monsieur Delanoë, et c’est toujours là que le bât blesse. Quand on passe à l’acte, à ce moment-là, plus personne n’est d’accord. Vous savez quelle est la situation, aujourd’hui ? Moi je la vis quotidiennement. Nous avons le record du monde du nombre de communes en fonction de la population : 36.000. On a rajouté la couche de ce qu’on appelle l’inter-communalité ; puis, on a cent départements ; une vingtaine de régions ; l’Etat : l’Etat local et l’Etat central ; et l’Europe. C’est invivable. Ca coûte cher et c’est très long à faire avancer. Donc, il faut simplifier et il faut clarifier les compétences.
   
Je vais vous poser la question de la méthode parce qu’évidemment, on est surpris que vous ayez autant du mal à vous entendre. Nicolas Sarkozy disait, il y a quelques mois : ceux qui me disent que j’engage trop de réformes en même temps, je pense qu’ils n’ont vraiment rien compris. Vous avez compris, vous ?

J’ai dit au Président à un certain moment que l’accumulation des réformes donnait un peu le tournis. Voilà. Je ne sais pas s’il m’a entendu.

Qu’est-ce que vous pensez de la réforme des collectivités territoriales, et notamment pour se centrer sur un point puisque visiblement, lui aussi fait débat : la désignation des futurs conseillers territoriaux par des scrutins uni-nominaux à un tour, ce qui ne correspond pas tout à fait à ce que nous avons connu jusqu’ici ?

Quel était l’objectif de la réforme ?  Il faut toujours en revenir là : simplifier ; et en fait, s’orienter vers deux grands niveaux d’administration : le bloc communal et inter-communal et le bloc région-département. On ne peut pas supprimer le département parce que jamais le sénat n’ira dans cette direction ; d’où l’idée de faire une sorte d’union personnelle entre les conseillers généraux et les conseillers régionaux pour favoriser des évolutions futures. Je pense que c’est une bonne idée. Et donc, moi je soutiens la réforme des conseillers territoriaux.

Comment désigne-t-on les conseillers territoriaux ?

A partir de là, il y a le mode de scrutin. L’idée d’avoir une partie au scrutin uni-nominal dans des circonscriptions à revoir parce qu’aujourd’hui, le système est terriblement injuste. Dans un département comme le mien, vous avez des cantons et donc des conseillers généraux qui représentent 50.000 habitants et d’autres, 2.000, c’est-à-dire anticonstitutionnel. Si le conseil constitutionnel s’était prononcé sur ce problème, il l’aurait censuré. Donc, il faut revoir cela. Ce qui fait problème à mon avis, c’est le scrutin uni-nominal à un tour qui n’est pas dans les traditions françaises ; et là, il y aura sans doute un débat.

Vous ne souhaitez pas que ce scrutin à un tour voit le jour ?

Je demande à y réfléchir et à discuter. Il faut confronter les points de vue.

Quand vous demandez à y réfléchir, ça veut dire que vous n’êtes pas d’accord ?

Non. Non. Je demande à y réfléchir. Ne tirez pas mon point de vue d’un côté plutôt que de l’autre.

D’accord.

Je pense aussi que dans cette réforme des collectivités territoriales, il y a tout ce qui concerne le bloc communal, et qui va bien, et puis il y a les métropoles. Et là, on est un peu dans le flou artistique. Beaucoup de choses mériteraient d’être précisées dans le débat là encore.

Vendredi à Bordeaux, vous avez déjeuné avec Jacques Chirac qui va venir signer son livre si j’ai bien compris ?

Oui, j’en suis très heureux. Il me l’a envoyé avec une gentillesse dédicace, et il vient dans notre grande librairie Mollat  pour le signer.

Que pensez-vous de son renvoi devant le tribunal correctionnel pour l’affaire des emplois fictifs ?

Vous comprendrez que là-dessus, je me mette un boeuf sur la langue.

Pourquoi ?

Parce que je n’ai pas l’envie de me prononcer sur des procédures judiciaires que j’ai moi-même connues.

C’est douloureux encore pour vous ?

Oui.

Et c’est pour ça que vous ne voulez pas en parler ?

Oui.

Demain, vous allez parler du Grand Emprunt ?

Oui, nous allons remettre notre rapport au Président de la République…

Avec Michel Rocard…

… On a beaucoup travaillé. Ca a été une commission qui a très, très bien fonctionné et en écoutant, ce matin, vos commentaires sur RTL, je me disais qu’on était dans la bonne direction. Voyez, ce qui se passe entre les Etats-Unis et la Chine. Ils investissent massivement dans les véhicules du futur et dans les énergies nouvelles, notamment la capture du carbone. C’est très exactement ce que nous proposons pour la France et pour l’Europe.

Juste une question, sans déflorer le rapport : vous préconisez de faire appel à l’épargne des Particuliers ?

Non, d’abord, nous avons dit dès le départ que ce n’était pas notre problème.  Nous ce qu’on a voulu faire, c’est essayer d’identifier les dépenses utiles ; et d’ailleurs, nous avons intitulé notre rapport non pas “emprunter” mais “investir”. Le problème c’est pas d’emprunter, le problème c’est d’investir ; et ensuite, il appartient au gouvernement de voir comment il finance ce programme d’investissement que nous avons chiffré à 35 milliards d’euros, ce qui est une somme très substantielle.

Vous confirmez que dans le rapport, c’est 35 milliards d’euros ?

C’est 35 milliards et qui auront un effet de levier puisque nous souhaitons que des fonds privés viennent abonder les fonds d’Etat ; et donc c’est un ensemble d’investissements qui peut atteindre 60 milliards, c’est tout à fait considérable.

Une question qui m’amuse : vous avez dirigé l’UMP. Et aujourd’hui, l’UMP est associée au PC chinois par un mémorandum.

Ecoutez, moi j’ai fait un voyage en Chine quand j’étais président du RPR et j’avais été invité comme parti frère du PC chinois. Vous voyez, je n’aurais peut-être pas signé un texte ; mais enfin, il faut parler aux Chinois.

Alain Juppé, frère du PC chinois, était l’invité de RTL ce matin. Bonne journée.

Auteur : Jean-Michel Aphatie

 

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