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Blog-Notes d'Alain Juppé
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Je reprends ici le titre d’un bel article que publie aujourd’hui Le Monde, sous la signature d’un groupe d’universitaires qui ne se résignent pas à l’éradication du latin et du grec des programmes de notre éducation nationale.

J’ai souvent eu l’occasion de dire combien je partageais leur conviction: permettre à nos collégiens, à nos lycéens, à nos étudiants de s’initier à nos langues mères, ce n’est pas de l’élitisme (stupidité de l’opprobre fait à ce mot et à ce concept dans la “littérature” politiquement correcte!!) ou de la ringardise, ou du temps perdu. C’est au contraire une merveilleuse chance de plonger au plus profond de leur histoire intime, de prendre un peu de ce recul si rare dans notre société du temps dit réel.

Jacqueline de Romilly a mené pour cette cause un admirable combat. Tous les arguments se trouvent dans ses livres. Deux ou trois me reviennent à l’esprit.

D’abord, comment demander à des professeurs de français d’enseigner une langue dont ils ignoreraient les origines, la formation, le génie propre? C’est ce qui est jeu dans la réforme du capes de lettres classiques. Dans la foulée, on pourrait dispenser les candidats d’étudier la Chanson de Roland, ou le Testament de Villon dans le texte… qui est difficile! Il existe aussi des “adaptations” des Essais de Montaigne en français du XXème, bientôt du XXIème siècle…

Ensuite, pourquoi se priver de la précieuse école de méthode, j’ose dire de rigueur intellectuelle que constitue l’apprentissage d’une langue à déclinaison, aussi structurée que le latin? Certes, cet apprentissage est exigeant. Mais à force de ne rien exiger, on risque de fort peu récolter. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il est plus “utile” d’apprendre le chinois ou l’arabe. Dans des programmes bien aménagés, il y a de la place pour diverses expériences. Quant à l’utilité, combien de lycéens auront-ils l’occasion, dans leur vie professionnelle, de résoudre des équations du deuxième degré? Va-t-on en conclure que l’enseignement de l’algèbre est “inutile”?

Et surtout, a-t-on le droit de priver tant de jeunes de la chance de rêver un jour à la naissance de l’”aurore aux doigts de rose”, ou aux tourments de la “mer vineuse” en suivant Ulysse dans ses tribulations? Ou d’accompagner les premiers pas de la démocratie en écoutant l’éloge qu’en fait Périclès? Ou de découvrir avec Antigone qu’il y a des valeurs supérieures aux lois imparfaites des hommes? Tous nos grands mythes, bien de nos grands concepts sont déjà là. Bien sûr, il y a d’excellentes traductions d’Homère, de Thucydide ou de Sophocle. Mais combien plus profonde est la marque qu’en conserve celui qui a pris la peine de fréquenter l’original!

J’ai bien conscience de m’associer à un combat qui n’intéresse plus grand monde, qui suscite au mieux l’indifférence, au pis la dérision. Mais mes “humanités” m’ont donné trop de bonheur pour que je ne rende pas, à ceux qui en sont encore les champions esseulés, un peu de reconnaissance et de respect.

19 août 2010 11:37
Excellence française

Les mathématiciens français s’illustrent à nouveau: deux d’entre eux, Cédric Villani et Ngo Bao Chau, viennent d’obtenir la médaille Fields, qui est l’équivalent du prix Nobel dans leur discipline. La recherche mathématique française confirme ainsi qu’elle est au tout premier rang mondial. Bravo et merci à nos chercheurs qui nous offrent là une bonne dose “anti-morosité”.

17 août 2010 16:20
Bonne volonté… partagée (?)

La ville de Bordeaux accueille volontiers les gens du voyage, nos compatriotes qui ont choisi un mode de vie nomade.

A preuve: nous recevrons dans quelques semaines, du 5 au 22 septembre, le rassemblement Vie et Lumière, c’est-à-dire 400 caravanes environ qui viendront s’installer sur le parking de notre parc des expositions. Ce très vaste espace, très bien sécurisé, alimenté en eau et en électricité, constitue notre aire “de grand passage”. Les organisateurs de Vie et Lumière ont conclu avec la ville une convention d’occupation temporaire qui donne satisfaction aux deux parties. Ce n’est pas la première fois que nous procédons ainsi et les choses se passent en général très bien.

Nous avons proposé cet emplacement, aux mêmes conditions, aux 250 caravanes qui viennent d’arriver dans l’agglomération bordelaise, après avoir été expulsées de la commune d’Anglet. (Je précise que, contrairement à ce que j’ai entendu, nous ne leur avons pas demandé de payer l’installation de l’eau et de l’électricité, mais seulement leur consommation, ce qui me paraît tout à fait équitable vis à vis des contribuables bordelais.)

Cette offre a été refusée au motif que le sol du parking est asphaltée et que ce revêtement n’est pas confortable en été (en hiver, m’ont-ils dit, il n’y aurait pas eu de problème…) Soit.

La ville a fait alors une deuxième proposition: à quelques centaines de mètres de là, une prairie de 2ha que nous sommes en train d’équiper de l’eau et de l’électricité pour en faire une autre aire de passage habituelle. Deuxième offre refusée, pour deux motifs : 1) pas assez de place car les intéressés exigent 150 m2 au moins par famille, au lieu des 75 généralement prévus (ce qui aurait pu se régler en organisant le long du boulevard d’accès le stationnement des véhicules non affectés à l’habitation; il y a toute la place nécessaire et la police nationale s’engageait à surveiller le site pour rassurer les propriétaires inquiets du risque de cambriolage) 2) terrain “infect”, je cite, car situé à proximité d’une déchetterie… Je relève que cette déchetterie se trouve à 200m à peu près, c’est-à-dire à la même distance environ qu’une résidence dont les habitants acceptent ce voisinage à l’année longue. Les déchetteries de la communauté urbaine sont bien tenues et plusieurs autres sont situées en milieu urbain , sur le territoire de la commune.

J’ai donné pour consigne de poursuivre la discussion et nous recherchons les 4ha engazonnés qui sont exigés. Ce ne peuvent être à l’évidence les terrains de jeu de la plaine des sports qui ont été envahis les années précédentes sans aucune demande préalable et donc sans aucune autorisation. Ces terrains ne peuvent supporter sans dégradations, coûteuses à réparer, le poids de 250 caravanes. Et des sportifs continuent à les utiliser, même au mois d’août.

Je répète que la ville, malgré deux refus peu justifiés, recherche une solution, en coopération avec les services de la communauté urbaine. Mais je dis à nos “gens du voyage” que, même lorsqu’on bénéficie d’un bon coefficient de sympathie médiatique, ce qui est dans l’ordre naturel des choses, il ne faut quand même pas envoyer le bouchon trop loin.

12 août 2010 19:29
Outrance

Comment enseigner à nos enfants le respect d’autrui quand un journaliste chevronné, au motif qu’il n’aime pas sa politique, ses méthodes de gouvernement ou tout simplement sa personnalité, se permet de qualifier le Président de la République de “voyou”? O tempora, o mores!

11 août 2010 17:27
Retour aux fondamentaux

La majorité, nous dit-on, doit en revenir à ses “fondamentaux”. Soit. Et parmi, ces “fondamentaux”, figure en première ligne la sécurité.

En tant que simple citoyen, mais aussi en tant que maire, j’attache à la sécurité de mes proches et à celle de ma ville une grande importance et même une claire priorité. La sécurité est bien la première des libertés, ou, en tout cas, une liberté fondamentale.

Personne ne discute qu’en la matière, la responsabilité incombe d’abord à l’Etat. Mission régalienne, s’il en est.

Comment l’assume-t-il aujourd’hui dans notre pays? Le débat est animé, en cette période estivale. Plusieurs cas de violence récents, où la loi républicaine a été bafouée de manière inacceptable, expliquent ce retour en force de la question dans l’actualité politique.

Comme je m’efforce de le faire le plus souvent possible, je voudrais m’exprimer sur le sujet avec mesure.

D’abord un constat qui, je le sais, ne convaincra personne: notre pays n’est pas à feu et à sang; quand on considère ce qui se passe à l’étranger, dans des Etats économiquement et socialement comparables au  nôtre, on voit que nous ne faisons pas plus mal que les autres. Il y a des quartiers difficiles partout ailleurs en Europe et en Amérique du Nord.

Deuxième constat, et ici je m’appuie sur mon expérience de maire de Bordeaux: des progrès indéniables ont été accomplis depuis quelques années. On m’objectera qu’on fait dire aux statistiques tout et son contraire. Mais lorsque la méthode de calcul est la même au fil du temps, l’évolution des chiffres a une signification incontestable. Or, les chiffres de la criminalité et de la délinquance, notamment ceux de la délinquance de voie publique, ont connu une baisse régulière. Et, fait plus significatif encore, le taux d’élucidation des affaires est lui en hausse, ce qui veut dire que, sous l’impulsion des responsables politiques, les services de police et la justice sont plus efficaces. Un signe ne trompe pas: il y a dix ans, une part importante des débats dans les conseils de quartier de Bordeaux, tournait autour de la sécurité ou plutôt de l’insécurité; depuis 4 à 5 ans, la question est rarement soulevée, de manière spontanée, par les participants. Le sentiment populaire rejoint l’enseignement des statistiques officielles.

Est-ce à dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes? Ce serait un déni de réalité que de le prétendre. Il y a bien, en France, des zones de non-droit où les lois sont bafouées et où la police hésite à pénétrer. Et globalement, même si les crimes et délits sont moins nombreux, c’est toujours trop. L’équilibre, même dans les secteurs réputés paisibles, est fragile.

Alors, que faire?

Durcir la loi? Ce peut être nécessaire. A condition que la loi nouvelle ne soit pas de pure circonstance et surtout qu’elle soit applicable et appliquée dans la durée. Je ne suis pas sûr que ce soit toujours le cas. Souvent les textes en vigueur suffiraient, s’ils étaient vraiment appliqués.

S’agissant par exemple de l’extension des motifs de déchéance de la nationalité française, je note avec intérêt l’interrogation de Gérard Larcher, président du Sénat, dans Le Figaro d’aujourd’hui:

“Applique-t-on réellement le droit déjà en vigueur? L’article 25 du Code civil ne fournit-il pas déjà la réponse à la plupart des questions posées? C’est ce que nous devrons vérifier. ”

Je rappellerais volontiers, dans la foulée,   cette belle maxime de Montesquieu: “Quand il n’est pas nécessaire de faire une loi, il est nécessaire de ne pas en faire.”

La priorité sécuritaire ne doit pas non plus conduire à des exagérations, peu compatibles avec nos valeurs fondamentales. L’argument selon lequel une mesure recueille la faveur des “sondés” est à manier avec modération. Il est probable que, si au lendemain d’un crime odieux, on demandait, par sondage, aux Français leur opinion sur le rétablissement de la peine de mort, leur réponse serait sans ambiguïté. Faudrait-il pour autant suivre la tendance majoritaire? Ou croyons-nous toujours qu’il existe des principes eux aussi “fondamentaux”?

De là à soutenir que les libertés publiques sont en danger en France, il y a évidemment de la démesure. Malgré toute l’estime et même l’amitié que j’ai pour lui, je trouve que Michel Rocard, lorsqu’il évoque Vichy et le nazisme, perd le sens commun.

Il est même possible d’affirmer,au contraire, que plusieurs réformes récentes ont renforcé nos libertés de citoyen français. Je pense notamment à l’ouverture, voulue par Nicolas Sarkozy, des possibilités de saisine du Conseil constitutionnel. Désormais, un simple citoyen, à l’occasion d’un litige particulier, et sous certaines conditions, peut demander à notre cour suprême de se prononcer sur la constitutionnalité d’une loi qui ne lui a pas été déférée au moment de son vote. La procédure dite  QPC (question prioritaire de constitutionnalité) a déjà eu des effets remarquables, notamment l’injonction faite au gouvernement de modifier les règles et les pratiques de la garde à vue dans notre pays.

Pour en revenir à la sécurité des personnes et des biens, le plus important, si j’en juge toujours d’après mon expérience de maire, c’est que la politique soit globale. Elle doit associer tous les acteurs concernés: la police, la justice, mais aussi les élus locaux, et le réseau associatif dont le rôle est primordial en matière de prévention, de formation, de ré-insertion…

Dans cet esprit, la loi donne au maire un rôle de chef d’orchestre fondé sur sa proximité avec les citoyens. C’est le maire qui préside le “conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance”  (CLSPD) où se retrouvent tous les partenaires que j’ai cités. On y fait du bon travail, du moins si je me réfère au cas de Bordeaux.

La police, dans son rôle principalement dissuasif et répressif, a bien sûr une responsabilité tout à fait essentielle. Comment lui permettre de travailler le mieux possible? Je ne suis pas un spécialiste de l’organisation policière et je me garderai donc bien de présenter “mon plan”. Je constate simplement deux choses: d’abord l’importance de la chaîne de commandement, de Paris au terrain, et notamment de l’engagement des préfets et des directeurs départementaux de la sécurité publique. Disons le crûment: il y a des fonctionnaires plus efficaces que d’autres. J’ai la chance à Bordeaux d’avoir des bons.

Ensuite le maillage territorial. Qu’on appelle cela police de proximité ou autrement pour éviter toute polémique, qu’on tire les leçons des expériences passées, plus ou moins réussies, j’en suis d’accord. Mais qu’on soit réaliste: la présence de policiers bien formés et bien encadrés sur le terrain, selon des formules diversifiées en fonction des situations elles mêmes diverses (il est vrai que la circonscription de police de Bordeaux n’est pas le 9-3) est un moyen d’action incontournable. Quand le gouvernement a annoncé la mise en place des UTEQ, ces unités territoriales de quartier qui doivent justement assurer une présence policière quotidienne dans les zones sensibles, tous les maires ont applaudi des deux mains, moi le premier. Je souhaite que le déploiement annoncé de ces unités se concrétise au plus vite. C’est ce que nous demande la population. C’est ce que la pratique recommande.

En retour, il appartient à nos municipalités de mettre à la disposition de la police nationale (et de leurs propres polices municipales) les moyens adéquats. En particulier des caméras de vidéo- surveillance ou de vidéo-protection (de grâce, faisons l’économie des querelles de vocabulaire: il s’agit bien de surveiller pour protéger!), dont l’efficacité est reconnue. J’ai vu moi-même comment le système permet de déclencher en temps réel l’intervention d’une brigade anti-criminalité, quelques instants après que le PC municipal a détecté, sur ses écrans, un individu se préparant à utiliser son arme contre un passant. Pourquoi les dirigeants socialistes (pas tous les élus locaux socialistes heureusement!) continuent-ils à mener une guerre idéologique désuète contre un dispositif technique dont la mise en oeuvre est strictement encadrée par la loi?

Moins d’idéologie,plus de pragmatisme, des moyens suffisants, une volonté politique nationale et locale forte, la mise en réseau des tous les partenaires concernés, y compris les associations engagées dans la prévention… il n’y a certes pas de recette miracle, dans une société souvent portée à la violence,  mais il y a  des voies de progrès possibles.

11 août 2010 17:10
Langue française, suite.

Beaucoup de réactions après mon blog sur français/english. Plutôt favorables dans l’ensemble.

J’en retiens particulièrement trois:

- la réponse de Frédéric Martel lui-même, très argumentée; je l’ai mise en ligne comme il me l’a demandé; je serai heureux de poursuivre le débat avec lui;

- la mise au point d’un universitaire qui a consacré sa carrière à l’enseignement de l’anglais; il me trouve sévère avec notre système éducatif; il me rappelle que son rôle n’est pas seulement d’apprendre au plus grand nombre à “baragouiner” un peu de cet anglais international, réduit à quelques centaines de mots, qui est devenu notre “koinè”; il est aussi de transmettre un anglais de qualité, dans sa richesse et sa complexité et il le fait bien; il a raison.

- le message le plus succulent, celui d’un ami de Montréal qui visitait récemment Bordeaux et qui, rue Sainte-Catherine (je dis bien à Bordeaux), est tombé en arrêt devant la vitrine d’un commerce où s’étalait cette annonce: ” Dernière démarque. Super cool. Bizzbee LA BATTLE DES PRICES.” Heureusement, il y a belle lurette que le ridicule ne tue plus!

8 août 2010 17:45
Confusion intellectuelle

Plusieurs d’entre vous me pressent de sortir de ma “torpeur estivale”. Je n’en ai guère envie. Cela fait du bien de décrocher de temps en temps, de prendre un peu de recul… même si je ne suis qu’à moins de 200 km de Bordeaux.

Pourtant, j’ai craqué à la lecture de l’article que Frédéric Martel vient de signer dans Le Point, sous le titre: “Français, pour exister, parlez English.”

Ce papier est, me semble-t-il, un bel exemple de confusion intellectuelle.

Au départ, une affirmation péremptoire, mais que je fais totalement mienne: “Si les Français veulent exister dans le monde d’aujourd’hui, ils doivent parler anglais.” Certes! Mais qui le conteste?

J’adhère aussi pleinement à la proposition d’une “amélioration drastique de l’apprentissage de l’anglais en France.” Dans ce domaine, notre système éducatif est mauvais. Les seuls véritables progrès qu’ont faits mes enfants en anglais, c’est à l’occasion de stages ou de séjours en pays anglophones. Heureusement, “l’année à l’étranger” devient un point de passage obligé dans un grand nombre de cursus universitaires. C’est un chance que ma génération n’a pas eue.

Mais de cette première affirmation, dont il faut bien dire qu’elle tombe sous le sens, l’auteur de l’article tire des conséquences qui, elles, relèvent carrément de la confusion intellectuelle.

D’abord l’idée que, faute de créativité linguistique nationale, nous devons truffer notre français de mots empruntés à l’anglais. C’est dans l’air du temps, j’en conviens. Ce n’est pas pour autant que ce n’est pas ridicule! Les exemples foisonnent. Je  citerai l’un des plus plus récents, entendu dans la bouche d’un possible émule de F.Martel , qui m’a fait joyeusement rigoler: modernistes de tous pays, unissons nous pour préférer le “bottom up” au ” top down!”

De grâce, qu’on ne vienne pas nous dire qu’il faut remédier à la ringardise du vocabulaire “françois”, qui ne saurait pas inventer des mots nouveaux pour nommer des réalités nouvelles! En l’espèce, je suis très à l’aise quand je compare le  ” de bas en haut” … au ” du haut en bas”. Non! sauf exception - il y a bien sûr des termes intraduisibles qui doivent continuer à enrichir notre langue -, la véritable explication de l’actuelle épidémie de “franglais”, c’est, selon moi, le snobisme : comme nous parlons mal l’anglais (cf. supra), il est plus facile, pour donner le change, d’émailler notre conversation de mots anglais qui font chic. Mainstream… Autre exemple: cette publicité d’une grande marque automobile qui vante les mérites de son véhicule… “energy saving”, comme si , pauvres couillons de consommateurs français, nous ne savions pas ce qu’économiser l’énergie veut dire.  Grotesque!

Nos amis québécois, qui luttent pour leur survie nationale, c’est-à-dire linguistique et culturelle, avec une énergie et une intelligence admirables, pourraient remédier à nos carences de vocabulaire, eux qui ont compris qu’il était parfaitement possible de préserver la beauté de la langue française, et de parler couramment anglais. Eux qui, seuls au monde, ont inventé la traduction de “bed and breakfast”, à savoir : “couette et café”. Génial, non ?

Je ne veux pas “titiller” Frédéric Martel, mais enfin! Ne tombe-t-il pas lui-même dans la frilosité franchouillarde lorsqu’il revendique, pour les francophones, le droit de pouvoir utiliser l’accent circonflexe sur Internet ? Il faudrait s’entendre! Notre seul avenir est-il l’anglais, sans accent cela va de soi… ou reste-t-il encore un peu de place pour notre grammaire nationale?

Plus sérieusement, l’idée qui sous-tend l’article du Point me paraît fausse. La mondialisation, ce n’est pas l’américanisation universelle. C’est la diversité. Y compris la diversité linguistique. L’anglais n’est pas la seule langue parlée à travers le monde. Ce n’est même pas la plus répandue. Le chinois lui dame le pion. Les anglophones eux-mêmes sont en train de se rendre compte que leur fréquente ignorance des autres langues du monde (ne généralisons évidemment pas!) constitue souvent un handicap. L’avenir, c’est le multilinguisme, en Europe et dans le monde. Nos enfants doivent parler anglais, mais ils se donneront, dans leur vie professionnelle ou personnelle, des atouts supplémentaires s’ils apprennent le chinois, l’espagnol, l’arabe etc…  Dans ce cadre, le français garde toutes ses chances. Certes, il est en recul. Mais l’envie de parler français reste puissante, et pas seulement dans nos territoires d’influence traditionnels. Le travail admirable des lycées français à l’étranger ou des alliances françaises à travers les continents l’atteste.

Alors, vive la francophonie! C’est une belle cause. Une cause d’avenir. Je me demande si le “tout anglais” n’est pas déjà daté… du siècle dernier.

13 juillet 2010 10:15
Tenir le cap

Le Président de la République, hier soir, a montré sa détermination à mener à son terme la réforme des retraites. Il a raison et ses explications ont été convaincantes.

Depuis que l’on connaît le détail de cette réforme, j’ai dit qu’elle me paraissait à la fois nécessaire et équilibrée. Sans doute mérite-t-elle encore quelques améliorations, notamment sur la question de la pénibilité ou celle des carrières longues. Mais le coeur du dispositif  est incontestable : pour toutes les raisons que le Président a rappelées hier soir, nous ne pouvons pas nous dispenser de faire ce que tous nos partenaires européens ont fait, à savoir reculer l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans et en tirer les conséquences sur l’âge de liquidation des pensions à taux plein sans décote. Combien de socialistes n’ai-je pas entendu en convenir… hors micro ! Promettre, comme le font les leaders du parti, qu’en cas de victoire en 2012, la gauche reviendra à 60 ans est totalement irresponsable.

Le Président nous a dit en outre que nous devions gérer nos finances publiques de manière “rigoureuse”. C’est, à mes yeux, un impératif absolu si nous voulons casser la spirale infernale des déficits et de l’endettement. 

Mais, dans le même temps, nous devons nous fixer un objectif ambitieux de croissance pour faire reculer le chômage. Bien placer le curseur entre rigueur et croissance, voilà aujourd’hui l’un des plus grands défis de la conduite de la politique économique. Nous en avons longuement parlé lors des “Entretiens de Bordeaux”, le week-end dernier. J’aurai l’occasion d’y revenir plus précisément. Mais d’ores et déjà, je veux insister sur une priorité qui s’est imposée à nous : il faut accompagner l’effort de maîtrise de nos dépenses publiques courantes d’un investissement massif dans les dépenses d’avenir ( et au premier chef l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation). C’est tout le sens des propositions qu’a faites la commission que j’ai co-présidée avec Michel Rocard et que le Président, le gouvernement et le parlement ont approuvées. Il est nécessaire que ce grand plan d’investissement se concrétise le plus rapidement possible. C’est pourquoi nous attendons la mise en place à brefs délais du conseil de surveillance prévu par la loi ; il doit en effet s’assurer que les intentions affichées sont bien respectées et qu’une “usine à gaz” administrative ne paralyse pas les initiatives.

7 juillet 2010 10:42
Dans la tourmente

Je n’aime pas, vous le savez, réagir à chaud. Je préfère prendre du recul et me donner le temps de la réflexion. Mais il y a des circonstances où, quand on voit son pays dans la tourmente, il faut parler.

Je voudrais d’abord redire à Eric Woerth mon estime et mon amitié. Je devine la souffrance qui est la sienne  face au harcèlement dont il est l’objet. Jusqu’à preuve du contraire  - et aucune preuve  n’apparaît -  il mérite sa réputation d’honnêteté. C’est , depuis longtemps, un élu dévoué, maire très apprécié de ses concitoyens de Chantilly. C’est un ministre compétent et courageux qui porte une réforme des retraites à la fois nécessaire et équilibrée. Il est important, pour notre pays, qu’il la mène à bien.

Je voudrais ensuite en appeler au sens des responsabilités des dirigeants socialistes. Le combat politique n’autorise pas tous les coups. Sont-ils conscients que, lorsqu’ils se posent en parangon de vertu face à une droite prétendument corrompue, ils ne sont pas crédibles? L’opinion nous renvoie sa réponse: les 2/3 des Français pensent que c’est la classe politique dans son ensemble qui est corrompue. “Tous pourris!”. On connaît la vieille chanson populiste. Les hommes et les femmes politiques ne sont certes pas irréprochables. Leurs imprudences, leurs défaillances, voire leurs fautes doivent être sanctionnées avec la plus grande sévérité car les citoyens sont en droit d’attendre d’eux une vertu supérieure à “la moyenne”.  Mon expérience personnelle me permet en l’occurrence, non pas de donner des leçons, mais de m’exprimer avec liberté: j’ai payé, durement, pour mes fautes, et je le dis sereinement aujourd’hui, pour les autres aussi. Je peux donc lancer le même appel que Michel Rocard et Simone Veil: “Halte au feu!”

Et puis, il faut en venir à l’essentiel. Les défis que la France doit relever aujourd’hui sont d’une telle ampleur que nos divisions sont mortelles.

Comment remettre notre pays, et l’ensemble des pays voisins, sur le chemin d’une croissance suffisante pour casser la spirale déficits/endettement et nous éviter un déclin annoncé par rapport aux nations émergentes?

Comment pousser plus loin la construction d’une Europe  devenue fragile, que le statu quo condamnerait à l’éclatement, et qui doit par conséquent se doter d’une gouvernance économique, budgétaire et fiscale de nature quasi-fédérale?

Comment convaincre les Français que, pour préserver et améliorer à terme la qualité de leur vie personnelle, un effort de rigueur partagée est incontournable? Et que la rigueur ne consiste pas seulement à réduire le train de vie des ministres? Cette réflexion m’est inspirée par la lecture d’un récent sondage publié à la une du Figaro: 8O% (chiffre à vérifier mais c’est l’ordre de grandeur…) des personne interrogées seraient favorables à la rigueur! Voire. J’ouvre les pages du journal et je me rends compte que la rigueur, pour les sondés, c’est la diminution du nombre de voitures dans les ministères, ou la réduction des effectifs des cabinets ministériels, ou… le remboursement des achats de cigares ministériels. Toutes choses évidemment indispensables d’un point de vue moral… mais qui représentent “peanuts” dans l’effort de redressement budgétaire. Il va nous falloir dire la vérité et regarder la réalité telle qu’elle est.

Que faire pour calmer la tourmente politique?

Etablir la vérité, bien sûr, sur toutes les affaires en cours. C’est la mission de la justice.

Retrouver l’élan pour réformer, moderniser, dynamiser. C’est la responsabilité du Président de la République, en charge de l’essentiel.

Et, sans doute, remettre le gouvernement en situation de gouverner, ce qui passe, au moment que le Président jugera opportun, par un profond remaniement mais aussi par un changement de méthode: le Président ne peut et ne doit être en première ligne sur tous les sujets; le gouvernement doit être à la manoeuvre quotidienne, en étroit dialogue avec le Parlement.

Dans la situation très compliquée où se trouvent la France et l’Europe, et à défaut d’une improbable union nationale, une large mobilisation des compétences et des volontés s’impose.

19 juin 2010 09:03
18 juin

Cérémonie émouvante à Bordeaux. Un groupe de jeunes élèves chante deux couplets de la Marseillaise. Un ancien combattant lit l’Appel.

Chaque fois que j’entends ce texte, j’éprouve une grande émotion. Un mot explose à mes oreilles: “NON”. “La défaite est-elle définitive? Non!”.

D’abord donc le refus. Refus de la défaite, refus du renoncement, refus de suivre la majorité qui est - comment l’oublier? - , derrière Pétain. Dans un monde où la tyrannie des sondages règne en tous domaines, où l’exigence démocratique nous pousse à toujours nous aligner sur l’opinion dominante, le courage de se dresser seul, ou presque, contre tous nous apparaît-il vraiment comme une valeur qui nous concerne, ou juste comme une curiosité historique?

Mais il n’y a pas que le refus. Il y a aussi l’appel. Et l’appel tourne le dos à la défaite; il mobilise pour la victoire; il trace la voie de l’avenir. Il se fonde sur la force de la confiance. Confiance en soi, à la limite de l’extravagance, de cet homme inconnu, seul, qui se sent incarner la France. Confiance surtout et précisément dans la France, dans sa capacité de sursaut, dans la vertu - virtus - de son peuple, dans sa vocation à la grandeur. Appel à la grandeur : exhortation gaulliste par excellence.

Comment ne pas ressentir, au fond de soi, l’actualité de ce message et l’impérieuse nécessité de reprendre confiance en nous-mêmes et dans la France?

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