Blog Notes d'Alain Juppé
14 Avril 2018
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Et après?

Ne rien faire en Syrie, c’était signer l’arrêt de notre impuissance et de notre indignité face aux agissements monstrueux d’un régime criminel. Les comparaisons avec la deuxième guerre du golfe et l’intervention en Libye ne sont pas pertinentes. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet. En tout cas, c’est en Syrie que la ligne rouge de l’utilisation des armes chimiques a été à plusieurs reprises franchie, en violation flagrante du droit international et malgré des avertissements répétés. Laisser faire, c’était décrédibiliser durablement des traités qui protègent aussi nos peuples.

Agir, c’est évidemment prendre des risques. Des risques élevés. A commencer par le risque d’une escalade militaires entre les grandes puissances. Le risque de la guerre dont le mot résonne à nouveau dans les chancelleries et les médias.

La France, forte de l’indépendance de sa diplomatie , a une responsabilité particulière pour conjurer ce risque.

A quelques conditions, selon moi.

D’abord la Nation doit faire bloc autour de ses dirigeants et de son armée qui sont engagés dans une entreprise périlleuse. Nous devons les aider à ne prendre que des risques calculés.

Ensuite garder le contact avec la Russie, et même renforcer le dialogue avec ses chefs. Poutine est un homme d’Etat responsable qui mesure sans doute les risques qu’encourt son propre peuple.

Et puis travailler à la solution politique qui seule permettra de sortir la région du chaos actuel. La Russie a choisi à court terme l’option militaire en remettant en selle le régime de Bachar El Assad qui était près de s’effondrer. Mais aujourd’hui elle est, elle aussi, dans l’impasse. Son alliance avec la Turquie et l’Iran ne lui a pas permis, lors de leurs récentes rencontres, de faire avancer le processus politique. Je suis sûr que ses dirigeants ont conscience qu’un homme et un clan qui ont directement ou indirectement provoqué la mort de 350 000 de leurs concitoyens et la fuite de plusieurs millions d’entre eux à l’extérieur des frontières du pays, ne pourront jamais rassembler durablement leur peuple. La Syrie ne manquerait pas de rester ou de redevenir alors un foyer actif du terrorisme international qui nous menace directement. Il faut donc construire une solution politique qui permette enfin la  libre expression des Syriennes et des Syriens. Pour cela, il faut impliquer à nouveau les Nations Unies au sein desquelles l’Europe et spécialement la France ont un rôle crucial à jouer.

Il serait bien prétentieux de prétendre aujourd’hui détenir la solution. La sortie du drame sera longue, difficile, chaotique. Mais le pire serait le laisser-faire.

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