Blog Notes d'Alain Juppé

Les Vendanges de Bordeaux

Publié le 27/08/2017 par Alain Juppé

Nous étions heureux de nous retrouver ce week-end à Bordeaux. Nous avons appelé ces  deux jours de rencontre les « Vendanges de Bordeaux ». Petit clin d’oeil…

Nous avions envie de nous revoir, d’abord pour un moment d’amitié. Au cours des dernières années, pendant la campagne de la primaire de la droite et du centre, nous avons tissé des liens forts entre nous. Ils ne se sont pas distendus. Pour des raisons matérielles évidentes, nous n’avons pu convier tous les amis. Mais nous avons pensé à tous et je leur renouvelle ici ma gratitude et ma confiance.

Ce fut aussi un moment de dialogue dont je veux souligner l’originalité. Il y avait autour de la table des membres de LR, des centristes, des membres d’En Marche, des amis qui n’ont aucune carte d’aucun parti. Et nous nous sommes parlés en toute franchise, en toute sérénité aussi. C’est assez rare dans la vie politique, non ?

Nos engagements sont donc différents, mais nous avons constaté avec bonheur notre convergence de vues sur les idées, sur la conception que nous partageons d’une droite ouverte.

Notre droite est ouverte parce qu’elle est d’abord rassembleuse: nous sommes convaincus qu’il n’y a pas, pour nous,  de victoire politique possible demain comme hier sans un rassemblement solide de la droite et du centre.

Notre droite est ouverte parce qu’elle est humaniste. Elle est fière de ses valeurs humanistes. Le fondement et le but de notre action politique, c’est l’épanouissement de la personne humaine, de sa dignité, de sa liberté. Nous en tirons des conséquences très concrètes, des engagements militants: pour l’égalité entre les femmes et les hommes, pour l’égalité des chances par l’éducation et la formation, pour la justice sociale comme condition de la performance économique, pour la diversité de notre société dans une République laïque.

Notre droite est fière de la France. Nous refusons l’auto-dénigrement, l’auto-flagellation, le pessimisme, le déclinisme. La France a pour nous  un rôle éminent à jouer, elle doit s’affirmer comme une puissance d’influence mondiale. Elle doit s’en donner les moyens: un Etat fort, capable de garantir la sécurité des ses citoyens face à toutes les menaces et au premier chef contre le terrorisme; une économie et des entreprises libérées du poids excessif des charges et des procédures; des finances en ordre; la pleine reconnaissance de l’esprit d’entreprise et de l’épanouissement par le travail. En ce sens notre droite est libérale.

Ainsi assurée d’elle-même, la France  s’engage d’abord pour défendre ses intérêts mais elle a aussi la responsabilité d’être messagère de paix dans un monde où se durcissent les nationalismes et les populismes.

Notre droite est résolument européenne. Certes nos peuples éprouvent une forme de désamour pour la construction européenne parce que l’Union Européenne leur paraît impuissante. Impuissante à soutenir une croissance suffisante pour créer le plein emploi, impuissante à contrôler ses frontières et à garantir sa sécurité… Désamour aussi vis à vis d’institutions perçues comme lointaines, bureaucratiques, productrices d’un maquis de règlements et de normes. Il y aurait beaucoup à dire sur ces critiques qui comportent une grande part de vérité. Mais une évidence s’impose: nous séparer les uns des autres dans un monde de plus en plus imprévisible et dangereux serait folie. Les Français le comprennent, qui, au moment du choix ont dit non à la sortie de l’euro et de l’Europe. Plus que jamais l’union doit faire notre force. Il existe à nouveau un moment européen, un moment pour une nouvelle dynamique franco-allemande, un moment pour retrouver l’efficacité européenne. Croissance et emploi, sécurité et maîtrise des flux migratoires, affirmation de nos valeurs de civilisation et de la culture de la paix… nous avons mille choses à dire et faire pour redonner envie d’Europe.

Notre droite est ouverte parce qu’elle est optimiste, confiante dans l’avenir et dans l’amélioration de la condition humaine. Elle s’engage à fond pour relever le défi écologique et pour tirer le meilleur de la révolution numérique.

Nous avons bien d’autres convictions à partager. Notre droite par exemple est girondine et veut une organisation plus claire et plus efficace de nos territoires dont l’avenir ne peut se résumer à une réduction drastique des concours de l’Etat.

Ce texte, qui résume ce que nous nous sommes dit, est un simple manifeste, pas un projet en bonne et due forme. Nous aurons, ou nous créerons de nombreuses occasions de l’approfondir et de le concrétiser. Nous voulons aujourd’hui affirmer des principes et des convictions, bref dire ce que nous sommes.

Quelles conclusions en tirons-nous sur notre positionnement politique?

Nous avons une même volonté: faire réussir la France. C’est pourquoi aucun d’entre nous ne veut pratiquer la politique du pire, parier sur l’échec du nouveau gouvernement, y contribuer par une opposition frontale et systématique.

Certains ont choisi d’entrer au gouvernement ou dans la majorité présidentielle. C’est une décision que nous pouvons comprendre et que nous respectons. Les menaces d’exclusion à l’encontre de ceux qui ont fait ce choix nous paraissent d’un autre âge.

La majorité d’entre nous n’est pas sur cette ligne. Nous voulons juger sur pièces, aux actes. Soutenir ce qui nous paraît bon (par exemple les mesures sur l’école); faire des propositions alternatives quand nous ne sommes pas d’accord. Et laisser un peu de temps au temps.

Faut-il créer un nouveau parti pour tenir ce cap ? L’objet de notre rencontre n’était pas d’aborder cette question qui relève … des partis.

Pour ma part, en tout cas, j’exclus de revenir dans le jeu partisan. Je serai seulement attentif à ce que la formation à laquelle je continue d’appartenir et à laquelle je suis attaché puisque j’en ai été le premier président, ne franchisse pas certaines lignes rouges: celle de l’incompatibilité absolue avec le FN (de ce point de vue, le refus de choisir au deuxième tour de l’élection présidentielle entre M. Le Pen et E. Macron a été un mauvais signal); sur les questions dites de société et de moeurs, la ligne rouge d’un conservatisme idéologique rétrograde qu’incarnent des groupes qui ont une influence croissante dans la gouvernance du mouvement; et bien sûr la ligne rouge de l’hostilité à la construction européenne.

Ce que je peux encore et ce que je souhaite apporter à notre vie politique, c’est un soutien actif à l’émergence d’un nouveau leadership dont la droite et le centre ont un besoin urgent. Nous referons donc des Vendanges à Bordeaux, pour y faire grandir une pépinière de nouveaux talents.

 

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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