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Blog-Notes d'Alain Juppé
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14 juin 2009 18:55
Copenhague

J’ai conduit, mardi et mercredi dernier, une délégation d’élus et de fonctionnaires bordelais à Copenhague. But de la mission: échanger nos idées avec les responsables d’une ville qui a la réputation d’être particulièrement en avance dans sa stratégie de développement durable.

Nous en avons, en effet, tiré des enseignements intéressants:

- D’abord un choix qui est ancien, et presque culturel au Danemark: donner la priorité au vélo pour les déplacements en ville. Le spectacle de la rue est impressionnant: les voitures sont rares et les vélos omniprésents. Par milliers! Partout. Et, nous dit-on, en toutes saisons. Pour inciter les hésitants à abandonner la voiture et à prendre la bicyclette, une fiscalité écrasante: 180% de taxes sur le prix d’achat d’un véhicule automobile! Conséquence: les jeunes roulent à vélo et achètent leur première auto… à 40 ans. Les notables donnent l’exemple: vu, dans le hall d’entrée du ministère de l’énergie et du climat, l’emplacement réservé pour le vélo de la ministre, Connie Hedegaard qui nous reçoit chaleureusement. Résultat : d’ores et déjà, plus du tiers des déplacements urbains se font à bicyclette; l’objectif est d’atteindre 50% dans quelques années. 

- Ensuite, une volonté forte d’améliorer la performance énergétique et de développer les énergies renouvelables. En particulier la biomasse et le vent. Nous visitons une ferme d’éoliennes, partie sur la terre ferme, partie en mer. Je demande s’il y a des résistances, notamment dans le voisinage immédiat. Réponse négative. Pour motiver les riverains, on leur propose d’entrer dans la société coopérative qui construit les éoliennes et les exploite. Tout n’est pas idyllique néanmoins: la production d’électricité provient en majorité de centrales thermiques au charbon qui crachent beaucoup de C02. La société danoise continue à refuser le nucléaire (tout en achetant de l’électricité à la centrale nucléaire suédoise distante de … 25 km de ses côtes). Le Danemark peine à remplir ses engagements vis-à-vis du protocole de Kyoto.

- Troisième enseignement: la mairie de Copenhague est parvenue à imposer 50% de produits bio dans la fabrication des repas servis dans les crèches, les écoles, le maisons de retraite. Son objectif est d’atteindre 90% en 2015. A Bordeaux, j’ai beaucoup de mal: on m’explique que la production d’aliments bio est insuffisante pour répondre à nos besoins et que les prix restent élevés. Il faut néanmoins que je mette la pression.

L’entretien avec la ministre de l’énergie et du climat, Connie Hedegaard, que j’ai déjà évoqué, a été très stimulant. La femme est jeune et enthousiaste. Elle prépare activement la conférence de l’ONU qui doit se tenir à Copenhague en décembre prochain et qui devrait aboutir à l’accord souvent nommé Kyoto II. La partie est difficile et le succès est loin d’être assuré. Certes les Etats-Unis, sous l’autorité de B. Obama, ont changé d’attitude et participent positivement à la négociation. Mais leurs engagements restent modestes. L’Union européenne, après avoir été en pointe, peine à trouver une base d’accord ambitieuse. L’essentiel, ce sera la position des pays émergents et des pays en développement qui ne s’impliqueront que si les pays riches les y aident. D’où l’importance du volet “financement” de la négociation. Il est probable que les pays développés invoqueront la crise pour refuser un effort budgétaire significatif. Peut-on imaginer d’autres sources de financement? Mme Hedegaard évoque une contribution des entreprises de transport maritime et de transport aérien, assisse sur leur consommation d’énergies fossiles. Mais là encore, la crise…

Notre avenir va se jouer, en grande partie, à Copenhague en décembre prochain. Le film “Home”, réalisé par Yann Arthus-Bertrand, dont j’ai déjà parlé dans ce blog, a, semble-t-il, impressionné et fait réfléchir tous ceux qui l’ont vu. Nous avons tous un rôle à jouer maintenant. Nous devons nous mobiliser et faire pression sur nos gouvernements pour que ce rendez-vous majeur, vital, ne soit pas un rendez-vous manqué. Je vous y invite.

8 juin 2009 07:58
A chaud

Une évidence, ce matin: les Français ont bien compris que notre avenir, l’avenir de notre planète se joue sur le terrain du développement durable. La “révolution écologique” dont je parle dans mon dernier livre est incontournable et urgente. Et l’Europe est une partie de la réponse à la question. Elle aura un rôle déterminant à jouer lors de la conférence de Copenhague ( où je pars en mission développement durable pour la ville de Bordeaux dans quelques heures) qui, en décembre prochain, devra franchir une nouvelle étape dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Comme je le répète sans me lasser, il va nous falloir apprendre à vivre autrement: à nous déplacer autrement, à aménager nos territoires autrement, à construire autrement, à produire autrement, à consommer autrement. Bref, à inventer une croissance verte, fondée sur la recherche d’une sobriété heureuse. Le gouvernement français, encouragé par le beau résultat de l’UMP, doit veiller à ce que le Grenelle de l’environnement tienne toutes ses promesses.

Nos villes, et Bordeaux en première ligne, peuvent et doivent s’investir à fond dans cette belle aventure.

1 juin 2009 09:46
Notre chance

L’Europe, c’est la chance de la France et des Français au XXIème siècle.

Une fois encore, contre vents et marées, je veux faire cette profession de foi européenne.

Je mesure bien le peu d’intérêt que nos concitoyens semblent accorder au scrutin européen de la semaine prochaine. Cruel paradoxe: alors que face à la crise, l’Europe a fait la preuve de sa capacité de nous protéger, alors que le futur parlement européen aura des pouvoirs fortement accrus dès que le traité de Lisbonne aura été ratifié, la menace d’une abstention record ne faiblit pas.

Comment expliquer ce paradoxe? Sans doute par le comportement de tous les décideurs, politiques, médiatiques, économiques, culturels… qui ne parviennent pas à se débarrasser de l’habitude d’imputer toutes nos difficultés à la bureaucratie de Bruxelles, même et surtout quand elle n’y est pour rien. Alibi facile!

Et puis, dans notre univers médiatisé, l’électeur aime faire des choix de personne: élire un président, ou, à l’autre bout de la chaîne, un maire. L’élection européenne reste hélas! désincarnée.

Alors, jusqu’au jour de l’élection, il faut chercher à convaincre.

En rappelant d’abord que nous avons réussi à construire en Europe ce qu’aucune autre région au monde n’a réalisé: une union de Nations qui nous garantit stabilité et solidarité, qui nous protège dans un monde imprévisible. Oh! je sais bien, la paix ne fait plus recette, tant elle semble acquise aux yeux des générations qui n’ont pas connu la guerre. C’est pourtant le premier demi-siècle de paix que nos vieux pays ont connu au long de leur histoire contemporaine (ou même millénaire).

L’Europe, c’est surtout un lien de solidarité entre ses Etats les plus avancés et ceux qui ont du retard. Dans aucune autre organisation à travers la planète, on n’a mis en place d’aussi puissants moyens de permettre aux seconds (l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Irlande, aujourd’hui les pays d’Europe centrale et orientale) de rattraper les premiers. Avec succès et pour le plus grand bien de tous. Ce qui explique l’attractivité de l’Union sur les candidats à l’adhésion. Mais ce qui nous fait aussi obligation de ne pas dépasser notre capacité d’absorption, sous peine de dénaturer la construction européenne. C’est l’un des arguments majeurs qui me fait militer pour un partenariat privilégié avec la Turquie, plutôt qu’une adhésion pure et simple (voir mon débat avec Michel Rocard dans les colonnes du Figaro) 

Pour l’avenir, et c’est là l’essentiel, l’Europe est porteuse d’un projet de civilisation original.

Et d’abord d’une “gouvernance” originale qui parvient à concilier le rôle d’Etats-Nations fidèles à leur personnalité, et celui d’ instances communes qui jouissent d’importants transferts de souveraineté librement consentis. Et qui agissent de manière de plus en plus visible sur la scène internationale. Je prends deux exemples très différents: à l’OMC, dans les négociations commerciales; ou sur certains théâtres d’opérations militaires quand la PESD (politique européenne de sécurité et de défense) est mise en oeuvre (au Congo, au Tchad, au large des côtes de Somalie…). Bien sûr , c’est compliqué, surtout depuis que nous sommes 27. Il faut du temps et de l’énergie pour parvenir à des décisions qui sont forcément des compromis. Mais, lorsque l’impulsion politique est forte, ça marche: la présidence française au deuxième semestre de l’année dernière en a apporté la démonstration.

Projet de civilisation aussi que la manière dont l’Union et ses Etats-membres cherchent à concilier, d’un côté, l’économie de marché, la libre entreprise, seuls vecteurs efficaces de création de richesses, et, de l’autre côté, un haut niveau de protection sociale. Peut-on citer une seule autre organisation régionale, un seul autre grand pays où des progrès aussi considérables ont été faits sur ce chemin? Et où la volonté de continuer est aussi grande? Ici encore, le défi est considérable. Surtout dans une économie globalisée où la concurrence est omniprésente. Mais, ça marche. Les Etats-Unis d’Obama ne se sont-ils pas donné l’objectif de créer un système de protection sociale plus efficace et plus juste?

Projet de civilisation enfin que l’engagement déterminé de l’Europe dans le combat pour sauver la planète. Le succès du prochain sommet de Copenhague (décembre 2009) dépendra largement de l’exemplarité de l’Union et de sa capacité à entraîner l’Amérique et les pays émergents, au premier rang desquels la Chine.

On mesure l’enjeu: recommencer après la crise comme avant, c’est aller dans le mur. Il nous faut inventer un nouveau modèle de développement et l’Europe peut être en première ligne, sans naïveté (la compétitivité oblige) mais sans frilosité. 

Ne nous méprenons pas: il va nous falloir vivre autrement. Nous déplacer autrement en privilégiant, dans nos villes, les transports en commun et les modes doux (vélo, marche…); aménager nos territoires autrement pour mettre un terme à l’étalement urbain et au mitage de nos espaces naturels; construire autrement des bâtiments qui produisent autant d’énergie qu’ils n’en utilisent; produire autrement en économisant les ressources non renouvelables; consommer autrement, en réapprenant la sobriété et en recyclant tout ce qui peut l’être… etc.

Ce nouveau projet de civilisation dont l’Europe peut être porteuse est aussi une promesse de bonheur: promesse d’une vie plus harmonieuse, moins stressée, plus respectueuse de notre environnement naturel, mais aussi plus conviviale, plus fraternelle dans des villes à taille humaine à haute qualité de vie (Bordeaux… bien sûr! Mais, pas de chauvinisme, beaucoup d’autres aussi).

Et si les prochaines élections européennes parlaient aussi à notre coeur, et pas seulement à notre tête?

31 mai 2009 19:14
Champions

On peut trouver quelque peu excessif l’enthousiasme que soulève la victoire des Girondins de Bordeaux dans le championnat de France de football. Je l’ai pourtant partagé sans réserve avec la foule énorme qui avait envahi samedi soir notre place des Quinconces, la plus grande place urbaine d’Europe. Pourquoi bouder en effet notre plaisir?

Le spectacle d’abord était magnifique, la tension extrême, le suspense intense jusqu’aux dernières minutes du temps supplémentaire. La victoire n’en a été que plus éclatante. Bravo à toute l’équipe et à ses dirigeants.

Et puis le spectacle que donnait Bordeaux sur tous les écrans de télévision d’Europe était tout à son honneur: ambiance festive, sans dérapage, décidément notre réputation de froideur est une vieille lune qui n’a plus rien à voir avec la réalité d’une ville dynamique et attractive.

J’ai bien observé la foule pendant toute la soirée: toutes les générations s’y mêlaient, des enfants de 10 ans aux grands-pères et grands-mères, tous les milieux sociaux également. A un moment de crise où l’on cherche partout à resserrer “le lien social”, le sport rassemble et soutient le moral.

Je suis heureux que la Ville accompagne depuis tant d’années notre équipe en mettant à sa disposition notre beau stade Chaban-Delmas, en mobilisant aussi ses services pour rendre possible de belles fêtes comme celle d’hier soir et de ce matin.

16 mai 2009 08:56
Dialogue

Soirée passée hier, avec Isabelle, chez nos amis B. Ils ont réuni un groupe d’une quinzaine de personnes, couples de tous âges, étudiants, jeunes engagés dans la vie active… Tous chrétiens pratiquants, fervents, vivant leur foi au quotidien. Parmi eux, un jeune séminariste.

Je sais qu’ils ont été choqués par la phrase que j’ai prononcée, il y a quelques semaines, sur le pape Benoît XVI, dans une interview à France Culture, reprise en boucle sur France Info. D’emblée, ils me disent leur surprise, et leur peine.

J’explique ce que j’ai ressenti, et ce que j’ai précisément déclaré. Et je les interpelle à mon tour: comment avez-vous, vous-mêmes, réagi aux trois événements qui étaient en cause?

Ils reconnaissent que, comme beaucoup de chrétiens, ils ont été eux aussi choqués. Mais, ajoutent-ils, nous avons pris le temps de nous informer et de réfléchir. Sur la “ré-intégration” de l’évêque négationniste, nous avons été convaincus par l’explication du Vatican: le pape ne savait pas. Sur la menace d’excommunication de la mère et du médecin de l’enfant brésilienne (9 ans) qui a du avorter à la suite d’un viol, nous avons enregistré la position des évêques brésiliens qui a rectifié les propos prêtés à l’un des leurs. Enfin, sur la question du préservatif, nous avons lu l’intégralité du discours du pape à l’Afrique, qui est un beau discours sur la fidélité, le couple, la famille, l’amour. La phrase incriminée était certes maladroite mais il faut la replacer dans son contexte.

Je comprends ces arguments. Je leur demande de replacer à leur tour ma phrase dans son contexte: “Pour moi qui suis catholique, ai-je dit, le pape est pleinement dans son rôle quand il rappelle les principes fondamentaux, les valeurs chrétiennes, et notamment le caractère sacré de la vie. Si lui ne le dit pas, qui le dira?” Il n’en reste pas moins que j’ai été choqué par l’accumulation, en quelques jours, d’autant de maladresses, ou, au minimum, d’erreurs de communication. J’ai réagi à chaud, émotivement. Je n’ai pas mesuré l’impact de mes paroles et je regrette d’avoir blessé.

Le dialogue se poursuit. Je sens combien est profond, chez eux, le respect qu’ils éprouvent pour la personne du pape. Mais, ce qui me frappe le plus, c’est la remarque de l’un d’entre eux: “Notre Eglise est fragile; elle vit douloureusement son affaiblissement; elle se sent souvent attaquée, moquée, caricaturée. Nous n’avons pas compris que, vous-même que nous respectons, vous mettiez à hurler avec les loups”.

Ce message me trouble. Je n’ai pas bien compris, c’est vrai, la souffrance que j’ai causée chez certains. Autant les insultes haineuses que j’ai reçues sur ce blog de la part de quelques excités (voir “Volée de bois vert”) ont fini par me laisser indifférent (”Tout ce qui est excessif est nul”…), autant l’échange que nous venons d’avoir, à la fois sincère et serein, me fait réfléchir. Vertu irremplaçable du dialogue, lorsqu’il est de bonne foi.

12 mai 2009 17:14
Opération vérité

Discours d’Alain Juppé à l’occasion de l’inauguration des salles permanentes du musée d’Aquitaine
« Bordeaux, le commerce atlantique et l’esclavage » 

L’inauguration des nouvelles salles permanentes du musée d’Aquitaine dénommées « Bordeaux, le commerce Atlantique et l’esclavage » est le fruit d’un lent murissement.

Pourquoi le cacher : évoquer, à Bordeaux, il y a 15 ans, la traite négrière et l’esclavage n’allait pas de soi.

Certes des associations militaient avec persistance pour que notre ville regarde en face son passé de port négrier. Mais la société dans son ensemble demeurait indifférente, voire réticente.

Pour faire évoluer les esprits, il a fallu du temps, de la pédagogie, du dialogue. Je remercie tous ceux qui ont œuvré en ce sens.

Plusieurs initiatives de la municipalité ont jalonné le parcours :

- en 2003 : plaque commémorative sur l’immeuble du 44 rue Fondaudège qui fut la dernière résidence du fils de Toussaint Louverture, Issac.

- 10 juin 2005 : inauguration à la Bastide du square Toussaint Louverture, en présence de la Ministre de la culture d’Haïti.

- 10 mai 2008 : visite à Bordeaux de la gouverneure du Canada, Michelle Jean qui commence son discours par cette adresse bouleversante :
« Moi, arrière, arrière petite fille d’esclave, aujourd’hui à Bordeaux qui fut un grand port négrier, et j’en suis fière.»

Le geste décisif a été l’installation en 2005, à l’initiative du Maire de Bordeaux , Hugues Martin, du « comité de réflexion et de propositions sur la traite des noirs à Bordeaux » présidé par le journaliste et écrivain Denis Tillinac.

C’est grâce au travail de ce comité, à ses membres que je salue ici, à toutes les personnes consultées que nous sommes rassemblés aujourd’hui.

Leur rapport, empreint de courage et de sagesse, nous a épargné toute vaine polémique et toute passion stérile.

Il nous a donné l’idée de présenter, dans un lieu largement ouvert au public, le récit véridique des pages les plus sombres de notre histoire.

J’ai été renforcé dans ma volonté de mener à bien ce projet en visitant l’an dernier, à Liverpool, le très beau et très impressionnant « musée international de l’esclavage » de cet autre grand port négrier.
Aujourd’hui, la réalisation est à la hauteur de nos ambitions et je tiens à remercier tous ceux qui ont permis cette réussite :

- d’abord François Hubert, Christian Block et leurs équipes du musée d’Aquitaine qui ont compris qu’il ne s’agissait pas d’accrocher quelques toiles anodines montrant de jolies nounous antillaises cajolant les bambins de nobles armateurs, mais de montrer la vérité dans toute son horreur jusqu’aux cales des navires où l’on entassait dans d’ignobles conditions hommes et femmes arrachés au continent africain.

Le plus difficile a été de rassembler les rares traces matérielles, car les esclaves étaient dépourvus de biens personnels. Les gravures léguées par le Docteur Châtillon, alors en poste aux Antilles, constituent les points forts de l’exposition. A quoi s’ajoutent cartographies, montages audiovisuel, images de synthèse qui font naître l’émotion. La question contemporaine des métissages et de la diversité est traitée à travers le regard de deux artistes photographes bordelais dont les œuvres sont accompagnées d’une création sonore.

- Mes remerciements vont aussi aux partenaires publics qui ont aidé la ville à boucler le financement du projet : le Conseil Régional d’Aquitaine et l’Etat.

- Merci enfin aux associations qui ont travaillé avec nous pour organiser les manifestations et animations qui se succèdent durant deux semaines.

A ces remerciements, je voudrais ajouter quelques réflexions sur le sens de la journée nationale de commémoration des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions dont Bordeaux est cette année, ville d’accueil.

- La loi du 21 mai 2001, promulguée sous la signature de Jacques Chirac et de Lionel Jospin a reconnu que la traite et l’esclavage constituent un crime contre l’humanité.

- En 2006, Jacques Chirac a fixé au 10 mai le jour de la commémoration.

 S’agit-il, pour nous, de faire repentance ? Je préfère parler de manifestation de la vérité.
Nous, citoyens français du 21ème siècle, Bordelaises et Bordelais de l’an 2009 ne sommes évidemment pas responsables ni coupables de ce qui a été commis au 17ème, 18ème et 19ème siècles dans un contexte historique profondément différent.

Certes, nous ne devons pas céder aux facilités du relativisme.
Montesquieu déjà proclamait sans ambiguïté : « Comme les hommes naissent égaux, il faut dire que l’esclavage est contre nature ».

 C’est ce message et cette vérité que nous avons le devoir de perpétuer.

- Message nécessaire pour notre propre édification et celle de nos enfants. Pas d’avenir sans mémoire, dit en substance Aimé Césaire.
Nous devons savoir d’où nous venons, ce que fut notre histoire, y compris notre « âge d’or » pour mieux choisir où nous allons.
Perdre mémoire serait une faute.

- Message nécessaire aussi parce que la traite et l’esclavage perdurent dans ce siècle sous leurs formes traditionnelles en d’autres régions du monde, mais aussi chez nous, sous des formes nouvelles tels les réseaux de prostitution ou les passeurs d’immigrants clandestins.

- Message nécessaire enfin pour vous aider à réfléchir sur cet animal mystérieux qu’est l’homme, capable des plus magnifiques élans de générosité jusqu’au sacrifice suprême (le Président de la République a justement célébré le 8 mai sur les côtes de Provence l’héroïsme de l’Armée d’Afrique). Capable aussi des pires actes de barbarie. Les exemples foisonnent autour de nous.

Les religions et les philosophies apportent leurs réponses à cette question qui nous tourmente.
La République aussi et sa réponse tient en un mot : EDUCATION.
Education, c’est-à-dire acquisition du savoir, tant il est vrai que c’est l’ignorance qui nourrit la peur et la peur qui génère la haine.
Education comme acquisition des valeurs républicaines qui sont précisément bafouées par la traite et l’esclavage.

L’esclavage supprime la liberté
L’esclavage foule au pied l’égalité
L’esclavage ignore et empêche la fraternité

C’est pourquoi la République le déclare crime contre l’humanité.

C’est pourquoi elle commémore aujourd’hui avec solennité son abolition.

8 mai 2009 08:38
Question de démocratie

Depuis le début de l’année, j’ai voulu écouter les universitaires mécontents. J’ai donc reçu à plusieurs reprises, à Bordeaux, des délégations d’enseignants et d’étudiants. Certaines de leurs préoccupations m’ont paru justifiées et je les ai fait remonter auprès de Valérie Pécresse et de Xavier Darcos.

Le gouvernement a lâché beaucoup de lest! Les suppressions de postes annoncées ont été en grande partie suspendues. Les pouvoirs, notamment de nomination, attribués aux présidents pour renforcer la nécessaire autonomie des universités ont été encadrés. Le décret contesté sur la carrière de enseignants-chercheurs a été remis à plat. La réforme de la formation des maîtres (masterisation) est différée.

Par ailleurs l’Etat consent un effort budgétaire très significatif pour la modernisation des universités. C’est ainsi que Valérie Pécresse a confirmé, cette semaine, que l’Université de Bordeaux allait recevoir une dotation de 475 millions d’euros dont les revenus lui permettront de financer un important programme de rénovation immobilière: c’est l’opération “campus” qui repose sur une ambitieux projet de restructuration des filières d’enseignement et de recherche.

Tenant compte de ces évolutions positives, la majorité de nos établissements d’enseignement supérieur se sont remis au travail, et dans la plupart des cas, les examens pourront avoir lieu. A Bordeaux, c’est la situation dans 3 de nos universités sur 4 et dans toutes nos grandes écoles.

Quelques universités demeurent bloquées, le plus souvent par une minorité d’extrémistes qui n’hésitent pas à recourir à la violence pour terroriser la majorité des étudiants. Les conséquences de cet entêtement risquent d’être désastreuses: des étudiants pourraient perdre une année de travail si les examens ne peuvent se tenir; la réputation de certaines universités pourrait être durablement atteinte, au profit d’autres filières de formation supérieure.

Tout le monde s’accorde à reconnaître que notre développement futur dépend de notre capacité à avancer sur le chemin de la connaissance (recherche) et à transmettre le savoir (enseignement). C’est pourquoi nos universités sont un bien public précieux. Le Premier Ministre a raison d’afficher sa détermination à rétablir les conditions d’un fonctionnement harmonieux souhaité par les grande majorité des professeurs et des étudiants. C’est aussi une question de démocratie.

1 mai 2009 22:13
Réformes hospitalières

En tant que maire de Bordeaux, je préside le conseil d’administration de notre CHU (centre hospitalo-universitaire). C’est un bel établissement, classé dans les tous premiers de France pour la qualité des soins. Grâce aux crédits des différents plans gouvernementaux, il a pu se doter de nouveaux locaux, à la pointe du progrès technique. C’est aussi, avec ses 10 000 salariés environ, le premier employeur de la région. Il est bien géré et se comptes sont proches de l’équilibre.

J’ai voulu, en interrogeant ses responsables, médicaux et administratifs, tenter de comprendre le malaise qui se développe en ce moment dans l’hôpital public.

Il y a d’abord une sorte d’overdose de réformes. Celles-ci se succèdent à un rythme soutenu. La création des pôles qui regroupent les services, la mise en oeuvre de la nouvelle tarification (T2A: tarification à l’activité)… sont à peine achevées que de nouveaux changements sont annoncés.

Mes interlocuteurs reconnaissent que le dernier projet comporte des aspects très positifs, par exemple le regroupement des établissements en “communautés hospitalières de territoire” ou la transformation des agences régionales de l’hospitalisation, qui remontent à mon plan de 1996, en agences régionales de santé, garantes d’une meilleure synergie entre public et privé. Ce qui fait problème, c’est la gouvernance et plus particulièrement le renforcement des pouvoirs du directeur.

L’idée qu’il faut un “patron” à l’hôpital n’est pas contestable (encore que le terme, dans le milieu hospitalier ait une résonance particulière…) Mais le directeur a évidemment besoin de travailler en accord avec le corps médical représenté par la commission médicale d’établissement (CME). J’ai pu constater à Bordeaux combien l’harmonie entre la direction générale et la CME était essentielle. C’est sans doute sur ce point que des amendements au texte initial du projet de loi gouvernemental seraient bienvenus. Ce ne devrait pas être insurmontable.

Comme souvent, le désaccord se transforme, dans l’esprit de certains, en polémique globale et en contestation radicale. Je ne crois pas, pour ma part, que notre hôpital public soit au bord de la catastrophe. Les quelques expériences que j’ai pu faire à l’étranger m’ont au contraire convaincu que, grâce à la qualité des personnels qui y travaillent, nos hôpitaux comptent parmi les meilleurs du monde, et notre système de santé parmi les plus justes.

1 mai 2009 10:06
Le bouc émissaire

Comme il le reconnaît lui-même, Daniel Bouton a certainement commis des maladresses, voire des erreurs. A l’instar de beaucoup d’autres dans le monde de la finance, il a sans doute perdu le sens de la mesure. Il découvre aujourd’hui que la Roche Tarpéienne est proche du Capitole.

Pour ma part, je n’oublie pas que, pendant de longues années, il a été un bon serviteur de l’Etat et qu’il a exercé magistralement l’une des plus hautes responsabilités de notre fonction publique: la direction du Budget. Puis il a mis ses qualités, son intelligence, vive et souvent non-conformiste, sa puissance de travail, sa capacité d’anticipation, au service d’une de nos grandes banques françaises qu’avec ses équipes, il a hissée au premier rang.

Aujourd’hui, il est sanctionné dans sa vie professionnelle, et sans doute est-ce justifié. Ce n’est pas à moi d’en juger. Mais il subit surtout l’opprobre public. Je sais d’expérience que, dans pareille tourmente, l’amitié est l’une des aides qui permet de tenir. Qu’il sache que, contre vents contraires, la mienne lui est acquise.

22 avril 2009 09:11
Pour couper court

En présentant mon dernier livre, “Je ne mangerai plus de cerises en hiver”, j’ai souvent dit qu’il ne constituait pas une petite annonce de recherche d’emploi. Je lis pourtant, ici ou là, que je préparerais mon retour au gouvernement. Alors, soyons clair: ce n’est pas mon intention.

D’abord, j’ai toujours trouvé qu’il était un peu indécent de se porter candidat à de telles fonctions. L’initiative de choisir ses ministres appartient au seul Président de la République.

Ensuite, je me suis engagé, vis à vis des Bordelais, à exercer pleinement la fonction de maire qu’ils m’ont confiée. Or, il y a, à mes yeux, incompatibilité entre cette fonction et un poste ministériel. On ne peut pas tout faire à la fois.

Mais, me dira-t-on, vous avez affirmé que vous étiez disponible pour servir. Je le confirme. Il y a bien des façons de servir ses concitoyens et son pays.

J’ai conscience de le faire en proposant aux Bordelais de continuer à construire ensemble une ville belle à vivre. C’est l’objectif  de l’agenda 21, du projet social et du projet urbain que nous sommes en train de mettre en oeuvre pour qu’à l’horizon 2030 Bordeaux soit une métropole européenne à part entière, et une métropole à taille humaine où le “vivre ensemble” soit une réalité pour tous. La tâche est exaltante.

Je suis plus que jamais passionné par les grands enjeux nationaux et internationaux. Comment agir à ce niveau? 

En premier lieu, par la parole, qui est souvent une arme en politique. Quand j’en sens le besoin, j’exprime et continuerai à exprimer mon point de vue, en espérant qu’il peut contribuer au débat public.

Ensuite par le travail. Tout gouvernement, par la force des choses, a peu ou prou le nez dans le guidon. Les urgences du court terme l’y contraignent, j’en ai fait moi-même l’expérience. Il a besoin d’être accompagné dans la préparation de l’avenir. Ce devrait être le rôle des partis politiques. C’est aussi celui des clubs ou cercles de réflexion dont la liberté d’esprit peut être plus grande. J’ai l’intention de ré-activer, dans les mois qui viennent, mon cercle de travail en lui proposant deux thèmes de recherche prioritaires:

-  Première question: comment faire aimer l’Europe aux Français et plus généralement aux Européens? Nous vivons une situation paradoxale: d’un côté, nous avons conscience que, dans un monde évidemment multipolaire, la meilleure façon de défendre nos intérêts et notre modèle de civilisation, c’est de le faire ensemble plutôt qu’isolément. Et pourtant, l’Union Européenne est mal aimée ou laisse indifférent. La difficulté à lancer la campagne européenne à moins de deux mois du jour du scrutin en apporte une nouvelle démonstration. La raison n’en est-elle pas que les Français, plus encore que nos voisins, ne voient pas clairement le chemin que leur trace l’Union? Il est nécessaire, me semble-t-il, de leur proposer un nouveau rêve européen. Premier chantier.

- Deuxième question: après la crise , car nous sortirons de la crise, allons-nous recommencer comme avant? Ou serons-nous capable d’inventer un nouveau modèle de développement, d’accomplir la révolution écologique sans laquelle la poursuite du réchauffement climatique nous conduirait au pire? Comment nous déplacer autrement? Comment construire et habiter autrement? Comment consommer autrement et gaspiller moins? Comment produire autrement en économisant les ressources rares? Comment mettre les technologies numériques de l’information et de la communication au service du développement durable et d’un nouveau “projet de civilisation”? Bref comment vivre autrement, plus sobrement, ce qui ne veut pas dire moins joyeusement? Immense chantier, passionnant chantier qui nous invite à penser et agir du local au global, des agenda 21 locaux jusqu’à la prochaine grande négociation mondiale à Copenhague en décembre de cette année, en passant par la mise en oeuvre effective des bonnes intentions de notre Grenelle de l’environnement et l’implication accrue de l’Union européenne, par exemple dans une politique commune de l’énergie.

Nous avons besoin d’hommes et de femmes d’expérience, de savoir et surtout d’enthousiasme pour approfondir ces questions et proposer des plans d’action. Beaucoup y travaillent déjà. Mais il y a du boulot pour tout le monde…

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