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Blog-Notes d'Alain Juppé
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13 juillet 2010 10:15
Tenir le cap

Le Président de la République, hier soir, a montré sa détermination à mener à son terme la réforme des retraites. Il a raison et ses explications ont été convaincantes.

Depuis que l’on connaît le détail de cette réforme, j’ai dit qu’elle me paraissait à la fois nécessaire et équilibrée. Sans doute mérite-t-elle encore quelques améliorations, notamment sur la question de la pénibilité ou celle des carrières longues. Mais le coeur du dispositif  est incontestable : pour toutes les raisons que le Président a rappelées hier soir, nous ne pouvons pas nous dispenser de faire ce que tous nos partenaires européens ont fait, à savoir reculer l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans et en tirer les conséquences sur l’âge de liquidation des pensions à taux plein sans décote. Combien de socialistes n’ai-je pas entendu en convenir… hors micro ! Promettre, comme le font les leaders du parti, qu’en cas de victoire en 2012, la gauche reviendra à 60 ans est totalement irresponsable.

Le Président nous a dit en outre que nous devions gérer nos finances publiques de manière “rigoureuse”. C’est, à mes yeux, un impératif absolu si nous voulons casser la spirale infernale des déficits et de l’endettement. 

Mais, dans le même temps, nous devons nous fixer un objectif ambitieux de croissance pour faire reculer le chômage. Bien placer le curseur entre rigueur et croissance, voilà aujourd’hui l’un des plus grands défis de la conduite de la politique économique. Nous en avons longuement parlé lors des “Entretiens de Bordeaux”, le week-end dernier. J’aurai l’occasion d’y revenir plus précisément. Mais d’ores et déjà, je veux insister sur une priorité qui s’est imposée à nous : il faut accompagner l’effort de maîtrise de nos dépenses publiques courantes d’un investissement massif dans les dépenses d’avenir ( et au premier chef l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation). C’est tout le sens des propositions qu’a faites la commission que j’ai co-présidée avec Michel Rocard et que le Président, le gouvernement et le parlement ont approuvées. Il est nécessaire que ce grand plan d’investissement se concrétise le plus rapidement possible. C’est pourquoi nous attendons la mise en place à brefs délais du conseil de surveillance prévu par la loi ; il doit en effet s’assurer que les intentions affichées sont bien respectées et qu’une “usine à gaz” administrative ne paralyse pas les initiatives.

7 juillet 2010 10:42
Dans la tourmente

Je n’aime pas, vous le savez, réagir à chaud. Je préfère prendre du recul et me donner le temps de la réflexion. Mais il y a des circonstances où, quand on voit son pays dans la tourmente, il faut parler.

Je voudrais d’abord redire à Eric Woerth mon estime et mon amitié. Je devine la souffrance qui est la sienne  face au harcèlement dont il est l’objet. Jusqu’à preuve du contraire  - et aucune preuve  n’apparaît -  il mérite sa réputation d’honnêteté. C’est , depuis longtemps, un élu dévoué, maire très apprécié de ses concitoyens de Chantilly. C’est un ministre compétent et courageux qui porte une réforme des retraites à la fois nécessaire et équilibrée. Il est important, pour notre pays, qu’il la mène à bien.

Je voudrais ensuite en appeler au sens des responsabilités des dirigeants socialistes. Le combat politique n’autorise pas tous les coups. Sont-ils conscients que, lorsqu’ils se posent en parangon de vertu face à une droite prétendument corrompue, ils ne sont pas crédibles? L’opinion nous renvoie sa réponse: les 2/3 des Français pensent que c’est la classe politique dans son ensemble qui est corrompue. “Tous pourris!”. On connaît la vieille chanson populiste. Les hommes et les femmes politiques ne sont certes pas irréprochables. Leurs imprudences, leurs défaillances, voire leurs fautes doivent être sanctionnées avec la plus grande sévérité car les citoyens sont en droit d’attendre d’eux une vertu supérieure à “la moyenne”.  Mon expérience personnelle me permet en l’occurrence, non pas de donner des leçons, mais de m’exprimer avec liberté: j’ai payé, durement, pour mes fautes, et je le dis sereinement aujourd’hui, pour les autres aussi. Je peux donc lancer le même appel que Michel Rocard et Simone Veil: “Halte au feu!”

Et puis, il faut en venir à l’essentiel. Les défis que la France doit relever aujourd’hui sont d’une telle ampleur que nos divisions sont mortelles.

Comment remettre notre pays, et l’ensemble des pays voisins, sur le chemin d’une croissance suffisante pour casser la spirale déficits/endettement et nous éviter un déclin annoncé par rapport aux nations émergentes?

Comment pousser plus loin la construction d’une Europe  devenue fragile, que le statu quo condamnerait à l’éclatement, et qui doit par conséquent se doter d’une gouvernance économique, budgétaire et fiscale de nature quasi-fédérale?

Comment convaincre les Français que, pour préserver et améliorer à terme la qualité de leur vie personnelle, un effort de rigueur partagée est incontournable? Et que la rigueur ne consiste pas seulement à réduire le train de vie des ministres? Cette réflexion m’est inspirée par la lecture d’un récent sondage publié à la une du Figaro: 8O% (chiffre à vérifier mais c’est l’ordre de grandeur…) des personne interrogées seraient favorables à la rigueur! Voire. J’ouvre les pages du journal et je me rends compte que la rigueur, pour les sondés, c’est la diminution du nombre de voitures dans les ministères, ou la réduction des effectifs des cabinets ministériels, ou… le remboursement des achats de cigares ministériels. Toutes choses évidemment indispensables d’un point de vue moral… mais qui représentent “peanuts” dans l’effort de redressement budgétaire. Il va nous falloir dire la vérité et regarder la réalité telle qu’elle est.

Que faire pour calmer la tourmente politique?

Etablir la vérité, bien sûr, sur toutes les affaires en cours. C’est la mission de la justice.

Retrouver l’élan pour réformer, moderniser, dynamiser. C’est la responsabilité du Président de la République, en charge de l’essentiel.

Et, sans doute, remettre le gouvernement en situation de gouverner, ce qui passe, au moment que le Président jugera opportun, par un profond remaniement mais aussi par un changement de méthode: le Président ne peut et ne doit être en première ligne sur tous les sujets; le gouvernement doit être à la manoeuvre quotidienne, en étroit dialogue avec le Parlement.

Dans la situation très compliquée où se trouvent la France et l’Europe, et à défaut d’une improbable union nationale, une large mobilisation des compétences et des volontés s’impose.

19 juin 2010 09:03
18 juin

Cérémonie émouvante à Bordeaux. Un groupe de jeunes élèves chante deux couplets de la Marseillaise. Un ancien combattant lit l’Appel.

Chaque fois que j’entends ce texte, j’éprouve une grande émotion. Un mot explose à mes oreilles: “NON”. “La défaite est-elle définitive? Non!”.

D’abord donc le refus. Refus de la défaite, refus du renoncement, refus de suivre la majorité qui est - comment l’oublier? - , derrière Pétain. Dans un monde où la tyrannie des sondages règne en tous domaines, où l’exigence démocratique nous pousse à toujours nous aligner sur l’opinion dominante, le courage de se dresser seul, ou presque, contre tous nous apparaît-il vraiment comme une valeur qui nous concerne, ou juste comme une curiosité historique?

Mais il n’y a pas que le refus. Il y a aussi l’appel. Et l’appel tourne le dos à la défaite; il mobilise pour la victoire; il trace la voie de l’avenir. Il se fonde sur la force de la confiance. Confiance en soi, à la limite de l’extravagance, de cet homme inconnu, seul, qui se sent incarner la France. Confiance surtout et précisément dans la France, dans sa capacité de sursaut, dans la vertu - virtus - de son peuple, dans sa vocation à la grandeur. Appel à la grandeur : exhortation gaulliste par excellence.

Comment ne pas ressentir, au fond de soi, l’actualité de ce message et l’impérieuse nécessité de reprendre confiance en nous-mêmes et dans la France?

18 juin 2010 13:35
Retraites

Eric Woerth a fait un bon travail. Je pense, comme lui, que son projet de réforme est à la fois “responsable et juste”.

Il est d’abord nécessaire et urgent. Pour des raisons économiques: notre pays ne peut plus continuer à accumuler des déficits qui le conduisent à s’endetter à des niveaux insupportables. Mais aussi pour des raisons humaines: il n’est plus possible d’aborder la question de la vie de travail sans tenir compte de l’amélioration continue de notre espérance de vie. Eric Woerth souligne que “même avec une retraite portée à 62 ans , les Français et les Françaises passeront 3 ans de plus à la retraite qu’en 1980″.

La réforme proposée est ambitieuse et permettra de ramener le déficit à zéro en 2018 si nous retrouvons un rythme de croissance réaliste. Ne nous racontons pas d’histoires: la seule manière de dégager des ressources supplémentaires , c’est d’agir sur l’âge de départ et sur la durée des cotisations. L’idée de certains socialistes d’augmenter fortement le taux des cotisations est dangereuse: la hausse des cotisation salariales entrainerait une baisse du pouvoir d’achat, à un moment où la consommation nourrit la croissance; quant aux charges patronales, elles sont déjà très lourdes, notamment  pour nos PME, et les alourdir plomberait notre secteur productif.

La réforme enfin est conçue dans un esprit de justice. Des mesures spécifiques sont prévues pour les femmes dont la carrière est souvent hachée, pour les jeunes en situation précaire, pour les agriculteurs. Les travailleurs à “carrière longue”, qui ont commencé à travailler très jeunes (17ans et même moins), pourront continuer à partir à 60 ans. Ceux dont le métier aura dégradé la santé seront traités de même et toucheront une retraite à taux plein, même s’ils n’ont pas tous leurs trimestres. L’alignement du taux des cotisations des fonctionnaires sur celui des salariés du privé se fera très progressivement, sur 10 ans. Enfin un effort financier sera demandé à ceux qui en ont les moyens, par une taxation supplémentaire des hauts revenus et des revenus du capital.

Est-il illusoire d’espérer qu’après d’ultimes concertations et dans le cadre de la discussion parlementaire, ce projet fasse l’objet sinon d’un consensus, du moins d’un large accord ? Si j’en juge par les derniers sondages qui montrent une opinion partagée (51% favorables, 49% contre), je pense que le bon sens peut encore l’emporter.

6 juin 2010 09:37
Fraîcheur

Présidé hier le conseil municipal des enfants. Une soixantaine d’élèves de CE2, CM1 et CM2.

Quel moment de fraîcheur et de bonheur! Ils sont vifs, attentifs, intelligents, mûrs. Ils commencent par rendre compte des travaux qu’ils ont faits en commission depuis leur élection l’an dernier. Ils me proposent des projets concrets pour l’année qui vient: par exemple un vide-grenier dont le produit servirait à aider des enfant en difficulté; ou un voyage à Bilbao pour étudier ce qui se fait dans cette ville en matière de développement durable; ou l’organisation d’une manifestation sportive rassemblant enfants handicapés et non-handicapés… etc… Ils m’expliquent qu’ils ont dû choisir parmi toutes les idées qu’ils ont eues car ils sont conscients qu’on ne peut tout faire en même temps. Bel apprentissage de la responsabilité et de la démocratie.

Leur compte rendu terminé, ils me bombardent de questions sur tout: la ville, le travail d’un maire, mon parcours personnel, et même la politique. Ils savent tout! A la fin de la réunion, l’un des plus “participatifs” s’approche de moi et me demande tout à trac: “A quel âge pourrai-je devenir ministre?”. C’est celui auquel j’avais dit, pendant le débat, tant je l’avais trouvé d’esprit délié : “Un jour, tu seras maire de Bordeaux!”

Deux préoccupations reviennent sans cesse dans leurs propos: la solidarité envers les plus fragiles; et le développement durable, c’est-à-dire la ville, la vie, le monde que nous leur laisserons. Leur degré d’information est étonnament élevé.

Qu’on ne vienne pas me dire, après cela, que notre enseignement est en faillite. Il a des problèmes évidemment; mais le socle est solide. En tout cas, cette rencontre est une vraie cure d’optimisme.

5 juin 2010 17:45
Vilaine manip.

Eternel dilemme: faut-il répondre à la calomnie, au risque de la propager? Faut-il l’ignorer, au risque de lui laisser prendre crédit ?

Je me suis posé cette question en lisant aujourd’hui dans Le Monde l’article que Caroline Fourest consacre à l’affaire Saint-Eloi/ Saint-Projet, révélée récemment par l’émission de télévision “Les Infiltrés”.

D’abord, les faits dans toute leur transparence:

- en 2000, constatant l’état d’abandon de l’église Saint-Eloi, dans le centre historique de Bordeaux, la ville donne suite à la proposition de l’association dirigée par l’abbé Laguérie qui s’engage à rénover, à ses frais, le bâtiment et à y rétablir le culte. Renseignement pris auprès de la préfecture, l’église est considérée comme désaffectée. Les activités de l’association ne contreviennent pas à la loi. Par délibération, évidemment publique, du conseil municipal, une convention est donc passée entre la ville et l’association.

- quelques mois plus tard, le nouvel archevêque de Bordeaux estime que la procédure de désaffectation n’a pas été respectée et saisit le tribunal administratif. Celui-ci lui donne raison. L’association (pas la ville) fait appel. La cour administrative d’appel confirme la décision de première instance. Immédiatement, par une nouvelle délibération de son conseil municipal, la ville résilie la convention. Elle n’a donc plus, depuis 2004, aucun lien avec les occupants de Saint-Eloi. L’église est affectée au diocèse de Bordeaux.

- s’agissant du collège Saint-Projet, établissement d’enseignement hors contrat, les services scolaires de la ville n’ont jamais eu aucune relation avec lui.

Que trouve-t-on dans l’article de Mme Fourest?

D’abord une construction extravagante qui tend à montrer une convergence d’intérêts entre certains intégristes bordelais et certains élus municipaux, dont Hugues Martin, “député remplaçant d’Alain Juppé” (au passage, qu’est-ce qu’un “député remplaçant” ?). Il faut une imagination puissamment créatrice pour établir un lien entre la fiscalité applicable à la rénovation du patrimoine historique ou le label “Villes et pays d’art et d’histoire” accordé à la ville, et les agissements scandaleux révélés par l’émission “Les Infiltrés”. Prudente, l’auteure de l’article écrit que “il ne s’agit ps d’en déduire un lien d’ordre financier”. L’insinuation et l’amalgame suffisent en effet.

Cela me rappelle étrangement la manip. montée il y a trois ans contre “l’adjointe du maire de Bordeaux”, à nouveau mise en cause aujourd’hui, “le directeur des affaires culturelles du maire de Bordeaux”, et “le chargé de mission du maire de Bordeaux” (je cite certains titres de presse de l’époque), dans une sombre affaire privée de captation d’héritage… sur laquelle on attend toujours la moindre manifestation de vérité.

Outre ce petit chef d’oeuvre de perfidie, l’article contient toute une série de contre-vérités ou de mensonges:

- il y est dit que “Mgr Ricard fait même un recours. Sans succès.” J’ai rappelé que notre archevêque avait gagné son recours en première instance et en appel.

- il y est dit que “l’opposition réclame la fin du bail dévolu aux occupants de Saint-Eloi”. J’ai rappelé que, par délibération publique, le conseil municipal avait résilié ce bail en 2004.

- il y est dit: “que fait-on pour éviter que des écoles hors contrat lavent le cerveau de futurs citoyens en toute impunité?” Comme je l’avais souhaité, le rectorat, seul responsable en l’espèce, a diligenté plusieurs enquêtes. L’inspecteur d’académie de Bordeaux vient publiquement de demander aux familles de retirer leurs enfants du collège Saint-Projet qui ne transmet pas le socle de connaissances prévu par la loi.

On reste pantois devant un article qui accumule autant d’insinuations sans preuves, et autant de contre-vérités.

Je n’en veux nullement à Caroline Fourest qui a fidèlement reproduit les allégations de deux ou trois élus socialistes bordelais qui me poursuivent, depuis 15 ans, d’une haine tenace.

On sentira néanmoins de l’indignation dans ces lignes. C’est vrai. Qu’on me fasse procès de complicité avec l’extrême-droite raciste et antisémite, moi qui l’ai toujours farouchement combattue - ce qu’elle m’a bien rendu, au plan national comme à Bordeaux - me révulse et me blesse. Dans l’idée que je me fais du combat politique, des procédés aussi déshonorants n’ont pas de place.

La justice est saisie. Je lui fais confiance pour punir ceux qui auraient transgressé les lois et les valeurs républicaines auxquelles nous sommes si profondément attachés.

16 mai 2010 18:39
La double divergence

Après des semaines de tergiversations, les dirigeants européens ont enfin adopté un plan de sauvetage de la Grèce… et des Etats membres qui pourraient se trouver, eux aussi, dans la difficulté. Notre président, Nicolas Sarkozy, a déployé toute l’énergie dont il est capable pour convaincre nos partenaires les plus réticents. Bravo!

Mais il est clair que, au delà du court terme, rien n’est réglé.

La zone euro est prise dans des turbulences qui peuvent s’expliquer, entre autres raisons, par la double divergence qui la fragilise, en son sein, et dans sa relation avec le reste du monde.

En interne, tout d’abord. On peut, en simplifiant, distinguer trois groupes de pays: l’Allemagne, les Pays-Bas, plusieurs pays scandinaves qui ont accompli, souvent dans la douleur, de vraies réformes structurelles et qui ont restauré la compétitivité de leur secteur productif; le groupe des pays à qui “les marchés” ne font plus confiance, pour des raisons différentes: la Grèce, l’Irlande, le Portugal et peut-être l’Espagne; et puis, en situation intermédiaire, la France et sans doute l’Italie qui conservent une marge de manoeuvre mais doivent poursuivre leur remise en ordre. Or, l’un des fondements de la monnaie unique, c’est la convergence des économies qui l’utilisent.

Sur la scène mondiale, les économies divergent aussi: les pays dits émergents connaissent, depuis des années, des taux de croissance compris entre 5 et 10% ; la plupart sont sortis de la crise. Puis les Etats-Unis , grâce à leur fantastique capacité de rebond, ont déjà renoué avec une croissance de l’ordre de 3%. Enfin l’Europe se traîne entre 1 et 2% ; les derniers chiffres connus, ceux du premier trimestre 2010, ne sont guère encourageants. Si l’on prolonge sur dix ans de telles courbes de croissance, on imagine les écarts énormes qui vont se creuser.

Il faut donc compléter les mesures de court terme par une stratégie à longue portée.

Chez nous, d’abord, et l’exercice va être d’une grande complexité. Pour résumer, je dirais qu’il va nous falloir concilier l’exigence de la rigueur et le soutien de la croissance. Le réglage du curseur va demander beaucoup d’habileté. Il nous faut évidemment réduire nos déficits pour maîtriser notre endettement. Une gestion rigoureuse de la dépense publique et, sans doute, une augmentation des recettes fiscales s’imposent donc. Mais en même temps, il faut tout faire pour soutenir la croissance, sans laquelle il n’y aura pas de recul du chômage. De nombreuses analyses et de nombreux rapports (Camdessus, Attali…) ont identifié les mesures à prendre. La grande question est de savoir si ces deux politiques (rigueur, croissance) sont compatibles ou contradictoires. La science économique ne nous est pas d’un grand secours. Comme l’a montré une récente confrontation publiée par le journal Le Monde, certains économistes soutiennent que la rigueur assainit l’économie et prépare le rebond de la croissance; d’autres estiment qu’il serait irresponsable de casser la très fragile reprise de notre économie par un plan d’austérité. Qui croire?

Si je me réfère à mon expérience, je pencherais volontiers pour la première thèse: aussi bien en 1986/88 qu’en 1995/97 (réduction des déficits de deux points de PIB entre mai 1995 et juin 1997), la remise en ordre de nos finances et la réduction des déficits publics ont ouvert la voie aux belles années de croissance 1988/89 et 1998/9/2000.

Mais les stratégies nationales n’auront qu’un portée limitée si la zone euro ne se réforme pas fondamentalement et si, de la crise actuelle, ne sort pas un nouveau pilotage des politiques économiques, et donc budgétaires et fiscales des Etats membres qui partagent la même monnaie. Comme souvent en Europe, le statu quo serait synonyme de déclin, voire d’éclatement. Aurons-nous le courage de faire un pas en avant supplémentaire vers l’organisation d’un gouvernement économique commun? Saurons-nous, par exemple accepter, que notre projet de budget passe l’épreuve d’un examen bruxellois avant d’être soumis à notre Parlement? Pour ma part, je pense qu’il ne faut pas vouloir une chose et son contraire: la stabilité que nous garantit la monnaie unique à l’intérieur de la zone euro , et le refus des disciplines sans lesquelles cette monnaie perdrait sa crédibilité.

14 mai 2010 18:44
Apéro géant

L’hypocrisie, y en a marre! Il paraît que ce n’est pas la faute de Facebook, mais celle de l’alcool! Et que les hommes politiques ne doivent pas s’en mêler mais laisser les jeunes s’amuser…

J’ai déjà été confronté deux fois, en tant que maire de Bordeaux, à des appels conviant les jeunes à se rassembler sur telle ou telle place publique de la ville… “pour faire la fête”. Je sais parfaitement ce que cela veut dire: pour se saouler la gueule le plus vite possible avec des alcools durs, style vodka, rhum, gin… ou des kyrielles de canettes de bière. Et on a vu partout le résultat: des dizaines de jeunes en coma éthylique, qu’il faut accueillir sous des tentes de dégrisement, ou carrément hospitaliser. C’est cela qu’on appelle faire la fête?

Je souhaite que la jeunesse de ma ville puisse s’amuser et je n’ai nulle intention de mettre un bonnet de nuit sur nos quartiers. Mais l’alcoolisme, ou l’alcoolisation rapide comme on voudra, est une plaie. Je ferai donc tout, en liaison avec le représentant de l’Etat et la police nationale, pour mettre les “organisateurs” de telles beuveries face à leurs responsabilités, y compris pénale. Le tragique accident qui vient de survenir à Nantes montre qu’il y va de la vie et de la mort de nos enfants.

7 mai 2010 09:49
Vous avez dit rigueur?

Et si nous arrêtions nos circonlocutions autour du mot “rigueur”?

N’est-il pas évident aujourd’hui, pour tout responsable de bonne foi, qu’une gestion rigoureuse de nos finances publiques s’impose à tout gouvernement digne de ce nom? François Fillon a le courage de le dire et je lui tire mon chapeau.

Où en sommes-nous cette année ? Notre déficit public atteint 8% de notre produit intérieur brut, contre 6,6% en moyenne dans la zone euro; notre dette publique représente 83,6% de ce même PIB, contre 84,7 en moyenne dans la zone euro . Certes, notre situation n’a rien à voir avec celle de la Grèce. Mais elle n’est pas tenable et nous nous sommes solennellement engagés à l’améliorer, et notamment à ramener notre déficit à 3% d’ici 2013. C’est un défi considérable. Le retour de la croissance, qui restera modeste, ne suffira pas à le relever. Nous devrons donc agir sur les deux seuls leviers disponibles: la réduction des dépenses et l’augmentation des recettes.

Tout le monde, ou presque, est d’accord pour s’attaquer aux dépenses inutiles. Mais, sauf à se contenter de mesures cosmétiques ou démagogiques, toute vraie réduction des dépenses publiques, qu’il s’agisse de celles de l’Etat, des collectivités locales ou des régimes sociaux, est forcément douloureuse. Elle suscite inévitablement des protestations et des oppositions de la part des catégories touchées. Il faut s’y préparer, y compris au niveau local.

D’où l’absolue nécessité de faire en sorte que la rigueur s’accompagne d’une forte exigence de justice. Et c’est ici que le correctif fiscal peut et doit intervenir. On voit bien qu’il nous faut remettre un peu d’ordre dans la multitude des avantages fiscaux de toute sorte, qu’on qualifie par facilité de niches, et dont le cumul permet à certains contribuables d’échapper quasiment à l’impôt. Et puis, dans la grande difficulté où nous sommes, il ne serait pas inconvenant de demander un effort suplémentaire à ceux qui souffrent le moins de la crise. A condition, bien sûr, qu’on ne cible pas, comme trop souvent, les classes moyennes mais les vrais hauts revenus. Objection, nous dit-on: “Les riches s’en iront.” Parfois, il faut choisir le moindre mal. 

Ces efforts, ces sacrifices suffiront-il ? Nous sommes aussi entraînés dans la tourmente européenne, avec sa contagion mondiale qui fragilise notre monnaie. J’ai déjà écrit dans ce blog combien les lenteurs de la réaction européenne à la crise grecque (portugaise, espagnole…) m’inquiétaient. Les recherches en responsabilié, à ce stade, seraient contre-productives. Ce dont nous avons besoin d’urgence, c’est d’un front européen solide, autour d’une détermination franco-allemande sans faille. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, dans la lettre commune qu’ils viennent d’envoyer au président de Conseil européen , affichent leur volonté de “renforcer la gouvernance économique de la zone euro” (…) en renforçant la surveillance budgétaire et en élargissant la surveillance aux questions structurelles et de compétitivté ” . Excellentes intentions, souvent répétées. Mais les marchés, dans leur avidité et leur stupidité “court-termiste”, ne se payent pas de bonnes paroles.

4 mai 2010 08:44
Horrifié

Comment ne pas être horrifié par les propos entendus dans l’émission “Les infiltrés” consacrée à la secte extrêmiste qui sévit à Bordeaux?

Je retrouve ce mot, “horrifié”, qui m’est naturellement venu aux lèvres, dans la belle homélie que le Père Pierre Alain Lejeune a prononcée dimanche dernier en l’église Notre Dame de Bordeaux, je le cite:

“Certains d’entre vous ont sans doute été horrifiés, tout comme moi, par l’émission diffusée mardi soir sur France 2: un reportage faisait état de l’étrange connivence entre la paroisse Saint Eloi et les pires réseaux de l’extrême droite où la haine n’a d’égale que la bêtise. Pire encore, où le nom de Jésus-Christ sert d’alibi pour justifier les pires violences. 

En découvrant cela, nous aimerions que le nom de “catholique” ne soit pas utilisé à la légère; que le mot de “chrétien” soit réservé à ceux qui vivent du Christ. Hélas, depuis 2000 ans, il n’existe pas de copyright sur ces noms et n’importe qui peut se dire “catholique”.

Il n’existe peut-être pas de copyright mais l’Evangile de ce dimanche nous donne tout de même un critère de discernement pour user du nom de “chrétien”:

“Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres.” Fin de citation.

J’espère de tout coeur que les enquêtes en cours permettront d’identifier rapidement tous ceux qui se sont rendus coupables de tels appels à la haine raciale et à l’antisémitisme, et que les lois qui les répriment seront appliquées avec sévérité.

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